FOREIGNER L’ÉTRANGER AUX HITS MUSCLÉS

ForeignerVoici 40 ans dans BEST GBD retrouvait à New York City un Étranger dans la ville en la personne de Mick Jones. Le leader de Foreigner  venait de publier le 4éme LP de sa formation anglo-américaine, le bien nommé « 4 »  et porté par ses hits à répétition « Urgent », « Juke Box Hero » et « Waiting For A Girl Like You » l’ex-guitariste de Johnny Hallyday était à la veille du lancement de sa plus grande tournée mondiale. Flashback…

Mick Jones ForeignerEn arrivant chez BEST en novembre 1980, je m’étais promis de ne bosser qu’avec des artistes ou des groupes qui me me bottaient vraiment. Ce qui excluait à priori tous les groupes de hard rock… à quelques exception près. Tout d’abord Thin Lizzy parce qu’au fil des rencontres et des concerts j’ai appris à vénérer cette fulgurante « rose noire irlandaise » qu’était Phil Lynott. Seconde exception, on en a déjà parlé dans Gonzomusic c’était Girlschool… car c’étaient des gonzesses et qu’elles me faisaient marrer ( Voir sur Gonzomusic  https://gonzomusic.fr/girlschool-ecolieres-for-ever.html et aussi   https://gonzomusic.fr/girlschool-hit-and-run.html ). Enfin, la troisième exception était Foreigner découvert dés son premier 33 tours éponyme sur les FM de LA avec les puissants « Feel Like the First Time » et « Cold As Ice ». Un Mick Jones pouvant en cacher un autre, surtout il ne fallait pas confondre le guitariste du Clash et le moteur à explosions de Foreigner… qui avait tout de même assuré la première partie du concert des Beatles à l’Olympia en tant que guitariste du groupe de Sylvie Vartan, cela ne s’invente pas !  Ensuite  durant  six ans il usinera les albums de Johnny Hallyday enrôlant la crème du rock British de l’époque Jimmy Page, Steve Mariott ou Peter Frampton. Coté Foreigner justement, chaque album délivrait son lot de hit ainsi le second disque « Double Vision »  avec sa chanson-titre et le monumental « Hot Blooded ». De surcroit Mick Jones qui signait l’écrasante majorité des titres savait s’entourer des meilleurs musicos, ainsi  l’anglais Thomas Dolby qui révolutionne littéralement le son Foreigner avec ses synthés sur « Urgent » et l’intro de « Waiting For A Girl Like You ». C’est dire si cet été 1981 en débarquant à New York pour BEST, je brûlais de bombarder « l’Etranger » de mes questions les plus incisives avant sa méga-tournée mondiale.

 

Publié dans le numéro 158 de BEST sous le titre :Mick Jones Foreigner

 

LA FORCE TRANQUILLE

 

« Dans l’ombre des géants, dans la jungle du business international, Mick Jones, durant de longues années, donna beaucoup et apprit encore plus. Patiemment. Son heure viendrait, il le savait. Et Foreigner est venu. Et Foreigner vient maintenant par ici, rencontre parfaite de la hargne brûlante et de l’accomplissement mélodique. Une interview de Gérard Bar-David. » Christian LEBRUN

 

1975…  New  York  megalopolis  USA,  l’Étranger  se  prépare  à investir la  cité. Micky  Jones, les  cheveux dans  le vent  glacé prépare son plan d’attaque. Le guitar-hero se lance à l’assaut de  la  forteresse  des  hit  parades.  Supergroupe,  rock  d’acier dans un gant  de velours, Foreigner est un subtil mélange de punch  électrique,  de tendresse  adolescente  et  d’un «  je  ne sais quoi » générateur des hits gros comme les Montagnes Rocheuses. Aujourd’hui, le groupe de Mick Jones se retrouve à la tête  d’un  capital kolossal  de  plus  de  16  millions  de  LP  de  par  le monde.  Mick  a  su  se  préserver  pour  décrocher  le  jackpot.  Dix années se sont écoulées, sablier doré du  rock and roiI, les rêves se sont  succédés  et  Micky  a  su  peaufiner  son  style  net  et  précis comme  le  fil  immatériel  du  laser-rasoir.  La  force  tranquille  s’est peu  a  peu  affirmée  du  premier  «  Foreigner»  jusqu’à  la  cible  de «4 »… mission accomplie !

Mick  Jones  a  grandi  dans  la  banlieue  sud  de  Londres,  à  Woking, petite  bourgade  de  quelques  milliers  d’habitants  écrasée  par  la capitale.  Après  un  certain  nombre  d’expériences  diverses  avec des  groupes  locaux,  Micky  s’est  retrouvé,  un  jour  et  par  hasard, sur le  pavé de  notre chère capitale  : le  flash s’étirera  pendant plus de  cinq  années.  Mick  se  consacrera  à  notre  Johnny  «  Cherchez l’idole » national Hallyday. C’est lui qui usinera les hits de Johnny, « Ma  jolie Sarah  » et  tous les  autres jusqu’à  la rupture  et le  départ pour  les  States.  Drôle  d’aventure  que  celle  de  ce  petit  anglais middle  class  qui  devra  attendre  le  boomerang  du  succès  américain pour revenir en vainqueur dans ses deux patries européennes : la  France  et  l’Angleterre.  Août  1981.  L’Étranger  se  prépare  à débarquer  pour  une  tournée  de  trois  semaines,  prologue  d’un world tour de sept mois. Comme je me trouvais à moins de cinq mille kilomètres du studio de répétition du groupe à New York, je me suis  donc  retrouvé  investi  de  la  sainte mission de l’interview.

New York a beau être une ville de science fiction, ses taxis sont plus branlants encore  que  les  pires  transports  en  commun  du bassin Méditerranéen. Mon taxi jaune fait des  bons  en  avant  sur  la  chaussée  défoncée qui mène au Queensborough  bridge.  Chaleur  moite  et  soleil  crasseux sont les deux mamelles humides de l’été de N Y City. Foreigner s’est installé depuis quelques semaines dans un studio de  répètes d’une rue borgne du Queens. Épaves  et poubelles sous les piliers du métro aérien, style poursuite dans « French Connection »,  forment  un  décor  sordide,  mais  très carte postale de la Grosse Pomme. Depuis le départ de lan Mc Donald (claviers) et de son petit camarade Al Green­wood, Foreigner SA engage. Micky cherche un claviers pour la tournée et il ne se passe pas  un  jour  sans  qu’il  en  essaye  un  ou deux. A travers la porte du studio transpirent les hits de Foreigner « Hot Blooded », « Feels like the first time » et un paquet d’autres. Installé dans un fauteuil j’écoute le  temps  passer  au  fil  des  chansons  de Micky. Agréable ? Et pourquoi pas. Dans le style  métallique  et  énergie,  Foreigner  n’a rien à envier à ses confrères Saxon, Pile/ Secteur ( AC/DC : NDR) ou des autres Tête-à-Moteur ( Motorhead :NDR).   Mais Foreigner vous en donne plus; la mélodie, une  certaine  harmonie,  un  rock  fort  qui conserve  une  espèce  de  pureté  adolescente. Un  rock  glacé  teinté  du  smog  british,  du soleil  techno-dynamique  US  et  de  notre cher gros rouge qui tache. Mais que penser de ce « mondo-rock » que nous propose Foreigner? Au fil des années, j’ai appris à vivre avec l’horrible dépendance des Watts. Des 1,5 W de mon premier mini-cassette Philips aux milliers des sonos équalisées et massives des gigs de cette  fin  de  siècle,  l’escalade  des  sons chatouille  nos  oreilles.  Avec  Foreigner,  je ne  risquais  pas  trop  d’abîmer  mes  pré­cieuses membranes. Dans le studio à côté, le dernier cri de la guitare de Mick Jones a  traversé l’air et la porte s’est ouverte. Mick m’a dit bonjour en Français, en enchaînant avec son accent chantant sur une conversation bilingue. Décor bois naturel vernis, la grosse boîte du studio B compte deux occupants, l’Étranger et votre dévoué pressman humain.

Sylvie Vartan

Sylvie Vartan

« Pour toi, les choses sérieuses ont vraiment commencé en France, c’était un plan du hasard ou une action préméditée ?

En fait, je n’ai pas vraiment choisi la France, mais lorsque j’ai débarqué à Paris, j’ai vraiment eu le coup de foudre. Et a l’école, si je me souviens bien, le seul sujet  qui  me  bottait  vraiment  c’était  le français.

Comment t’es tu retrouvé à Paris?

Comme ça… je suis venu pour taire une  tournée  avec  un  groupe.  Elle  devait durer un mois., et je suis resté six ans en France.  J’étais  complètement  fasciné  par Paris, les gens le métro, la ville, le parfum de la Gitane. Je suis tombé amoureux du français way of life. Je n’avais jamais vécu dans une ville avant J’ai toujours évité de vivre  à  Londres  J’avais  une  maison  pas loin,  mais  assez  éloignée  pour  être  à  la campagne

CHERCHEZ L’IDOLE

Mais ici, aux States, ne vis tu pas dans la  plus  grande  ville  du  monde.  Tu  supportes NYC?

Sûrement puisque j’y suis installé. Et puis c’est peut-être grâce à cette ville que je me suis autant investi dans la musique, à cause du « challenge » pour la survie. New York c’est la jungle. Il faut se battre. A Paris je ne me suis jamais senti écrasé comme ici. En définitive c’est assez stimulant. Je crois pourtant être resté le même, un peu plus endurci peut être. J’ai surtout compris qu’il  fallait  absolument  que je  me bouge, que j’entreprenne enfin quelque chose qui me motive a 100 %. Mon avenir en France était trop cool et confortable. Sans aucune compétition avec moi-même. Je ne regrette pas ce temps-là et il m’en reste de superbes souvenirs, comme ce concert de l’Olympia en 64 où je me suis retrouvé sur scène avec Vartan comme première partie des Beatles; c’était mon premier vrai concert à Paris Je n’arrivais pas à y croire. Moi, un petit anglais débarqué  et  inconnu  j’ouvrais  un  concert des  Beatles  En  plus,  ils  étaient  assez sympas avec moi, étonnés de trouver un Anglais au milieu de tous ces Français !

Hector et les Mediators

Hector et les Mediators

Comment t’es-tu branché sur Vartan ?

Grâce à un film où Johnny avait le rôle principal, c’ était « Cherchez l’idole », et moi  j’étais  guitariste  dans  Hector  et  les Mediators,  le  groupe  du…  ah…  oui,  le Beethoven du rock (Le Chopin du Twist, en fait: N.D.LR.),  un mec avec les cheveux très long.  Ensuite j’ai joué avec Sylvie. Mais lorsque Johnny est rentré de l’armée il m’a demandé de l’accompagner; j’ai accepté et c’est ainsi que Johnny m’a volé à Sylvie. J’ai composé des tas de chansons pour lui comme « Né dans la rue » ou « Ma Jolie Sarah » … il y a une  discographie  assez  complète  chez Philips je crois bien.

Mais tout ça c’était alimentaire ou… ?

Non. Je faisais des chansons, un point  c’est  tout.  Je  ne  regretterai  jamais d’avoir travaillé avec Johnny parce qu’il m’a toujours permis d’aller exactement là où je voulais aller. Il m’a toujours écouté sur le plan du son des disques et des gens avec lesquels nous devions les faire. Avec lui, on partait constamment  à  Londres  et  c’est comme cela que j’ai rencontré des tas de musiciens  que  j’appréciais  beaucoup,  des gens comme Jimmy Page, Steve Mariott, Peter Frampton avec lesquels on enregistrait. A l’époque, je dirigeais les séances  des  disques  de  Johnny  et  personne ne m’a jamais empêché d’utiliser de super musiciens, au contraire. Jimmy venait souvent  passer  une  semaine  ou  deux  à Paris  en  studio  avec  nous;  bien  entendu c’était avant l’envol du Zeppelin. Si un jour Johnny me disait « Tiens je ferais bien un truc un peu soûl. », la semaine suivante je m’envolais pour New York enregistrer avec les meilleurs musiciens de studio de l’époque. Quelle expérience !

Mick Jones en haut à gauche et Johnny

Mick Jones en haut à gauche et Johnny

Philips investissait beaucoup d’argent dans la carrière de Johnny?

Plus encore que tu ne peux imaginer…

Et Johnny te faisait vraiment confiance?

Je crois qu’avec Tommy(Brown, ex­ batteur disparu du Johnny band), nous étions vraiment les seuls en qui il pouvait croire aveuglément. Johnny a toujours eu tant d’idiots dans son entourage.  Moi  ça  me  rendait  vraiment triste  de  voir  tous  ces  c…  la  «  Bande  à Johnny ». Ça m’attristait, mais j’ai compris qu’il avait aussi besoin de ça pour vivre.

Vous êtes encore copains?

On a toujours conservé un respect mutuel. On a vécu tant de situations difficiles ensemble. Lorsque j’ai quitté Johnny, je n’arrivais pas à me décider. Je me disais : il a besoin de moi. Après mon départ, j’ai réalisé qu’il pouvait très bien se passer de moi. Mais Johnny m’a aidé, comme moi je l’ai aidé. En France, je crois qu’il sera toujours une institution, une idole…Johnny

Comment as-tu échappé aux futilités de la vie parisienne ?

J’ai rencontré Gary Wright dans un club à Paris, au moment où je commençais à  avoir  très  envie  de  rentrer  à  Londres. Comme  Spooky  Tooth  venait  de  splitter, nous  avons  monté  un  groupe  que  nous avons baptisé « Wonder Wheel » à cause de la  grande  roue  du  parc  d’attractions  de Coney Island. Le groupe a duré un peu plus d’un  an,  soit  jusqu’en  71  lorsque  Chris Blackwell  a  proposé  à  Gary  de  reformer Spooky Tooth avec Mike Harrison et moi. Je suis donc resté avec le groupe jusqu’au moment où Gary s’est tiré en me laissant dans  la  merde.  On  venait  juste  de  finir l’enregistrement de « The Mirror». Ça lui a pris d’un seul coup; il voulait se remettre aux LP solos.

Et en plus des disques solos de synthés sans un seul accord de guitare !

En plus. Mais là non plus, je ne crois pas  avoir  perdu  mon  temps.  Je  me  suis installé  sur  mon  strapontin  en  attendant que ça se passe. Pendant six mois je n’ai pas fait grand chose, je vivais de quelques sessions et de mes droits d’auteur sur la France.

Mains non, tu as survécu grâce à la SACEM ?

C’est drôle, non ? Je me suis lancé dans  quelques  productions  foireuses  de groupes   noirs   et   inconnus.   J’étais   très paumé  à  NY.  C’est  dur,  même  pour  un Anglais,  mais  c’est  encore  pire  pour  les musiciens français : ceux qui viennent ici ne font pas de vieux os Heureusement, un matin j’ai reçu un coup de fil de Leslie West (Mountain). On avait fait quelques tournées ensemble. Il voulait monter quelque chose avec deux guitares et il s’est souvenu de moi. Je  me  suis retrouvé dans un studio avec lui et c’était comme si je contemplais à nouveau le soleil, c’était super. On a fait le Leslie West Band avec Carmine Appice à la batterie.  Je  vivais  encore  une  expérience différente car Leslie ne s’intéressait absolument  pas  aux  compositions;  j’ai  donc écrit   tout   l’album;   c’était   ma   première chance de composer un album de A à Z Nous avons beaucoup tourné, ce qui m’a donné plus de punch et d’agressivité dans mon style Mais au bout d’un moment Leslie ne  s’est  plus  amusé,  il  avait  aussi  des problèmes personnels et le groupe n’a pas tenu le choc. Là je me suis dit qu’il fallait vraiment que je me décide à monter mon propre  groupe.  J’avais  assez  donné  aux autres…

Combien d’années as-tu joué pour les autres?

Un peu plus de dix ans Mais je ne regrette pas Je suis content d’avoir eu tout ce  temps  devant  moi  pour  me  préparer. Quand c’est arrivé je savais par cœur les trucs que je devais faire et ceux qu’il me fallait éviter.

ForeignerAvec Johnny tu as appris à te défier du piège de la pop star, avec West tu as appris à écrire…  chacun  des  musiciens  avec  lesquels tu as joué t’a apporté quelque chose. Avec  ces  expériences,  tu  t’es  décidé  à tenter Foreigner… mais tu ne l’as pas fait avec n’importe qui.

J’ai passé plus d’un an à mettre ce groupe en place Je me suis entraîné sur pas mal d’albums avant de faire le premier Foreigner. Il fallait que je réinjecte la somme de toutes les expériences passées et complémentaires dans mon premier LP parce qu’il fallait à tout prix que j’en sois fier. J’ai voulu prendre vraiment mon temps. Le premier membre du groupe que j ‘ai rencontré, c’est lan Mc Donald. Malgré une foule de sessions communes, on ne se connaissait pratiquement pas. On a beaucoup discuté avant de se décider, lan est un des co­-fondateurs de King Crimson. avec Robert Fripp, c’est lui qui a écrit la moitié des titres du « In the Court Of… ». Ça a fait tilt dans ma tête, je me suis dit « et pourquoi pas… »; pourtant je ne courais pas après les célébrités du rock, je ne voulais pas un  groupe constitué d’ex-stars  d’autres  groupes  Avant tout il fallait créer un peu de fraîcheur. Il fallait  que  mon  expérience  soit  utilisée d’une manière enrichissante en conservant une certaine spontanéité.

Mais Foreigner n’a jamais été à proprement parlé une équipe de débutants…

C’est toujours la même histoire, c’est comme ce quarter  (25  Cents) il y a deux faces  deux  aspects  Ça  aurait  été  trop facile de monter un groupe avec des stars…

Et  les  autres  Foreigner  où  les  as-tu rencontrés ?

Al Greenwood je l’ai débauché dans un  groupe  de  Brooklyn.  Dennis  Elliot,  le batteur, est un anglais Je l’ai trouvé dans un studio ou il faisait des séances avec lan Hunter. Il jouait aussi dans les early seventies  avec  If.  Quant à  Lou  Gramm,  je  le connaissais déjà depuis deux ou trois ans lorsqu’il était chanteur de Black Sheep, un groupe de hard rock New Yorkais Vocalement je voulais quelqu’un qui sache monter assez haut dans les aigus. Je voulais vraiment mettre une super voix sur mes chansons J’ai auditionné plus de 40 chanteurs avant de choisir Lou.Foreigner

Vous  avez  beaucoup  répété  avant  de faire l’album  « Foreigner »?

On a passé deux mois à New York avec un ingénieur anglais On a dû le faire venir, parce qu’à l’époque j’avais fait une demande pour obtenir une carte de résident  aux  États-Unis;  or,  une  loi  stupide interdit de quitter le pays même pour quel­ques  jours  tant  que  la  demande  n’a  pas abouti.  Je voulais enregistrer à Londres et je me retrouvais coincé aux USA L’ingénieur du  son et  le co-producteur sont donc venus a NY pour faire le  disque.

Pourquoi  as-tu  signé  chez  Atlantic?

On a envoyé une maquette à trois record companies: Atlantic, A & M et Arista.. et elles  nous ont toutes refusé. C’est drôle, parce que les gens s’imaginent que Foreigner  est  un  truc  complètement  monté, construit  de  toutes  pièces  et  fait  pour gagner, ils se plantent Après coup, on nous a dit: « Ouais vous saviez d’avance ce qui allait  arriver ». Moi  j’avais  à  peine  de  quoi bouffer. Merci encore à la SACEM. Comme je co-produisais • Foreigner », on a dû enregistrer très low budget avec le minimum nécessaire Quand la maquette nous a été retournée j’étais si furieux que je l’ai immédiatement renvoyée chez Atlantic par retour du courrier. Je voulais à tout prix signer chez eux, peut-être à cause de l’héritage Atlantic de Ray Charles  aux  Stones  en  passant  par  Led Zeppelin.

C’est vraiment le feeling qu’on ressent en  signant  dans  une telle  maison  de  disques, c’est  vraiment  partager  un  patrimoine commun?

Écoute, le piano sur lequel je joue sur «Cold  As  Ice»  c’est  celui  sur  lequel  Ray Charles a enregistré « What I ‘d Say »; Aretha Franklin s’en servait aussi. C’est presque sentimental. Au deuxième envoi, la cassette a abouti chez un  A(rtist) and  R(epertoire) qui  nous  a  reconnu,  lan  et  moi.  Ensuite c’est l’histoire classique. Il est passé nous voir  répéter  et  le  lendemain  Foreigner signait son contrat chez Atlantic. Tout ça pour te montrer combien il est facile de se ramasser, de voir sa maquette jetée. Et nul n’en est à l’abri, les distributeurs automatiques à contrats d’artiste ça n’existe pas les meilleurs peuvent se prendre des claques. Mais c’est bien aussi quand ça ne se passe  pas trop facilement, ça laisse tout le temps de réfléchir.

C’est  pas  un  peu  maso  comme  attitude?

Ouais.,  mais  les  évènement n’arrivent pas par hasard. La vie est faite de choses qui  s’emboîtent  comme  les  pièces  d’un puzzle; chacune te mène à quelque chose d’autre,  moi  j’accepte  le  pire  parce  qu’il peut mener droit au meilleur.

Quand le  disque  est  sorti,  comment expliques-tu  qu’il  ait  marché  aussi  fort.  Je me  souviens  que  les  radios  américaines matraquaient «  Feels Like  the First  Time »  et « At War With the World ».

À l’époque, il y avait un grand vide dans la musique aux Etats-Unis; des groupes  continuaient  à  sortir,  mais  il  ne  se passait rien de très fort. Et puis Boston est arrivé  et  a  inauguré  ce  phénomène  de ventes gigantesques de disques grâce au matraquage  radio de « More Than A Feeling ».  Lorsque  «Foreigner » est sorti, il a profité de la même dynamique. La  comparaison  avec  Boston  s’arrête  là. Pour le business, ce phénomène de vagues de  ventes  massives  avait  quelque  chose d’assez déconcertant. Led Zeppelin et les Stones n’ont jamais vendu plus d’un million d’exemplaires d’un seul disque. Fleetwood Mac et Foreigner se sont arrachés à plus de  quatre millions Quand j’y pense, ça paraît complètement vertigineux.

Vous vous êtes beaucoup produits sur scène  aux  USA  avant  que  le  disque devienne N° 1 ?

On a commencé à tourner dès que le disque est sorti, au début mars. À la fin mai, nous décrochions le N° 1, mais je crois que nous y étions préparés depuis longtemps. On  a  bossé,  énormément  répété  pour acquérir une expérience de la scène réelle en  tant  que  groupe-unité  musicale.  C’est aussi une question de discipline. Pour « 4 » j’ai bossé avec Lou au moins huit heures par jour non-stop pendant plus de neuf mois.

À la  fin de  la journée  c’est l’Enfer ou le Paradis?

Je crois que ça ressemble plutôt à l’Enfer. À la fin de l’album, je me sentais presque comme au Vietnam.Foreigner 4

« 4  »  est  co-produit  par  Robert  John « Mutt  » Lange  qui a  déjà fait  AC/DC et  les Boomtown Rats.  Tu travailles souvent avec un co-producteur ?

Je  travaille  toujours  avec  un  co­-producteur, parce qu’il faut que quelqu’un reste en cabine pour véritablement contrôler  le  son  pendant  que  je  joue.  Quand j’enregistre,  je  veux  être  un  membre  du groupe à part entière. Je n’ai pas l’âme du producteur et je refuse ce rôle s’il doit durer trop longtemps En fait, je n’endosse l’uniforme du producteur que pour le mixage. Quand on a fini d’enregistrer, c’est moi qui opère. Si on essaye de jouer et de produire en  même  temps  obligatoirement  l’un  des deux côtés en souffre.

Pourtant  des  artistes  parviennent  à  faire des  disques  complètement  seul,  comme Winwood par exemple ?

Oui,  je  pourrais  faire  un  album de cette manière. Ça me tenterait assez, mais ce  que  je  fais  avec  le  groupe  est  pour l’instant bien plus important que de contempler un truc nombrilique comme ça »

Lou Gramm

Lou Gramm

Après   une   panne   de   micro,   l’interview   se poursuivra  avec  Micky  l’Étranger.  On  discutera de la vie à  Paris, de  Roman son  fils de   quinze   ans   qui   étudie   dans   un   lycée français  et  qui  j’espère  lira  cette  entretien avec son daddy. Jessica,  la  sweet  promotion-girl  aux  yeux  verts déboule  dans  le  studio  avec  les  charts fraîches.  Foreigner,  en  une  semaine,  a gagné 25  places passant  du N°  30 à  5. Un roadie  court  vers  le  supermarché  d’à  côté pour  acheter  du  champagne.  C’est  la  fête au  studio.  Comme  mon  micro  est  toujours branché,  j’en  profite  pour  le  présenter  à Lou Gramm,  le  chanteur-percussionniste  du groupe :

« Je  suis  assez  excité  par cette tournée. Ça fait plus d’un an et demi que nous n’avons pas pris la route. Et puis je n’ai jamais chanté en France. Je ne sais  vraiment pas à quoi m’attendre au niveau des réactions de la part du public français.

Vous  vous  entendez  bien  depuis  le départ de lan et Al?

On s’entend assez bien. Il serait faux de dire qu’il n’y a pas de conflit, mais ils sont nécessaires, ils apportent un vent nouveau. Ce genre de controverse est toujours enrichissante finalement II n’y avait pas d’autre solution. Le groupe ne pouvait pas rester tel quel et continuer à progresser. Le son que nous avons aujourd’hui se rapproche vraiment de ce que je pouvais souhaiter, c’est-à-dire un son plus ouvert qui couvre des  feelings  musicaux  différents  les  uns des autres Je crois que la cible est plus juste.

C’est  pour cela qu’il y a une cible sur la pochette du disque?

Sans doute… mais il ne faut jurer de rien. »Mick Jones Foreigner

Foreigner,  l’Étranger  calme  et  patient revient  dans  sa  seconde  patrie  vers  la  fin du  mois  d’août.  Trois  gigs  dans  le  sud estival: Annecy, Fréjus et Montpellier. Ça  va  lui  faire  une  drôle  d’impression  à Mick,  de  retrouver  un  public  francophone. Seulement  cette  fois,  il  ne  sera  pas  derrière l’idole,  sa guitare  à la  main. Cette  fois l’idole  c’est  lui.  Mais  apparemment  Micky est loin  de laisser  sa tête  enfler comme  un soufflé trop monté. Il a déjà vu le film, Mick, et il  saura s’en  défier. Elvis Presley  à la  fin de  sa  vie  était  si  enflé  qu’à  la  moindre piqûre  supplémentaire,  il  a  fini  par  éclater. Johnny  est  en  passe  de  vivre  la  même aventure;  la  dernière  fois  il  avait  du  mal  à voir le  bout de  son nombril.  Mick Jones  lui, saura  sans  doute  se  surveiller.  Dans  le bureau de Los Angeles où je finis de taper ce papier, « Urgent » le hit fait du ping pong  entre  le  canal  gauche  et  le  canal  droit  de mon  casque  de  walkman.  C’est  vraiment très  agréable  à  écouter,  sans  glisser  sur les  facilités  à  la  Kansas  ou  Boston,  ou  les lourdeurs  trop  heavy-metaliennes.    « Urgent»  sonne  dans  ma  tête  comme  le timbre  d’un  réveil  trop  matinal,  mais,  bon sang, finirai-je ce papier à temps ? Pour en  savoir plus, branchez vous sur le sommaire  de  BEST.  Si  votre  rock-magazine  favori compte  quelques  pages  blanches,  je  vous engage  à  venir  me  les  faire  bouffer. Et    si    jamais    vous    croisez    l’Étranger sur votre route, saluez le donc de ma part…

 

Publié dans le numéro 158 de BEST daté de septembre 1981BEST 158

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