AUBERT MUTUALITÉ

jean louis aubertVoici 30 ans dans BEST, GBD accompagnait Jean Louis Aubert en Angleterre pour la sortie de son véritable premier album solo, juste après l’épisode fugitif d’Aubert and Ko(linka). L’ex-téléphoniste en chef participait à un collectif international pour la paix et l’écologie, en parfait accord avec son double album « Bleu, blanc, vert ». Flashback…

jean louis aubert

jean louis aubert by pierre terrasson

Tandis que Louis Bertignac cartonnait avec Les Visiteurs, de son côté Jean-Louis continuait à nous emporter de ses guitares et de sa voix à travers ce blues-rock si énergique qui avait fait les plus riches heures de Téléphone. Pour son premier véritable album en solitaire, son label Virgin avait dépêché l’envoyé spécial de Best que j’étais dans une pagode bouddhiste située à Milton Keynes, dans la banlieue de Londres, où Aubert mutualisait (🤪) son rock au sein d’un collectif international de musiciens pour la paix et l’écologie avec, entre autres la chanteuse israélienne, Si Hi Man. Retour vers le futur du rock hexagonal…

Publié dans le numéro 256 de BEST sous le titre :

 

JEAN-LOUIS AU VERTjean louis aubert

Cheveux longs, cuir de baroudeur, assis dans la position du lotus, Jean-Louis Aubert fait résonner son tambourin dans cette pagode de la paix plantée à Milton Keynes dans le Grand Nord de Londres. En compagnie d’un indien du Nouveau-Mexique, d’une Chinoise, d’une Soviétique, d’une Israélienne, d’un Sud-Africain, d’une poignée de rosebeefs et de yankees, Jean-Louis participe à l’opération « Is It Too Late ?» un single doublé d’un vidéo-clip pour la défense de notre Mère la Terre, contre les méfaits de l’énergie atomique Car si Aubert s’est converti, il ne faut pas chercher du côté du nombril de Boudha, mais dans le titre de son nouveau double album baptisé « Bleu, Blanc, Vert », une bannière levée pour nous sensibiliser, entre autres choses, sur la défense de notre environnement. Dans Ia voiture de loc qui fonce sur l’autoroute M4 en direction de Londres, Jean-Louis m‘en fait voir de toutes les couleurs :

« Si j’ai choisi ce titre « Bleu, Blanc, Vert » Jean Louis Aubertc’est que ces couleurs incarnent la Terre et cette idée traversait en ligne directrice quelques chansons de I’album. Or, ces couleurs allaient a l’encontre de tout ce qu’on célébrait cette année. J’adorais I’idée de substituer le vert au rouge dans ce contexte du bicentenaire. Car ce qui me choque dans cette histoire, c’est I’usure du mot « révolution » maintenant qu’une chaine de télé, une marque de yaourt, de bagnoles ou encore de boisson gazeuse ont toutes été « révolutionnaires ». En Mai 68, mes parents disaient : « ce sont des émeutes, mais ça va peut être devenir une révolution ». Je crois qu’aujourd’hui ce mot ne fait plus peur du tout. Pour moi, le seul moyen de commémorer un mouvement, c’est de lancer un autre mouvement… comme changer la couleur du drapeau en « Bleu, Blanc, Vert », car, au-delà du cynisme et des modes qui passent, le prochain mouvement sera une réaction de protection de nos vies à tous contre la menace industrielle. Car, si les grandes formations écologiques parlent aux gouvernements, il doit aussi y avoir une prise de conscience individuelle sur la notion de consommation. Dans une société industrielle, il faudra que cela se traduise par un ralentissement du profit à tout prix et de la fièvre consommation. 

Jean-Louis Aubert a-t’il opéré quelques changements précis dans sa vie de tous les jours ?

Oui, de petits changements qui vous décrassent la vie, comme le refus de consommer de la télé ou de la bagnole à tout prix pour équilibrer quelque chose qui débloque dans ma vie. Moi je dis qu’il ne faut aucune retenue en ce qui concerne I’essentiel, mais qu’il faut en même temps supprimer le superflu. Et toute démarche, même au niveau mondial, passe par une prise de conscience individuelle. »

Individuel /individualiste sont des mots que tu emploies souvent ?

Pour pouvoir partager, il faut déjà savoir s‘assumer individuellement, car sinon on partage beaucoup de conneries. Je suis individualiste au niveau de I’individu et socialiste au niveau de la société. Pour te donner un exemple : si je suis inspiré, je fais une bonne chanson. Et si elle est bonne, je la partage avec les autres puisqu’ils |’écoutent et que c’est fort dans leurs têtes. Mais au départ, j’ai besoin d’être inspiré ; cette démarche part donc a la base d‘un truc individuel. 

As-tu les pieds sur terre ?

Pour beaucoup de gens, surement pas. Mais moi je trouve que j‘ai les pieds sur cette Terre. Je ne suis pas comme un cinéaste au regard externe, je ressens aussi les choses. Je ne suis pas voyeur, mais assez contemplatif. Mais j‘aime bien aussi participer à I’histoire. Et c’est cette dualité qui fait que je suis ce que je suis mi-introverti/mi-extraverti, mi-voyeur/mi- actif. 

Mais au fait, pourquoi un double LP d’Aubert ?jean louis aubert

C’est un double parce qu’il contient deux disques, mais pour moi c’est plutôt un gros album où j’ai glissé les diverses facettes que j‘avais envie d’y voir. Pour une fois, je n’étais pas pressé par le studio, je me suis senti plus libre. J’ai pourtant fait une sélection rigoureuse dans le choix des morceaux, mais j‘avais envie de voir toutes ces facettes différentes.

Une face bleue, une face blanche, une face verte et une bleu blanc vert, c’est un code ?

T’as repéré ça ! J’ai placé ces chansons au feeling et j’ai sous-titré les faces pour qu’elles collent au titre général. Il y a aussi cette idée que le premier album me parait tout en couleurs alors que le second est totalement noir et blanc dans le son avec ses guitares électriques et ses rythmes différents. »

Jean-Louis Aubert, ambidextre du rêve, se joue de la chroma pour nous projeter ses songes. Produit par lui-même pour la-toute-premiére-fois-ce second solo de I’ex-téléphoniste s’est bouclé en quatre mois de studio, de Saint-Nom-La-Bretèche à Davout avec Peter Martinsen, l’ingénieur de Jesse Johnson utilisé et recommandé par les Rita Mitsouko. Et ce soir, le West End s’est drapé dans les couleurs du « Bleu, Blanc, Vert ». Jean-Louis s’éjecte de l’auto et la bande-son imaginaire du film joue « Voilà c’est fini », une de ses nouvelles et entêtantes rengaines rock :

« Voilà c’est fini/Aujourd’hui ou demain/c’est l‘moment ou jamais/Peut-être après demain/Je te retrouverai… ». Rendez-vous au fond du sillon ou sous l’éclat laser de l’intimiste « Bleu, Blanc, Vert ».

Publié dans le numéro 256 de BEST daté de novembre 1989

BEST 256

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