JANET + JERMAINE = LES JACKSON TWO DE 1986

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JANET-JACKSON-RARE-1984-

Cet été 1986 voyait publier deux LP des Jacksons et pourtant cette fois contrairement à « Thriller » sorti 4 ans auparavant avec tout le tintamarre que l’on sait, Michael n’y était pour rien. Son frère ainé Jermaine nous livrait son meilleur album depuis 1980 et Janet la petite sœur jouait enfin au papillon aux ailes multicolores nous faisant oublier la chrysalide de ses précédentes tentatives discographique avortées. En juin 86, GBD chroniquait pour BEST Jermaine ET Janet, dans un même texte unique et sans doute quelque peu funky-prophétique.

 

Jermaine Jackson and Stevie Wonder SingingComment oublier ma prosaïque première rencontre avec un Jackson ? C’était à la fin 80 ou au tout début 1981, à Villetaneuse, juste à côté de Saint-Denis. Mais que diable pouvait bien y faire Jermaine- on ne rigole pas- La Jaune Jackson, quatrième enfant après ses sœurs Rebbie et Jackie et son grand frère Tito de Joe et de Katherine Jackson ? Facile. À l’époque, le label historique des Jackson 5, Motown était distribué par le label français Vogue…dont les bureaux, mais également les studios d’enregistrement –où avaient entre autres enregistré Dutronc et Hardy- et même l’usine de pressage étaient regroupés sur un même site. C’est ainsi que j’avais interviewé Jermaine en visite hexagonale pour promouvoir la sortie de son sixième LP « Let’s Get Serious ». Franchement, je ne me souviens plus si c’était pour BEST ou Rock & Folk, puisque j’étais un transfuge- yes, comme de passer de l’Est à l’Ouest 😉 – ayant migré avec un rare soulagement de l’enfer de la rue Chaptal au paradis de la rue d’Antin. Mais par contre, je n’ai pas oublié ce bureau d’usine, aux dossiers et autres PLV entassés, Jermaine et moi face à face dans deux sièges hors d’âge en plastique. Surréaliste. Comme le « déjeuner d’apparat », donné par Léon Cabat, le fondateur des disques Vogue avec toute son équipe de management…dans la partie réservée aux cadres de la cantine du label. Jermaine était un charmant garçon, pas star pour un sou, malgré son double statut de héros de la funkitude agitée et de grand frère de celui qui n’était pas encore the King of Pop. Après tout, Jermaine, tout comme Michael publiait des LP solos depuis 72, sans compter naturellement tous les succès engrangés au sein des Jackson 5. D’autre part, celui-ci jouissait également d’un statut tout particulier au sein de la maison, puisqu’il qu’il était le gendre du patron en ayant épousé la fille de Berry Gordy; lorsque Michael avait claqué la porte de la Motown pour signer chez Epic et publier son « Off The Wall » produit par Quincy Jones en 79, Jermaine était lui demeuré fidèle au label de Detroit. C’est dire si cette visite de Jermaine avait un côté aussi symbolique que diplomatique pour tout le staff Vogue. De surcroit, avec sa chanson-titre pour locomotive, « Let’s Get Serious » était un des meilleurs albums solos du frangin. Autre motivation, non négligeable pour visiter Villetaneuse, c’était le passage obligé de tout journaliste à l’usine. Déjà pour respirer l’odeur du vinyle frais au petit matin, pour paraphraser le Lieutenant Colonel Bill Kilgore dans « Apocalypse Now » et assister au ballet brûlant des presses à disques. Mais, également, et de manière plus intéressée, pour aller au stock à côté choisir tous les albums Vogue dont on pouvait rêver. En ce temps-là, les journalistes et autres visiteurs privilégiés pouvaient remplir à ras bord d’albums-promos du catalogue tout le coffre de leurs automobiles…et plus si affinités. Léon Cabat était un seigneur, comme on disait alors. Mais c’était « l’âge d’or » du 33 tours, une époque carrément révolue.

Janet_Jackson_-_Dream_StreetQuant à Janet, la dernière née de la prolifique famille Jackson, était aussi incontestablement la plus douée, sans doute après Michael. Néanmoins, lors de ma première rencontre avec la benjamine de la famille pour la sortie de son second LP « Dream Street » 1984, je n’aurais pas parié un million de dollars sur l’avenir de la petite. Pourtant, s’il n’était pas aisé de grandir à l’ombre de la gloire époustouflante des grands frères, elle constituait aussi la meilleure des écoles. Ainsi, au plus fort de la popularité des Jackson 5, petite Janet suivait pas à pas ses frangins. Papa Joe Jackson, le patriarche violent et autoritaire qui manageait ses enfants à la trique, la pousse peu à peu en avant. Et aux shows pailletés de Las Vegas, seule sur scène, elle a longtemps servi d’apéritif avant le funk pop des Jackson 5. Mais c’est d’abord la comédie qui fait vibrer Janet. Elle vient tout juste de fêter ses 14 printemps lorsqu’elle parvient à décrocher un rôle important de la série pour ados “ Fame ”; Janet enchaînera avec une autre série TV “ Different Stroke ”, mais elle ne résistera pas longtemps à l’appel de la musique. Lorsqu’elle signe son premier contrat d’artiste avec A&M, elle n’a pas 16 printemps. L’absence de maturité s’en ressent, ses deux premiers albums, l’éponyme et mièvre“ Janet Jackson ” et “ Dream Street ” au funk mou et fleur bleue laisseront le public indifférent. Pour échapper à son tyran de paternel- manager, elle tombe dans les bras du chanteur R and B James De Barge, mais leur mariage est un échec et ne durera que quelques mois. C’est juste après cette rupture que je rencontre pour la première fois Janet, dans l’imposante propriété familiale d’Encino. Elle a tout juste 18 ans, mais la similitude physique et vocale avec Michael est déjà troublante. Dans un décor de salon rococo où s’entassent disques d’ors et autres reliques, la p’tite Janet a toujours son rire enfantin. Scène de la vie quotidienne, Katherine Jackson range ses commissions dans la cuisine à côté. S’il n’y avait pas tous ces trophées, ces cygnes dans l’étang artificiel et toutes ces voitures de sport et autres limousines alignées sur le perron, on se croirait presque dans une famille US middle class type. Heureusement, le dieu du funk veillait sur Janet puisque quelques années plus tard grâce à la magie des Flyte Tyme brothers de Minneapolis, Jimmy Jam et Terry Lewis, sa carrière prend enfin son envol percutant enfin le mur du son.hayvenhurst2

 

Publié dans le numéro 215 de BEST

 

 

 

 

 

JERMAINE JACKSON

« Precious Moments »

JANET JACKSON

« Control »

 

Jermaine_Jackson_-_Precious_Moments« Damned », se dit Joe ce matin-là en s’éveillant, « on va encore être envahis par ces satanés disques d’or ! ». Pauvre Joe Jackson, le patriarche ne sait plus où entasser les trophées raflés par ses kids, la maison familiale d’Encino, dans la San Fernando Valley, craque et avec le nouvel LP de Jermaine, cela ne va pas s’arranger. Après la « mania. Michael en 83 et le semi-succès du «Victory Tour », on les croyait pourtant ejectés les Jacksons! Jermaine, le beau-fils de Berry Gordy s’était pourtant illustré en duo avec la Pia machin-chose, mais sans rien produire de vraiment bandant depuis 80. Cette fois, gare aux caries, si vous fondez sur les loukoums, ces « Precious Moments » constituent un joli plateau. Sucré, mais musclé, d’abord avec le titre « Do You Remember Me », Jermaine retrouve l’étincelle magique jacksonienne de « ABC. ou de « Can You Feel It », une force irrésistible qui vous entraine à la danse. Effets remixés, séquences enfilées, la formidable machine Jackson est lancée sur « I Hear Heartbeat ». Et ce «Words Into Action », slow évanescent romantique. Jusqu’à la fin, on se dit « Jermaine pompe, c’est du Marvin Gaye, on dirait « What’s Going On ». Plus Marvin que Marvin, jusqu’aux derniers mots: «I Love You Marvin» et là soudain tout s’éclaire. L’album est d’ailleurs dédié au diable noir. Après le slow-kleenex, voici le slow braguette, garanti zippé pour l’été. « I Think It’s Love » est co-signé par le (Stevie) Wonder Boy. Bien joué Jermaine, même le duo avec ta petite protégée Whitney Houston est irréprochable.

janet-jackson-control-album-Quand le Michael n’est pas là, les Jacksons dansent. Un Jackson peut en cacher un autre, voici Janet et son nouvel LP. Petite sœurette s’était propulsée par deux séries télé, mais ses deux premiers disques étaient plus que contestables. Cette fois, little Janet fait des pieds de nez à papa Joe. Produit par deux caïds du gang Prince, Jimmy Jam et Terry Lewis, « Control » est l’histoire de la prise de contrôle de Janet par Janet, le contrôle de ce qu’elle dit, de ce qu’elle est etc … d’ailleurs, elle s’en prend même directement à son papa. La libération lui va bien, Janet est une petite bombe funky. «Control dégage quelques kilowatts d’une énergie très princière et c’est fascinant. Petite Janet s’offre même un tube, • What Have You Done For Me Lately ». Tous les plans sont bons, on retrouve même quelques côtés Art of Noise dans les influences directes de « Control ». Plus culotté que l’album du frangin, «  Control» est aussi bien plus novateur et littéralement bardé de hits potentiels. Et comme on dit si bien, deux Jacksons valent mieux que cinq tu l’auras …

 

Publié dans le numéro 215 de BEST daté de juin 1986BEST 215 small

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