LA LÉGENDE DES RUTS

The RutsVoici 40 ans dans BEST, GBD retrouvait les Ruts rencontrés chez De Caunes pour la sortie de leur 3ème LP. En une année, les héros British du cocktail-reggae-punk avaient vu leur univers bouleversé par la mort par OD de leur chanteur Malcolm Owen, mais le cool chanteur-bassiste Segs avait repris le flambeau pour éclairer la formation de Londres vers une nouvelle voie qui ne faisait certes pas l’unanimité parmi les punks canal historique mais qui avait pourtant su séduire les fans de rock. Flashback…

The RutsEté 1981, François Mitterrand est le nouveau Président de la République, le premier issu de la gauche de la 5ème République. Un vent de liberté souffle sur l’Hexagone. C’est dans ce contexte que je rencontre Segs, bassiste talentueux et amoureux total de reggae-music- il collaborera après avec Mad Professor-. The Ruts sont désormais the Ruts DC, non pas comme District of Columbia ha ha ha… mais Da Capo soit « retour aux origines ». Retour vers le futur de the Ruts…

 

Publié dans le numéro 156 de BEST sous le titre :

 

BABYLON BY NIGHT

 

The RutsIls ont bien changé nos post-punkies depuis l’an passé. J’avais rencontré les Ruts après leur show sur Chorus ( l’émission rock d’Antoine De Caunes : NDR) , à l’Empire, dans un restau littéralement inondé par le champagne et le vin blanc renversés. En sortant, face a |’éclatement des rires et des décibels dans la nuit, un riverain à carrément craqué en balançant un pot de fleur qui s’est brisé à nos pieds. Je me souviens encore du rire sonore de Malcolm Owen, le chanteur du groupe. Son sourire à la lueur des réverbères, sur son visage marqué, est une image que mes cellules n’oublieront pas de sitôt. Le 14 juillet dernier, Malcolm était retrouvé mort dans son bain. Son dernier flirt avec sa seringue lui aura été fatal. Le rock a I ’habitude de la défonce-roulette russe, Malcolm a joué et il a perdu. Un an s’est écoulé depuis Chorus et les Ruts, qui performent à Paris ce soir, ont subi le contrecoup de la mort de Malcolm. Fini la défonce et bonsoir les costards-cravates.À les écouter, je crois qu’ils n’ont pas à regretter leur « cleanitude » toute fraiche, même s’ils ont l’air un peu coincés dans leur deux-pièces. Le titre « Slow Down» sera dédié aux Outcasts présents dans la salle: Segs, le bassiste et nouveau chanteur des Ruts, pratique un humour très Britannique. « Il est temps de changer ta vie, il faut se tirer. Tu gâches ce que tu es censé faire (.,..) Ralentis… ralentis … ». Les Outcasts dans leurs T-shirts troués et leur look rétro-punk n’ont peut-être pas saisi. Ils sont mignons avec leurs cheveux décolorés. La nouvelle formation Ruts a gagné un sax, Gary Barnacle, un des guest-crédits del Sandinista. Grâce aux coups de anche de Gary, l’espace sonore du groupe s’élargit sensiblement. Les Ruts ont appris à canaliser leur violence et leur révolte. Mais je ne suis pas certain que le public ait bien suivi l’évolution : dans la salle on comptait quelques cent zips au M2, quelques épingles à nourrice, un pompier très after-pompier et un parterre choisi de jeunes punkados.

Deux nanas, à côté, se baladent avec chacune leur sac en cellophane dont elles ne perdent pas un quart d’effluve. Si c’est de essence, ça tombe bien, parce que mon Zippo est justement en panne. C’est marrant, elles ont les cheveux dressés et blonds comme une botte de paille. Ce serait super de grimper dedans pour écouter « Mirror Smashed » ou « No Time to Kill » (avec ces effluves dans l’air, j’écris vraiment n’importe quoi). Après le concert, j’ai embarqué Segs et sa jolie petite amie orientale, ramassé mon éminent confrère de Frock and Rolk et j’ai casé tout ça au fond de ma Mini 1100 Special noire. Direction : une auberge proche de l’Alien Centre Pomp y dou. Et vous savez quoi… j’ai bien failli vous assassiner le deuxième chanteur des Ruts, au détour d’un carrefour, mais les freins ont assuré comme des fous. La conduite à Paris semble beaucoup amuser Segs. Babylon by night, suivez le guide. À droite, les Bains et les Douches, à gauche, le Faux- Rhum des Halles. Tout ce qu’il sait dire dans notre langue, c’est: « Je parle un peu de français et cette chanson parle de la guerre et de sa futilité », pour le reste de la conversation, laissez-moi donc mettre en fonction marche mon traducteur à piles 1,5 V.

The Ruts« « Animal Now » est un nouvel album, mais nous sommes avant tout un nouveau groupe. Nous avons évolué et notre musique, comme notre look, ont suivi cette évolution. C’est un nouveau voyage et il faudra que notre public s’y habitue. Quand nous sommes sur scène, il y a toujours des mecs pour réclamer entre les morceaux « Human Punk» ou « Babylon’s Burning ». Ils peuvent toujours s’ époumoner parce que nous ne jouerons plus ces morceaux, ils appartiennent au passé. Les gens ne réalisent pas que Malcolm est mort. Il était mon ami, mais aujourd’hui il est parti, Alors, ça ne sert a rien de regarder en arrière. Toutes les chroniques parues dans la presse anglaise critiquent ma voix, ils disent qu’elle n’est pas aussi bonne que celle de Malcolm. C’est peut-être vrai. Mais je ne chante pas du tout comme Malcolm et je ne ferai rien pour essayer.

La dernière fois que je t’ai vu a Paris, Paul Fox (le guitariste) était venu avec son papa, un gros cockney aussi drôle que joufflu et tout aussi bourré, il ne vous suit plus  en tournée ?

Oh, Ted. C’est vraiment notre groupie N° 1, il a mis tous nos disques dans le juke-box de son pub, dans la banlieue de Londres. En ce qui concerne I ‘alcool, j’aime boire parce que ca libère mon attention. Mais c’est fini l’époque où l’on se passait les bouteilles sur scène. À ce débit-là; ma voix ne tiendrait pas longtemps.

Parlons un peu des textes; à voir les credits sur le label, on dirait que vous vous partagez le message? 

Je ne suis pas facho comme un Jon Anderson, on s’assoit ensemble et chacun lance les idées. Ainsi, sur scène ou en studio, tous les mecs savent de quoi je parle. Quant au message, c’est vrai que certaines de nos chansons ont un écho politique. « Dangerous Mind» parle de Maggie Thatcher et des esprits dangereux qui usent et abusent du pouvoir avec des œillères. Ces gens élevés dans les «public schools » de la haute société, qu’ont-ils de commun avec moi, avec toi, avec les mômes de Brixton ?  Ils gèrent l’État comme ils gèrent leur fortune personnelle. »

Segs et Paul ne comprennent pas grand-chose à ce qu’il se passe sur notre scène politique. « Qui est Mitterrand ? » demandent-ils, « on annonce partout des concerts de lui. J’ai expliqué à Segs qu’il a quelques hits en prévision: « Libéralisation des ondes radio » va marcher très fort à la rentrée et on attend beaucoup aussi de « Baisse de la TVA sur les disques ». Mais, de toutes les compositions, celle que j’aimerais vraiment le plus entendre, c’est « Fin du Service National Obligatoire », mais d’ici à ce que ça sorte…

 

Publié dans le numéro 156 de BEST daté de juillet 1981BEST 156

 

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