LE FESTIVAL DE RENNES
Voici 42 ans dans BEST GBD publiait son rock report de la 5éme édition des fameuses Transmusicales de Rennes, un joyeux marathon rock qui s’était déroulé en décembre 1983 et qui avait révélé les belges post atomiques de TC Matik et leur fracassant chanteur Arno. Une cuvée qui aura aussi propulsé sur le devant de la scène l’hallucinant Ubik de Philippe Maujard et tout le charme latin des Corazon Rebelde. Flashback…

Arno by Jean Yves Legras
On ne change pas une formule qui gagne, n’est-ce pas ? Après les Transmusicales de 80 qui avaient entre autres mis en lumière un certain Étienne Daho ( Voir sur Gonzomusic TRANSMUSICALES 1980 ) , puis celles de 81 avec Carte de Séjour et Kas Product ( Voir sur Gonzomusic TRANSMUSICALES DE 1981 ) et après avoir raté celles de 82, j’étais impatient de voir ce que les Trans nous avaient réservé pour 1983. Et franchement, je n’avais pas été déçu, bien au contraire. La preuve par ce rock report retour vers le futur… où je citais le regretté Philippe Tuffigo… et rendais un hommage appuyé à l’insubmersible Jean Louis Brossard…
Publié dans le numéro 187 de BEST sous le titre :
LE FESTIVAL DE RENNES
J’avais raté la cuvée 82, cette fois pas de blague. Souvent copiées, jamais égalées, les Transmusicales de Rennes ont révélé au monde béat toute une brochette de groupes juteux Marquis de Sade, of course, mais aussi Daho, Orchestre Rouge, Carte de Séjour, Sax Pustuls et bien d’autres. Pour réussir la pièce montée rock des Transmusicales il faut se munir d’une salle de la Cité, d’une association dynamito-efficace comme Terrapin et d’une cinquantaine de groupes, chanteurs ou assimilés. Sur scène et dans la salle.
Cette année les acts se consommaient en brochette de huit sur un canapé de quatre jours face à un public hétéroclite. Show marathon, les Trans ont aussi ce côté Festival de Cannes; on y vient pour l’oubli passager ou la gloire éternelle, pour briller ou flopper. Chaque paire d’yeux est un juré, chaque couple d’oreille un censeur sachant censurer. Vous qui n’avez pas eu la chance de vivre en Transmusicales, voici la liste non exhaustive des nominations pour cette cinquième édition.

Zazou + Bikaye
Prix de l’exotisme : Zazou + Bikaye
Un Francais installé en Belgique et un Zairois. Hector Zazou et Bony Bikaye catalysent la musique africaine en y injectant I’électronique la plus sophistiquée. Zazou/Bikaye parient sur le contraste un peu a la lumière de Yazoo ( Voir sur Gonzomusic YAZOO « Upstairs at Eric’s » ) ou the Assembly ( Voir sur Gonzomusic L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ) où une voix brûlante tranche sur une musique plus coolesque. Expérimental mais pas chiant, le duo enregistre pour le label Crammed Discs.
Prix du meilleur groupe indigéne : ex-aequo Ubik et Tohu-Bohu.
Rennes, métropole du rock français ? Hum hum, I’après Marquis de Sade est coriace à digérer. D’ailleurs Philippe Pascal n’a pas touché à la scène l’espace de ces Trans. Les groupes de Rennes nous ont privé de feux d’artifices. Les seuls à vraiment surnager sont Ubik ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Ubik ) et Tohu-Bohu, une formation instrumentale composée de Daniel « sax » Pabœuf ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Daniel+Pab%C5%93uf ), Jelo ex-Starshooter et Pierre Fablet, un magouilleur artistique local bourré d’idées. Rock climatique, Tohu Bohu aura marqué grâce a son interprétation imaginative de « Il était une fois dans l’Ouest » . Quant à Ubik, même si je ne suis pas affolé par leur vinyle, on doit bien reconnaitre au groupe des qualités incontestables. D’abord l’incroyable Philippe Maujard le chanteur dans sa toge de patricien et surtout un son libre et éclectique d’une vertigineuse originalité, un délire cool qui prend toute son ampleur sur une scène. Mention spéciale à Pabœuf qui trempe dans les deux coups.

Ubik en 82 par Philippe Beaunis
Prix GBD retourne sa veste : Tales.
À l’occasion du Rock à Lyon pour BEST ( Voir sur Gonzomusic ROCK À LYON ANNÉES 80 ) , j’avais égratigné Tales et son chanteur Johnny. Comme seuls les crétins ne changent jamais d’avis, GBD comme la jurisprudence parie sur le revirement. Malgré un genou éclaté, Johnny, sur les planches de la salle de la Cité, avait une prestance toute Cornélienne. Quant a sa voix fauve, elle collait parfaitement à un rock épique judicieusement ficelé. Je ne l’ai pas encore écouté, mais ça ne saurait tarder, leur maxi 45 tours « Wild Transmission » publié aux éditions New Rose est un vinyle à croquer hic et nunc.
Prix du meilleur groupe spaghetti: Litfiba.
Ma… qué si, viva il rocko nervoso Alfa Romeo di Lumbrosco.
Prix du meilleur groupe paella: Los Desechables.
Une chanteuse très Plasmatesque pour un groupe qui plane bruyamment: heureusement la « dopa » est en vente libre en Espagne.
Prix du groupe le plus laxatif: Cabaret Voltaire.
Problèmes de digestion ? La constipation est garantie grâce à Cabaret Voltaire, un groupe aussi sexy que les doudounes de mamie Thatcher. Né du croisement d’un moteur de B52 et d’un rouleau compresseur manipulé par un disciple de Charles Manson, Cabaret Voltaire ne m’a laissé qu’un souvenir fort douloureux.
Prix que le grand crock me roque : Marc Minelli.
Marc Minelli disparu, vive Marc Minelli. Finie l’image collante du loser éternel et beautiful, Marc reste beautiful, mais il ne sait plus perdre. Un nouveau groupe havrais et amélioré des ballades fraiches comme « Take Me to America » et une présence choc et rock sur scène, i$le Minelli se bonifie au cours des années. Tour à tour cynique ou coquin, MM déploie les facettes d’une personnalité trè forte, une denrée rare sur l’hHexagone. Check it out!
Prix du meilleur groupe gag: Jo Sévilor et ses Royal Cones
Avec un litre tel que « Mon Teppaz est nase » comment s’empêcher de rigoler? C’est plus magique que la soupe du pécheur.
Prix Rudolph Valentino: Corazon Rebelde.
Dernier tango à Rennes grâce à Cacho et son Coeur Rebelle. Corazon oublie les influences du Clash pour renouer avec la tradition latine. Le rock reste nerveux mais plus chaleureux. Corazon s’est offert une section de cuivres pour camper la fiesta. Le cœur bat très fort: dix ans après Santiago le combat continue. Rodé à toutes les épreuves, Corazon a découvert l’efficacité sans sacrifier l’émotion. Quand a Cacho, il étincelle comme un toréador et se classe sans peine dans la galerie de portraits des stars du rock en France.( Le maxi de Corazon Rebelde est distribué par New Rose).
Prix spécial de la critique : TC Matic
Imaginez Bryan Ferry ou David Byrne made in Bénélux. Lorsqu’il monte en scène, Arno le chanteur de TC Matic est une star comme on en voit rarement. Charmeur sensuel, il joue de son corps comme de sa voix en comptant fleurette avec passion à son pied de micro comme s’il s’agissait de Rita Hayworth. Plus fort plus intense que tous les Télex, Jo Lemaire, Tueurs de la Lune de Miel et autres belges rockant, TC Matic est un groupe aux dimensions planétaires, LA révélation de ces Trans 83. Dans ses chansons Arno mélange insidieusement le flamand, le français et l’anglais en lançant des slogans chocs comme « Putain, putain, c’est vachement bien, nous sommes quand même tous des Européens. » Dordor l’avait prédit dans son reportage belge, aujourd’hui en 84 il faudra compter avec TC Matic.
Backstage, après son gig j’ai planté Arno devant mon micro et là j’ai eu le choc de ma vie: ma star avait un grave défaut aux yeux, de plus elle bébébégayait. Incroyable, un acteur ou un chanteur bégue ne bégaie pas sur scène. Handicapé ou non, Arno reste un musicien hors du commun. Il raconte avec passion sa vie à Ostende ou ses lectures de Matic qui ont inspiré ce nom au groupe. Arno le flamand est simplement flambloyant. Bravo.
Marathon, les Transmusicales restent une épreuve de longue haleine, quatre jours de musique quasi-ininterrompue ou les genres se mêlent en souplesse comme l’huile de la mayonnaise. Dur pour le public, peut être mais c’est encore plus dur pour les groupes qui se lancent sans le filet de la balance: le son reste vrai, même s’il est parfois cru. Il faut aussi louer l’organisation hors-pair des Trans régie par Jean-Louis Brossard. Si les rock critiques ont boudé la salle de la Cité, l’écho des Trans s’est répercuté sur la France et la planète grâce a cinq radios décentralisées de Radio France ; dont Radio Armorique, Radio Mayenne, Fréquence Nord et même Radio France Internationale où votre journaleux rock préféré assurait un direct quotidien dans son émission « Planète ».
On n’arrête pas le progrès, les Trans cette année, pour la première fois c’était aussi la télé. En l’occurence une équipe speedy-gonzalée de FR3 Rennes sous la direction de Philippe Tuffigo, un producteur-animateur de 23 ans. Tous les jeudis à 17 h 30 sur FR3, Phil assure un rock show à base de clips et de tournages locaux. Son émission Cote Ouest a déja diffusé une compilation des meilleurs moments des Trans qui devrait être reprise par le réseau FR3 national. D’autres extraits des Trans seront télévisés durant cette année 84. Last but not least Cote Ouest va balancer un spécial TC Matic live le 2 février, moi j’ai déjà offert un aller-retour pour Rennes à mon magnétoscope: qu’attendez- vous ?
Publié dans le numéro 187 de BEST daté de février 1984
