BLAXPLOITATION, les toiles noires de nos nuits blanches!

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Cleopatra Jones Généralement, dans la presse estivale la tradition est aux « marronniers » ces papiers intemporels qui vous expliquent « Comment perdre 10 kg » ou qui vous éclairent une énième fois sur l’ « Histoire de la franc-maçonnerie.Pour se plier à cette joyeuse tradition, Gonzomusic vous retrace aujourd’hui la saga de la black music au cinéma.

Episode One: Des champs de coton au groove “pattes d’eff” et cols pelles à tartes des funky 70’s

Du premier (faux) film black: “The Jazz Singer” (1927)….à nos jours, le 7éme Art à travers ses B.O a toujours su se tourner là où le groove pulse ! “Art mineur” selon l’éminent funkeur Gainsbarre, mais atout économique majeur de nos jours, les bandes originales à la blackitude agitée sont aussi prolixes que les petits poissons dans l’océan. Flash-back intégral, voici le premier épisode non censuré des amours incestueux entre le cinéma et la musique noire.

The New York Premiere of THE JAZZ SINGER, October 6, 1927

The New York Premiere of THE JAZZ SINGER, October 6, 1927

 

            D’abord, faut il le rappeler, jusqu’à nos 70’s et contrairement à ce que pouvait chanter l’ami Nino Ferrer, il ne faisait pas si bon que cela d’être noir. Car si nos amis black sont omniprésents en Amérique, esclaves d’Afrique déracinés, depuis que les visages pales ont investi le continent, ils ont d’abord subi les chaînes jusqu’au 19 éme siècle, puis la ségrégation, sorte d’apartheid version US où noirs et blancs étaient séparés: bus, hôpitaux, bars, écoles….

Et s’ils ont au passage enfanté le blues et le jazz, ces musiques qui savent si bien nous enflammer le coeur, c’était hélas au prix de la douleur la plus totale. Pourtant dans sa chanson “Black Man” (“Songs in the key of life” (76) Stevie Wonder nous rappelle bien que si Washington a pu traverser le Potomac et fonder les USA…c’est que ses rameurs étaient noirs. De même Marley nous a aussi appris avec son “Buffalo Soldiers” que les cow-boys avaient parfois les cheveux aussi crépus que le pelage des bisons…pourtant dans les westerns (jusqu’à Van Peebles!) les blacks sont carrément invisibles.

Au cinéma justement, le premier rôle d’un black chantant était tenu ….par un blanc, Al Johnson dans “Le chanteur de Jazz” en 1927. Son visage passé au cirage noir dans la tradition des “minstrels” de Broadway s’inscrivait dans les moeurs racistes de l’époque où il était “indécent” de confronter un artiste noir à un public blanc.

Le cinéma est un miroir et il ne sait que refléter la société qui l’a créé!

Stormy WeatherLe premier véritable film black, c’est “Stormy Weather”, chef d’oeuvre de 1943, sublime love story entre Selina et Bill au retour de ce dernier de la première guerre mondiale dans un tourbillon jazz orchestré par le géant Cab Calloway. Le sujet n’est évidemment pas innocent, en 43 la guerre fait toujours rage et tant de GIs noirs combattent et meurent sur les fronts de la liberté.

Il faudra pourtant attendre le tournant des années 60 pour voir enfin le peuple noir gagner une (toute) petite place sur la pellicule.

En 61 John Kennedy devient le 31éme Président des États Unis avec l’appui de toute la communauté noire et de ses leaders emblématiques comme Martin Luther King. Son frère Robert, Ministre de la Justice se battra pour effacer à jamais la ségrégation…ils le paieront finalement tous les trois au prix de leur vie.

Heureusement en Angleterre et en 64, le “Goldfinger” de Shirley Bassey sera le tout premier hit cinématographique noir!

James récidivera “secoué mais non frappé” avec l’écrasant Armstrong et son “We Have All the Time In The World” pour le raté “The Spy Who Loves Me” où 007 est interprété par le fade Lazemby.

Aux USA, il faudra attendre Sidney Poitier et “ Devine qui vient dîner ce soir” en 67 pour que les salles obscures projettent enfin leur premier héros black…mais le score, la musique originale signée du fameux Franck DeVol (sic!) restait encore une chasse gardée blanche.Shaft

Shaft & Superfly

En 1971, heureusement Moïse devient noir! Géant aussi chauve que charismatique Isaac Hayes invente pour le film “Shaft” la première B.O black de l’histoire. John Shaft (Richard Roundtree), le détective privé ébène n’aurait sans doute jamais ainsi percuté la légende sans le funk de Hayes. Quelques mois plus tard, encore plus fort, le réalisateur noir Melvin Van Peebles signe aussi la B.O soul jazzée de son film “Sweet, Sweetback’s Bad Ass Song”.

Mais si “black Is beautiful” est le slogan de l’époque, il ne le sera jamais autant qu’en 73 avec le soundtrack aussi fulgurant que funky planant “Superfly” .

Superfly

 

 

 

Originaire de Chicago, le génial Curtis Mayfield venait de quitter son groupe the Impressions. Lorsqu’il découvre le scénar de ce film noir plus noir que la nuit, Curtis mettra tout son feeling au fond du sillon pour inventer ce qui constitue sans doute LA B.O black la plus mythique de l’Histoire..”Superfly”,” Freddie’s dead”, “Pusherman”, “Give Me Your Love”….autant de perles d’or noir.

 

 

 

 

Entre 72 et 73, un festival de films noirs investit nos écrans avec l’invention du concept de “blaxploitation”. La comédienne Pam Grier (aka Foxy Brown) devient l’héroïne de l’Amérique avec “Cleopatra Jones”, “The Mack”(Motown/Universal) ou “Foxy Brown”dont les B.O sont signées de l’ex Temptations Willie Hutch. Même le “godfather of soul”, James Brown s’engouffrera à deux reprises en 73 avec “The Payback” et en 74 avec “Black Ceasar”(Polydor/Universal). Il faut aussi compter avec “Across the 110 Th street” chanté par le soulman Bobby Womack. Mais si “Truck Turner”, “Shaft In Africa”, “Hell Up in Harlem” (Polydor/Universal) ( chanté par Edwin Starr) comptent chacun des B.O décentes, la surmultiplication à outrance finira par tuer le genre….

Car_wash_1976

 

 

“Car Wash” en 76 sera sans doute l’ultime tentative à succès : composé par Norman Whitfield et interprété par Rose Royce, le titre secouera toutes les radios cet été là…mais le film avec Richard Pryor ne dépassera jamais le statut “culte”.

 

 

 

Jackie Brown

 

 

 

En 1997 Quentin Tarentino ressuscitera le genre “blaxploitation” en enrôlant l’héroïne Pam Grier pour son “Jackie Brown” directement décalqué de Foxy Brown. La B.O  somptueusement satinée soul enchaîne comme un “Best Of…” les tubes ébènes de la “blaxploitation” des Delfonics à Bobby Womack…et la rappeuse homonyme Foxy Brown.

Mais les années 80 seront une longue traversée du désert pour la blackitude cinématographique…en attendant l’explosion de la révolution rap.

(à suivre)

 

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