DAVID BOWIE : « Lazarus »

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Attention…émotion ! Car décidément, nous sommes à des années-lumière d’avoir exploré l’œuvre testamentaire de David Bowie. Ainsi ce « Lazarus » comme sorti d’outre-tombe, qui me fait inexorablement couler la larme à l’œil. En 2 CD, 18 titres, certains chantés par la troupe de Lazarus, d’autres repris par notre Thin White Duke himself. Et trois inédits en sus, pour cet irrésistible sequel du roman de Walter Tevis, « The Man Who Fell To Earth »-où en 76 Bowie campait l’extra-terrestre Thomas Jerome Newton-, le dernier projet enfanté par Bowie jusqu’à son lit de mort ce funeste 10 janvier 2016.

 

lazarusDès le premier titre du CD 2, « Lazarus », que Bowie entonne à nouveau après sa version de « Blackstar », cette voix tant aimée sortie d’outre-tombe a un puissant côté messianique,  « look up here , I’m in heaven. I’ve got scars that can’t be seen.  ( regardez là-haut,  je suis au paradis. J’ai toutes ces cicatrices que nul ne peut voir) » chante notre étoile noire et, à nouveau, un frisson nous parcourt le corps. De Même, le CD 1 démarre lui aussi sur cette même chanson « Lazarus », mais cette fois entonnée de la manière la plus lancinante par Michael C. Hall et la troupe de l’Original NY Cast of Lazarus. Comment rester indifférent lorsque s’enchaine « It’s No Game » (« Scary Monsters » 1980), repris par cette même troupe, avec ses paroles en japonais rajoutées et ses arrangements inédits. Suit une nouvelle version de la sublime « This Is Not America », qu’il interprétait pour le film « The Falcon and the Snowman ». Ici elle est chantée presque a capella par Sophia Ann Caruso sur un rythme éthéré, tout en slow-motion. Là, sur ce coup, j’avoue préférer de très loin la puissance de la version originale de Bowie. Par contre, le remix- nouvelle version électro-cool de « The Man Who Sold the World » donne littéralement la chair de poule. « Oh no not me, I’ve never lost control. Your face to face with the man who sold the world  ( oh non, pas moi , je n’ai jamais perdu le contrôle. Ton visage en  face à face avec l’homme qui vendit le Monde », vocalise David Bowie, de la manière la plus fantomatique, sans doute pour mieux nous hanter. Premier inédit du double album, « No Plan », est également interprété par Sophia Ann Caruso, un titre lent, aérien, sensuel et mélodique où l’amour est en question.

Time may change me, but I can’t change timedavid-bowie-

 

Second inédit, sans doute, le plus fracassant de ce « Lazarus » avec « Love Is Lost », où il est forcément aussi question d’amour. « Your name is new and your accent too. But your feel is old as the world  (Ton nom est neuf et ton accent l’est aussi/ Mais tu te sens aussi vieux que le Monde) », chante Michael Esper, dont la voix évoque irrésistiblement celle de Bowie, plaquée sur des guitares assénées comme autant de coups de masse. Puis il parle d’adieux et, là aussi, avant de scander encore et encore que « Love is lost( l’amour est perdu) » ; ce message subliminal expédié d’outre-tombe ne peut nous laisser indifférents. Sublimement arrangée, en version particulièrement « musical », « Changes » (« Hunky Dory (1971) renait sous la voix acidulée et musclée de Christin Millioti, portée par les cuivres. « Time may change me, but I can’t change time ( le temps me changera peut être, mais je ne peux pas changer le temps) », devisait Bowie sur cette chanson. Mais ce nouvel éclairage, après sa disparition, lui donne bien d’autres contrastes, comme une toile peinte sous la toile apparait soudain aux rayons X. « Where Are We Now ? » la perle mélancolique de « The Next Day », l’album du grand retour de Bowie en 2013, est ici adaptée sous la voix du comédien Michael C. Hall, dans une version somme toute assez proche de l’originale. Le même Michael C. Hall enchaine sur un étrange acapella de « Absolute Beginners », qui se métamorphose en entrainante version « comédie musicale »…ce qu’elle était à la base dans le film du même titre sorti en 1986 (remember Crepe Suzette ? 😉 ) .

Presque une prière laïque

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Le troisième inédit de « Lazarus » est la dramatique, voire torture, « Killing A Little Time », portée par la voix de Michael C. Hall. « I’ve got a handful of songs to sing/ To sting your soul, to fuck you over (J’ai une poignée de chansons à chanter/ Pour aiguillonner ton âme, pour t’empapaouter. » Back in time jusqu’à « Hunky Dory » (1971) avec « Life on Mars » sous la voix de Sophia Ann Caruso dans une version d’abord dépouillée sur un simple piano puis plus élaborée avec une sombre trompette. Style baroque pour un « All the Young Dudes » revisité, cette compo de 72- offerte par Bowie en title-track à Mott the Hoople – est interprétée par toute la troupe de « Lazarus ». Après un « Sound and Vision » clin d’œil de 40 secondes sous la voix de Bowie, on retrouve « Always Crashing In the Same Car », un titre obscur de « Low » (1977), chanté par Cristin Milioti. Retour à « The Next Day » (2013) avec la pop et insouciante « Valentine’s Day », chantée par Michael Esper. L’autre inédite imparable de « Lazarus » est « When I Met You », ici à la fois pop et entêtante, portée par un  irrésistible riff de guitare à la « Purple Haze » d’Hendrix où l’on retrouve à nouveau Michael C. Hall. Enfin, ce long CD 1 s’achève sur une version crépusculaire jouée au ralenti de « Heroes », partagée par toute la troupe, et c’est presque une prière laïque.

Du Bowie, rien que du Bowie, juste du Bowiedavid-bowie-

Suit le second CD, peut-être le plus précieux, même s’il ne contient que quatre chansons, car cette fois, c’est « the real thing »: du Bowie, rien que du Bowie, juste du Bowie. Tout d’abord, cette interprétation alternative de « Lazarus », qui semble flotter dans l’air comme un delta-plane survole les plus hauts sommets. « I’m in heaven/ I’ve got nothing else to loose ( je suis au paradis/Je n’ai rien d’autre à perdre) »; là aussi ces mots, qui nous parviennent de l’autre rive du Styx, prennent alors tout leur sens. « Lazarus » sait se montrer climatique et pure. Elle sait se jouer de nos rythmes cardiaques pour qu’ils pulsent juste un peu plus vite. Du grand Bowie. Suivent les trois inédites du projet. D’abord « No Plan », un délice sonique porté par la voix de David. Lente et suave à la fois, élégante, forcément « No Plan » s’affranchit de l’attraction terrestre pour s’en aller caresser les étoiles. Le titre se fait alors planant sur un long solo de saxe, l’instrument dont David Bowie jouait justement à ses débuts Comme un cycle achevé. Décidément, chez David Jones, tout est souvent lié. Puis, dans les barrissements des cuivres « Killing A Little Time » porte sur ses épaules toute la responsabilité d’être l’avant-dernière composition inédite d’un génie disparu. Alors, comment s’étonner de son côté free jazz torturé qui parcourt les 3 minutes et 49 secondes d’un authentique morceau de bravoure. Enfin, l’album s’achève sur l’hallucinée « When I Met You », où David vocalise presqu’en duo avec Bowie, dans une sorte d’apothéose avec lui-même. Vous vous en doutez bien, « Lazarus » ne comptera jamais parmi les plus grands chefs-d’œuvre du Thin White Duke, les « Ziggy Stardust » ou les « Aladdin Sane », il n’en demeure pas moins un étonnant témoignage de l’extraordinaire créativité d’un Bowie (Jean) génie, capable de créer sans cesse jusqu’à son dernier souffle. C’est bien là tout l’émouvant pouvoir de ce « Lazarus ».

Michael C Hall performs David Bowie’s Lazarus – video

http://vevo.ly/GcsdgS

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