GRATEFUL DEAD “American Beauty”

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C’est sans doute l’un des LP les plus cruciaux de la bande de Jerry Garcia, le lumineux “American Beauty” publié en 1970 fête aujourd’hui son demi-siècle et à cette occasion le fameux label Rhino réédite le chef d’œuvre du Grateful Dead, groupe qui a inventé le folk rock psychédélique boosté de nombreux  titres live capturés à New York. 

grateful deadComment oublier ce concert incroyable ! C’était le 21 juillet 1974, trois jours avant que je ne fête mes 18 ans, à Los Angeles au mythique Hollywood Bowl, incroyable salle de concert à ciel ouvert, un amphithéâtre où la scène était entourée de palmiers, survolée par les avions qui traçaient leur sillage blanc dans le ciel d’Azur. Dès mon arrivée, comme un flash-back de Woodstock, les jeunes filles dans le public nous offraient de partager leur bière ou leur joint, en faisant la bise aux parfaits inconnus que nous étions. Sur scène, l’égérie folk Maria Muldaur assurait la première partie d’un show dantesque qui allait s’étirer durant plus de 5h. Puis enfin, Jerry Garcia et ses boys lui ont succédé et cette vision d’un Grateful Dead totalement psychédélique restera toujours gravée dans mon esprit. Jamais de ma vie, je n’avais partagé une expérience aussi planante. Lorsque la nuit s’est étendue sur le Hollywood Bowl et que les étoiles ont commencé à scintiller dans le ciel, le son juste incroyable du Dead a alors pris toute sa dimension. Avec des chansons qui s’étiraient le plus souvent au-delà des 10 minutes comme autant d’hallucinantes improvisations, et un super son porté par les collines avoisinantes, le groupe de San Francisco faisait décoller le Hollywood Bowl comme un immense vaisseau spatial. Une expérience qui a marqué toute ma vie. Rien de surprenant, donc à ce que Jean Christophe Mary ait absolument craqué sur cet « American Beauty », fondateur de la légende du Dead.

Par Jean-Christophe MARYgrateful dead

 

Durant un peu plus de deux décennies, de 1966 à 1989, le Grateful Dead va dynamiter les canons de la musique pop et lui insuffler une bonne dose de folk, de free jazz, de musique indienne et contemporaine. Des cheveux longs aux fringues hippies et barbes crasseuses, de l’esprit communautaire aux affiches hallucinogènes (des squelettes entourés de roses !), le Grateful Dead invente aussi l’imagerie du rock psychédélique. Sans oublier les fameuses séances d’acid test et de télépathie, qui font partie de la vie quotidienne, dans leur fief de San Francisco. Fin des 60’s, la communauté fondée par Jerry Garcia s’inspire des idéaux de la contre-culture telle que l’ont développé les beatnicks, sous l’influence de Jack Kerouac et d’Allen Ginsberg. Considéré comme l’un des meilleurs albums studio du Grateful Dead, « American Beauty » confirme le virage déjà amorcé par l’album « Workingman’s Dead » (1970). Le groupe passe brusquement d’un rock libre et désordonnée à une sorte d’americana folk acoustique alors très en vogue en Californie. Moins enclins aux expériences psychédéliques et autres acid test, les musiciens vont se concentrer sur l’écriture des chansons et développer une diversité et une richesse musicale, absolument incroyables. Le groupe opère un véritable tournant, renoue avec les racines folk et country à travers des titres peuplés d’harmonies vocales dans l’esprit Crosby, Stills, Nash & Young, et de textes qui traitent des espoirs et désillusions que vit la jeunesse américaine à la fin des 60’s. Enregistré en 1970, à quelques mois d’intervalle de « Workingman’s Dead »,  Jerry Garcia et ses amis développent les explorations country bluegrass, folk et rock psychédélique à travers des compositions de haut vol. Ici les chansons respirent la joie, la bonne humeur sur des textes poétiques signés de Robert Hunter. Guitares acoustiques country rock, harmonies vocales luxuriantes « Attics Of My Life » et arrangements pop folk psychédélique, cet album est toujours aussi actuel 50 ans après. «Ripple» et «Box of Rain» abordent des thèmes récurrents chez le Grateful Dead, évoquent la spiritualité, la mort. Hymne joyeux, « Sugar Magnolia » traite des petits frissons que les amoureux ressentent aux prémices d’un amour naissant . Le tumultueux « Truckin » est une métaphore de la vie, une route tissée d’espoirs tant attendus par toute génération des 60’s, prise en étau entre guerre du Vietnam et de la fin des rêves hippies. Mais le véritable intérêt de cet objet, ce sont les 23 enregistrements live au Capitol Theatre de Fort Chester NY, enregistrés le 18/021971, publiés pour la première fois. On notera ainsi les versions enflammées de « Johnny B Goode » (Chuck Berry),  « Hard To Handle » (Otis Redding) , « Not Fade Away » (Buddy Holly), « Going Down The Road Feeling Bad » (Henry Whitter) ou « Me and My Uncle » (Mamas and The Papas). Un demi siècle après, on prend un plaisir à redécouvrir les titres re-mastérisés et inédits de ce fabuleux groupe qui exerça une influence majeure sur cette jeunesse américaine des 60’s en quête de spiritualité et de vie libertaire.

 

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