LES DEBOIRES DE LA MUSIQUE VS LES AMAZING GRAMMYS

 

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Diana Ross

À ma gauche, l’irrésistible Alicia Keys. À ma droite…heu Daphné Burki. Bon. OK, dès le début, j’avoue la joute semble inégale. Et cela tombe bien, elle l’est, et cruellement, en plus. À maitresse de cérémonie, maitresse de cérémonie…puissance 10. Déboires de la Musique contre Grammy Awards, one more time il n’y a pas photo. D’un côté un interminable ( oui il a « minable » dans le mot et cela n’est pas hélas le fruit du hasard) spectacle  franchouillard qui s’effiloche, de l’autre un show grand comme Hollywood qui nous met des paillettes plein les yeux et de la magie plein les oreilles.

Alicia Keys

Alicia Keys

À l’instar des chansons de Julien Doré, quant aux « Victoires de la musique » nous sommes en droit de nous interroger : à quoi ça sert ? Certes le superflu peut parfois constituer le sel de la vie. Mais l’inutile se révèle toujours plombant. Et sans nul doute, la cérémonie des Victoires 2019 était incontestablement à classer sous cette catégorie. Mal ficelée, mal présentée, mal programmée, indigeste, interminable…bref superflue, on peut se demander s’il ne faudrait pas carrément la supprimer. Déjà, du temps de la prédécesseure de l’infortunée Burki, l’anorexique Virginie Guilhaume, c’était la cata de chez cata. Sans parler du temps de la mégalo et fade Alessandra Sublet. Et cette année, avec son soi-disant « humour décalé » Daphné Burki n’a pas du tout convaincu tout au long de sa présentation marathon durant près de QUATRE HEURES : un calvaire télévisuel. Pensée émue pour les infortunés spectateurs de la Seine musicale, vissés à leurs sièges, quasi forcés d’uriner dans leur bouteille d’eau minérale, comme des sous mariniers, pour encaisser le flot de bavardage et la mélasse musicale qui coulait à flots ce soir-là.

Alain Chamfort & TessÀ l’exception de deux moments de bravoures familiaux, le cool duo fraternel Arthur & Izia Higelin, en hommage au grand Jacques, et l’autre duo père/fille, celui-ci, avec Tess Le Govic & Alain Chamfort pour le tendre « Les Microsillons ». Côté tributes, bien entendu Michel Legrand et Charles Aznavour n’ont pas été oubliés. Par contre, il faudra l’intervention de Jeanne Added, consacrée « Artiste féminine de l’année » pour qu’on se souvienne ENFIN de Rachid Taha comme de Francis Kertekian. Même Olivier Nuc, le collègue du Figaro, s’émeut, à juste titre, de l’absence d’hommage spécifique rendu à l’ami Rachid : « On aurait aimé qu’un hommage digne de ce nom soit rendu à Rachid Taha, chanteur français bien plus reconnu et apprécié à l’étranger que la plupart de nos gloires locales. », écrit-il, si justement.  Quand on songe que l’idiote ex-ministre de la Culture n’avait pas été fichue de saluer la mémoire de Taha, même d’un pauvre tweet, cette fois c’est l’industrie du disque qui est atteinte d’amnésie en oubliant ce géant si charismatique du rock hexagonal. Shame on les Victoires ! Coté palmarès, si l’on échappe à Maitre Gims, à son frangin tout aussi écervelé Dadju, à Louane et au couronnement de Chris, on y trouve hélas à boire et à manger, malgré quelques bonnes surprises, comme le prix décerné à Jeanne Added, justement. Mix électro d’Annie Lennox, de Kate Bush et des Cocteau Twins, dotée d’un solide accent british et d’un joli look androgyne, bien plus réussi que celui de Chris et chuchotements ;), Jeanne Added est une des rares surprises agréables de la soirée…avec la Victoire posthume de Bashung, épaulée par Édith Fambuena, pour le surprenant « En amont ». Mention spéciale à Shaka Ponk, également, pour leur cri du cœur pour sauver notre planète. Enfin, bonne pioche avec le hip hop évanescent du belgo-Congolais Damso, dont le « Lithopédion » est sacré meilleur album rap. Pour le reste, grosse déception de voir ignoré l’immense potentiel d’Eddy de Pretto, le swing et l’humour rock de Thérapie Taxi comme la verve groové de la volcanique Aya Nakamura. Et incompréhension totale face au succès des télétubbies Big Flo et Oli, des mièvres Boulevard désert…des airs, ou encore de l’humour façon Tuches pop d’Angèle. Quant à Camélia Jordana « Meilleur album de musiques du monde, on se pince pour essayer d’y croire…mais en vain. Bref, tout ça pour…ça. À un tel niveau, ce ne sont plus les Victoires, mais les Déboires de la musique.

lady-gaga-grmmysFort heureusement, à Hollywood, le grand show des Grammys avait à peu près tout pour nous réjouir. D’emblée, avec une maitresse de cérémonie telle qu’Alicia Keys, on pouvait s’attendre au meilleur. Et c’est effectivement ce qui s’est produit. À cheval sur deux pianos, un blanc et un noir, la chanteuse de « Empire State of Mind » nous a subjugués durant toute la cérémonie, même si la belle n’a pas pu s’empêcher de passer un peu trop la brosse à reluire à bon nombre de participants. Live du Staples center de Los Angeles, les 61éme Grammy Awards, malgré la présence en guest-star de Michelle Obama, au début du programme, ont aussi reflété l’immense division de l’Amérique d’aujourd’hui, tiraillée entre les progressistes, essentiellement sur les côtes est et ouest, et les partisans de Trump de l’intérieur du pays. On a ainsi vu la chanteuse country Kacey Musgraves, totale inconnue chez nous, non seulement rafler le « Best Country Album » et aussi « Best Country Song »- normal pour une cow-girl- mais également – et c’est là où ça coince, parvenir à coiffer au poteau Cardi B, Drake ou carrément Kendrick Lamar pour le « Best Album » de l’année. Arriver à imposer une oie blanche inconnue contre trois stars noires d’envergure planétaire…on hallucine sur le pouvoir de nuisance qu’exerce Nashville sur le showbiz US !

61st Annual GRAMMY Awards - ShowPourtant, dés la scène d’ouverture des Grammys, on  décochait un joyeux coup de pied de l’âne à Trump, avec une brochette exclusive d’artistes « latin », menés par la radieuse Camina Cabello et Ricky Martin, une comédie musicale aussi colorée que vindicative, puisqu’on pouvait lire en une d’un journal tenu par le trompettiste Arturo Sandoval : « Build bridges, not walls ( construisons des ponts pas des murs) en référence directe au projet de mur avec le Mexique qui est l’obsession de Donald Trump et qui a causé le blocage de toute l’administration fédérale US durant plus d’un mois, une menace à nouveau brandie par le Président s’il n’obtient pas le budget réclamé pour le construire.  Pour le reste, Drake malgré le colossal succès planétaire de son implacable « Scorpion » ne rafle qu’un seul prix, la « Best Rap Song » pour son irrésistible « God’s Plan », d’où sa déception en direct à la télé durant son speech….coupé par la pub, ce qui a du rendre fou de rage notre ami Canadien ! Heureusement, Donald Glover alias Childish Gambino remporte deux récompenses : « Song of the Year” pour son militant “This Is America”, coup de poing sonique contre les violences policières et les assassinats trop souvent impunis contre des noirs commis par des officiers de police.Drake Grammys eux mêmes trop souvent blancs ! Lady Gaga, portée par le succès de son film « A Star Is Born » repart avec deux prix : « Best Solo Performance » et « Best Duo/Group pour « Shallow » en duo avec Bradley Cooper… et une remarquable performance rock live sur la scène du Staples Center. Ariana Grande est sacrée « Best Pop Vocal Album » tandis que la sexy Dual Lipa devient la « Best New Artist » de l’année. De son côté la provocante et gouailleuse Cardi B décroche le « Best Rap Album » avec son « Invasion of Privacy ». Certes, tout n’est pas parfait au pays des Grammys. La preuve : le medley hommage à la Motown de Jennifer Lopez était à la fois relou et peu crédible, J Lo n’ayant jamais appartenu de près ou de loin à la fameuse écurie de Berry Gordy et ayant une propension à agiter inutilement son « tuchès » dans tous les sens. Heureusement que l’immense Diana Ross passait par là pour célébrer son 75éme anniversaire d’un medley bien à elle pour redorer le blason du label de Detroit. « Happy birthday me ! », lance la diva soul en apothéose. Mais en fait, la plus grosse déception de ces Grammys 2019…ce sont les absents : Bradley Cooper retenu en Angleterre pour les BAFTA ou encore Childish Gambino représenté par son producteur suédois inconnu du public Ludwig Göransson. En conclusion, les TROIS HEURES TRENTE des Grammy Awards passent comme une lettre à la poste, tandis que les QUATRE HEURES des Victoires s’étirent comme un long week-end de la Toussaint. Entre les deux, mon cœur ne balance pas. Un conseil, l’an prochain au lieu de gaspiller l’argent du contribuable, à la place des Victoires, passez nous un film à la place ou même un documentaire sur…la Victoire de Samothrace, une vraie victoire, elle, pas une victoire de pacotille !

Victoire de Samothrace

Victoire de Samothrace

Paris, musÈe du Louvre. MA2369.

 

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