Dr DRE : « Compton »

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On aura vraiment attendu Dré longtemps…16 ans précisément, depuis son « 2001 » de 1999, mais la sortie du biopic « Straight Outta Compton » qui raconte l’épopée du super-groupe NWA semble avoir donné des ailes au bon docteur pour s’envoler à nouveau vers un nirvana rapologique.

 

Dr Dre "Compton"Si les djeuns’ connaissent parfaitement Dr Dre pour ses prods de Snoop ou d’Eminem et, surtout depuis 2008, pour ses désormais légendaires casques Beats, la plupart ignore que Dre appartenait au plus grand groupe de la West Coast, inventeur du gansta-rap : NWA, aux côtés d’Ice Cube, MC Ren, DJ Yella et du regretté Eazy-E disparu en 95 des suites de problèmes respiratoires dus aux déficiences immunitaires du VIH. Trois ans auparavant, NWA avait volé en éclats, suite au départ de Dre de Ruthless Records, le label qu’ils avaient fondé  ensemble. Dre associé à Suge Knight fonde alors Death Row records et règle ses comptes avec Eazy-E dans son premier album solo « The Chronic ». Mais comme le proclamait la fameuse « une » de Charlie Hebdo « Tout est pardonné ». Et la sortie du film auto-biographique « Straight Outta Compton » aura servi de déclencheur au grand retour discographique de Dre. Car ce bon docteur n’a désormais plus rien à prouver : producteur à succés de Snoop Dogg et d’Eminem et biznessman accompli avec la popularité puis la revente de sa société Beats à Apple-plus de 3 milliards de dollars tout de même !-, il n’a cessé de repousser inlassablement le successeur de son « Chronic 2001 » publié en 1999. Des années durant, il nous a fait miroiter la sortie d’un hypothétique « Detox », dont les titres maintes fois piratés ont surgi peu à peu sur le net, mais en vain car « Detox » ne verra jamais officiellement le jour.

The Doc is back !

Ce retour inattendu est donc une divine surprise. Car durant les 60 minutes et plus de cet album body-buildé, Dre nous a réservé un casting de choc. On se souvient des invités de ses deux premiers projets, Snoop Dogg et Nate Dogg, puis Eminem, à nouveau Dre nous a sélectionné une éblouissante distribution. Son vieux complice de NWA, Ice Cube, ainsi qu’ Eminem et Xzibit mais également la « découverte » de l’année », Kendrick Lamar. Coté « révélations » , on rencontre Justus, aka Justin Knight, un bouillant rappeur de Dallas, Anderson Paak- présent sur 4 titres !- originaire d’Oxnard en Californie et surtout la chanteuse anglaise débarquée de Liverpool, Marsha Ambrosius, signée sur le label Aftermath de Dre- qui vocalise sur 4 titres-. Cet album est aussi habité par quelques fantômes remarquables comme Biggie Small, aka Notorious B.I.G qui apparaît en filigranes du premier titre « Talk About It » qui reprend le « It was just a dream » de « Juicy » sur son mythique« Ready To Die ». Autre « apparition » que l’on retrouve à au moins deux reprises, c’est Eazy-E, bien sûr ! « For The Love of Money » reprend le théme de « For Tha Love of Money » des Bones, Thugs & Harmony où l’on avait déjà un featuring posthume de l’ex-NWA. Il est aussi omniprésent dans Darkside Gone » -sous un sample surprenant du « Spirits of Ancient Egypt » de McCartney & Wings. Puis, achevant l’album sur « Talkin To My Diary », Dre rappe : I know Eazy can see me now/Loking down through the clouds…(Je sais que Eazy peut me voir désormais/ M’observant à travers les nuages…). straight-outta-comptonEnfin, sur le beat nostalgique de « It’s All On Me » il réveille le souvenir de ce bon vieux Nate Dogg- le troisième larron du posse 213 avec Snoop et Warren G, le demi-frère de Dre, – hélas emporté trop tôt par une crise cardiaque en 2011. « Satisfiction » au delà du bon mot porté par l’immense Snoop est un des fers de lance de cet album colossal. Coté politique, Dre ne garde guère sa langue dans sa poche, il rend successivement hommage aux victimes noires d’une police blanche, Michael Brown d’abord avec le super-groovy « Animals » et Eric Garner avec « Deep Water ». Cet album riche en émotions mérite qu’on laisse du temps au temps pour appréhender toute l’immensité de ses richesses soniques. Sachant que Dre a promis de reverser les droits générés par cet album pour venir en aide à la municipalité de Compton, on peut en déduire que le génial « producer » place son argent là où se trouve son cœur, un geste désintéressé si rare qu’il mérite d’être souligné. Et loué ! En conclusion, oui on aura attendu Dré longtemps mais cette attente ne fût pas vaine !

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