L’AUTOGRAPHE DU BEST 252: tous les concerts de mai 1989

Wiltern Theater

Wiltern Theater

Voici 30 ans dans BEST, GBD assumait à nouveau la responsabilité de la plus cool des rubriques du mag de la rue d’Antin : Autographe, soit un pass coupe file en forme de joker pour un mois, permettant d’assister à tous les putains de concerts qui pouvaient bien le chanter- et il y en avait !-. De David Crosby à LA à Simple Minds à Lyon, en passant par les Sud Afs Lucky Dube + Stimela + Chicco + Zia au Zénith, Jeff Healey, Dominic Sonic, Texas, La Souris Déglinguée, Bill Pritchard et Noiseworks, vaillant rock report sur les shows les plus essentiels de mai à juin 1989…Flashback !

CS, GBD, AG et David Crosby Wiltern LA

CS, GBD, AG et David Crosby Wiltern LA 89

Sans doute l’une des plus vieilles rubriques de BEST : Autographe où pour tout le mois un des journalistes de la rédaction était le missi dominici, le proconsul, le vice-roi des Indes …bon là j’exagère…et cesse donc de faire mon Mountbatten. Sérieusement, quand une telle responsabilité vous incombait, il n’était pas question de chroniquer les concerts en direct différés du bar, comme certains de nos confrères, plus accros à la mousse qu’aux décibels, dont nous tairons ici les noms. Ou de chroniquer live de chez lui et non sans aplomb authentique !- un concert qui avait été annulé à son insu, là aussi pas de délation. Certes, Autographe tenait à la fois du gamin lâché en version open-bar avec un caddie dans un Toys R’ Us et du serment des chevaliers de la Table Ronde en quête du Saint Graal. Comme un abonnement Netflix illimité pour tous les concerts, Autographe c’est le binge-watching bien avant que cela sot inventé. Aujourd’hui une telle rubrique serait sans doute impossible à réaliser, alors ne boudons pas notre plaisir et enfourchons de concert notre Gonzo time machine à remonter le temps lorsque les héros du rock et de la sono mondiale nous faisaient vibrer il y a un peu plus de trois décennies…

Publié dans le numéro 252 de BEST

DAVID CROSBY,

Wiltern Theater, Los Angeles. Samedi 6 mai.

Théâtre de revue art-déco au croisement de Wilshire Boulevard et de Western Avenue – d’où son patronyme – le Wiltern accueillait à guichets fermés le retour du Byrd prodige. Juste issu de sa traversée du désert en forme de cure de désintox, Crosby moustachu sympathique occupe tout l’espace de la scène de sa rondeur bonhomme. Jokes avec l’assistance et intimité préservée dans ce décor échappé du « Métropolis » de Fritz Lang, David Crosby fait tinter sa guitare pour ses aficionados retrouvés. L’Obélix du country-rock californien n’est plus à proprement parler un ado en fleur et pourtant son incroyable appendice vocal n’a rien perdu de sa dextérité chewing- gum à percuter le mur du son en montant vers les aigus sur ses irrésistibles balades.

Lucky DubeFRANCHEMENT ZOULOU,

le Zénith. Jeudi 11 mai.

Revue du mbaqanga sud-af, en CINQ groupes et plus de SOIXANTE musicos, Paris n’avait rien vu de tel depuis les sixties avec la venue du Motor-town Show de la Motown à l’Olympia. Certes, trois semaines auparavant, j’avais vu les mêmes groupes au milieu de 35 000 blacks déchainés à la lisière de Soweto sous un coucher de soleil antipode. Pourtant, malgré la distance, le feeling reste intact et le message dans la bouteille passe porté par  la musique de ces groupes tous affiliés à la SAMA, le syndicat des musiciens d’ Afrique du Sud fondé par Clegg qui inclut dans ses statuts « la fin de l’apartheid ». Au Zénith, Zia, groupe multi-racial et surtout multi-sexuel, ouvre le feu avec son rock fusion des racines africaines. Cindy Alter, la chanteuse, tient le show comme un cross over de Wonder Woman et de Tarzan lorsque sa voix se fond dans la clameur pulsée des chants Zoulous. Puis Chicco, le disco kid, enchaine avec son mbaqanga funk déhanché comme Michael Jackson. L’an passé a Joburg, j’avais déjà été séduit par l’ambiguïté de son hit « We Miss You Manelo ». Manelo…. Mandela, vous avez compris ? Chicco avait su ainsi court-circuiter la censure en faisant danser les townships. La version live et parisienne de la chanson emporte le Zénith. Du fonk sud-af à la soul de Ray Phiri et de Stimela, le public s’abandonne bientôt au timbre ange et démon de Ray et sa troublante similitude, lorsqu’il se met a chanter comme Marvin la soul des opprimés. Enfin Lucky Dube, le Bob Marley de l’Afrique extrême, balance son reggae rageur et imparable de hérault du tiers-monde. Final en palpitations cardiaques accélérées lorsque tous les musicos noirs et blancs entonnent « Nkosi Sikelela », Dieu bénisse l’Afrique, I’hymne interdit de l’ANC ( devenu officiellement depuis l’élection de Nelson Mandela cinq ans plus tard le nouvel hymne officiel de l’Afrique du Sud : NDR), en forme de voyage éclair dans le futur de l’Afrique du Sud.

Jeff Healey by JY Legras

Jeff Healey by JY Legras

THE JEFF HEALEY BAND,

la Cigale. Mercredi 17 mai.

Okay, j’avais déjà vu ça dans ses clips a la télé, mais le coup de la guitare allongée sur ses genoux et le blues rageur déchiré qui s’en éjecte en direct sur la scène c’est a vous arracher de vos pompes. Jeff Healey, la crème des guitaristes comme un Jack Bruce ou un Clapton, est aussi aveugle comme Wonder, mais sur les planches de la Cigale la ressemblance dépasse la cécité pour toucher au feeling et a l’attitude. Lorsque Jeff abandonne sa guitare pour danser, ses bras battent l’air avec cette même pêche doublée de tendresse du Wonder Kid Et si ses compositions rock-blues comme « Confidence Man » ou « See The Light » roulent a train d’enfer, lorsque Jeff se laisse Healey aux classiques comme « Hey Joe », la Cigale se laisse carrément pousser des ailes. Depuis mon premier gig de Stevie Ray Vaughn a l’aube des 80’s, jamais je n’avais entendu un blues aussi vivant.

 

 

 

 

Dominic Sonic 1st LPDOMINIC SONIC,

le Rex-Club. Samedi 20 mai.

Dominic l’ex-Kalashnikov kid en chef de Rennes s’est peu à peu métamorphosé en sonic boom boy passant du destroy néo-Clash a la frénésie héroïque des Stooges ou de Television. Deux heures du mat au Rex-Club, les cheveux blonds plaqués par la sueur, Sonic nous offre une équipée sauvage dans l’ivresse de la distorsion de sa guitare. « Call Me Mister » extrait de son premier LP chez Crammed a la couleur du psychédélisme pour un trip Iggy sur lit de riffs métalliques : décidément, Dominic Sonic, le rocker bionique, n’a pas fini de faire régner sa saine terreur sur toute notre galaxie.

 

TEXAS,

au New Morning. Lundi 22 mai.

La craquante Sharleen Spiteri, nymphette-choc des Écossais de Texas a-t- elle été victime de l’atmosphère de sauna finlandais reconstituée ce soir au New Morning ? Pour la première apparition de la formation de John McElhone, ancien premier de la classe Orange Juice puis Hipsway, sur notre plancher des vaches, le rock de Texas ressemble de manière troublante… au rock de Texas sur vinyle, K 7 ou CD. Dommage, les néo-Texans méritent mieux que ce show amorphe. Leurs textures ne manquent pourtant ni de tripes ni d’imagination pour réveiller le garçon-vacher qui sommeille en chacun de nous.

 

LA SOURIS DÉGLINGUÉE,

au Bataclan. Mardi 23 mai.

Happy Birthday la Souris ! Dix années de rock sans jamais baisser son froc, cela valait bien un Bata saturé et quelques décilitres de sueur ruisselante sous chaque Perfecto. Immortalisé par la magie de l’enregistrement live 24 pistes, le sourire de la souris se transformera en album en public, sortie incessous-peu-sament. Sur scène, le rock reste dur et efficace, mais sans une pointe d’agressivité. Il parait que Tai Luc n’écoute plus que du rap. Ce soir il reprend « Dixie » au galop, décidément la Souris n’a pas fini de rugir.

 

BILL PRITCHARD,

au Bataclan. Jeudi 25 mai.

En guise d’entrée en matière, Ben Vaughn, en version solo-acoustique, ne se laisse pas remonter les bretelles. Il trépigne avec sa caisse à savon et prouve avec quelques perles comme « Daddy’s Gone For Good » ou « Hey Man Hey » que les loques d’un folkeux dissimulent parfois un Speedy Gonzales. J’avais déjà fondu sur son obsession de l’amour courtois, son romantisme exacerbé et cette faculté de créer des mélodies toutes simples qui défient |’apesanteur. British et francophile, est-ce possible ? Bill Pritchard m’avait conquis dès son premier LP « Half A Million ». Sur la scène du Bataclan il rayonne comme un « Sunday Morning » ensoleillé du Velvet. Bill, baladin électrique, ét un incorrigible sentimental, mais comment ne pas fondre lorsqu’il chante « Je N’aime Que Toi » avec son accent rosbif . Le rock de Pritchard dans l’impromptu live est une sacrée claque. Le show s’achève en trois ou quatre rappels dont un Daho duo -son producteur- c’était carrément Austerlitz… enfin Waterloo, tout dépend de quel côté de la Manche on se place…

 

Noiseworks by JY Legras

Noiseworks by JY Legras

NOISEWORKS,

Elysée-Montmartre. Lundi 29 mai.

 

La Doc Martens posée sur un des retours, Jon Stevens balance son corps comme s’il allait plonger dans l’océan des têtes déchainées a ses pieds sur la plage de l’Elysée-Montmartre. Tendue à bout de bras par des fans flotte une bannière étoilée-Union Jack australienne. Le chanteur de Noiseworks se saisit du drapeau australien et l’utilise comme une « muleta » de torero pour simuler une corrida avec Stuart, son ardent guitariste. Sur scène et dans la vie, soudés par tous ces combats- rock menés depuis dix ans dans tous les bars de l’outback, les Noiseworks ont un sens hypertrophié de la fête. Et tandis que leur guillotinante énergie sème une saine terreur, les nouvelles lames de la vague australe prouvent qu’ils ont tout ce qu’il faut pour faire tomber les autres continents. Ni trop hard ni trop mou, taillé tout en muscles, le rock de Noiseworks n’a qu’un talon d’Achille, ses compositions un peu faiblardes. Mais l’alchimie des décibels et de l’adrénaline concentrée dans des chansons comme « No Lies » ou « Touch » entraine inéluctablement le groupe de Sydney vers sa destinée a succès. Pas de problème, ce fichu bruit fonctionne, je vous parie même que, l’an prochain, il monte au Zénith.

 

Jim Kerr by Claude Gassian

Jim Kerr by Claude Gassian

SILENCERS/SIMPLE MINDS,

Lyon, Palais des Sports. Mardi 30 mai.

Si le slogan de Rolls Royce, à un moment donné était: « A deux cents à I’heure, vous entendez encore le tic-tac de nos horloges de bord », celui des Silencers live pourrait étre « A deux mille Db on entend encore battre leurs coeurs ». Même dans la capitale de la bouffe, le role de l’entrée n’est jamais enviable. Et pourtant, sous l’andouillette géante de béton du Palais des Sports, le plat fait de la résistance. Les quatre Écossais nous font décoller sur la poussée de ballades en pure énergie solaire. Justifiant amplement leur patronyme, les Silencieux font carrément chanter la salle. Démultiplié par quelques milliers de voix, entêtante rengaine, et véritable hit, « The Real McCoy » prend une dimension colossale. Rafraichissant comme un week-end a la campagne, le rock des Silencers ressemble étrangement à celui des Eagles des premiers jours, plaqué sur un éclatant feeling tartan. Les Silencers n’ont pas fini de briser la glace du silence. Quant à Simple Minds, les 5’48”’ de l’ instrumental « Theme From Great Cities » toutes lumières allumées prolongent un suspense vieux de deux ans. En privilégié ayant assisté au sound-check une poignée d’heures auparavant, j’avais déjà encaissé l’extraordinaire tension, tempête intérieure, qui se cache sous la dernière mutation soft des Minds. Et ceux qui prétendent que Jim Kerr se ramollit comme une saucisse de là-bas n’ont décidément rien compris au film. Lorsque son sourire perce les ténèbres sur les synthés de « Street Fighting Years », le Palais des Sports à la limite de l’éclatement se laisse directement téléporter jusqu’aux highlands d’Écosse. En échappant a la tentation de l’escalade du méga-son yankee et du speed gratuit, Simple Minds replonge dans l’humilité de ses racines écossaises. Et l’émotion ressemble à ces lacs au bleu trop profond où les Minds ont puisé leur nouvel esprit.( Joke !). Magique « Mandela Day », « Don’t You… » enfiévré, « Take A Step Back » enchainé a « Kick It In », « Sanctify Yourself » ardent, « Belfast Child » celtique et deux heures trente d’un show qui parait bien trop court ; alors les Lyonnais se déchainent sur le premier rappel spécial anti-apartheid, où « Sun City » s’enchaine sur « Biko », dont le nom de martyr de la liberté est projeté derrière la scène en lettres lumineuses. Le poing levé, les cheveux courts détrempés par l’effort, Jim ressemble à son public, aux T-shirts liquéfiés. Décidément, les Street Fighting Years ne font que commencer.

 

Publié dans le numéro 252 de BEST daté de juillet 1989

BEST 252

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