ADIEU À LAURENT SINCLAIR PAR PIERRE MIKAÏLOFF

Voici la plus déchirante des « breaking news »….Laurent Sinclair terrassé par une pneumonie foudroyante nous a quittés cette nuit. Il était très gravement malade et se battait depuis des années pour sa survie. Particulièrement discret depuis les 80’s, il était heureux avec un piano et quelques bières à des années lumières de la showbiz machine qu’il détestait. Pierre Mikaïloff, qui avait publié aux Éditions Scali, en 2008 son « Cherchez le garçon, une bande magnétique, un écran géant…c’était Taxi Girl » l’avait retrouvé à cette occasion. Immense tristesse !

-laurent-sinclair-Loin, très loin de la scène rock parisienne, le clavier légendaire de Taxi Girl avait longtemps bourlingué entre la Grèce où vivait son frère, puis au Vietnam où il se sentait si bien. Tout récemment, Pierre Mikaïloff l’avait retrouvé à l’International, où il assurait un DJ set. Laurent et lui étaient super heureux de se revoir. Après le départ de Pierre Wolfsohn en 1980, puis celui de Daniel Darc en 2013 ( Voir sur Gonzomusic  https://gonzomusic.fr/daniel-darc-letoile-sombre.html et aussi https://gonzomusic.fr/daniel-darc-lange-dechu.html  )c’est au tour de Laurent Sinclair de tirer bien trop tôt sa révérence à seulement 58 ans. A ce jour, Mirwais demeure le seul survivant à avoir échappé à la « malédiction » Taxi Girl. Aujourd’hui Laurent a rejoint ses potes Pierre et Daniel. Quelle déchirante et cruelle tragédie: c’est aussi une partie de nous même qui disparait avec lui.

Extrait de « Cherchez le garçon, une bande magnétique, un écran géant…c’était Taxi Girl » aux Éditions Scali, 2008, Pierre Mikaïloff nous fait partager les meilleures pages de son ouvrage consacré au groupe hexagonal cultissime.

LAURENT SINCLAIR VU PAR DANIEL DARC

« Sa pensée était plus logique, dès le départ. C’était lui le plus structuré de nous tous. »

Taxi GirlL’ÉCOLE DES GARÇONS

Lycée Balzac, près de la place de Clichy, 1976. On y aperçoit souvent un jeune gars assez charismatique, branché sur le punk et la scène garage US, un certain Laurent Biehler. Laurent n’est déjà plus tout à fait à Balzac, mais il s’arrange : « Je m’en étais fait virer en quatrième, mais j’ai toujours continué à sécher pour y venir le midi et en fin d’après-midi. J’y étais tout le temps.»

Il y a aussi Stéphane Érard avec eux. Ils forment une sorte de bande, celles des petits durs du lycée. Les rockers. Les fans des Dolls et des Heartbreakers. Ils fréquentent ce long garçon taciturne qui aime les Stones, qui est afghan et a pour prénom Mirwais. C’est ce petit cercle branché que Daniel va rejoindre. Nous imaginons très bien le genre de bar louche où doivent se tenir leurs réunions : le juke-box avec les singles de Gene Vincent, les crans d’arrêt, les Triumphs 650 garées sur le trottoir… Rien que du bon stupre ! Mais Daniel en garde un souvenir tout autre : « Les premiers rendez-vous que j’ai eus avec Laurent, c’était à l’aumônerie du lycée. C’est lui qui me donnait rendez-vous là.»

Comme toujours, sans que personne ne l’ait vraiment décidé, la bande d’amis désœuvrés devient groupe de rock’n’roll. Au début, Laurent ne fait pas partie du groupe. Ils jouent à deux guitares, avec Pascal, un éphémère guitariste : « Ils ont fait un premier concert, dans la salle des fêtes de Balzac. Daniel avait un porte-voix, il n’avait même pas de micro, c’était vraiment le premier essai. En fait, il n’y avait que Pierre qui avait une batterie et qui savait jouer. Moi, je jouais du piano, mais je n’avais rien qui ressemble à un clavier portable. Et puis, de toute façon, ils ne voyaient pas l’intérêt d’un pianiste. Au début, je devais les manager.»

Le vrai début de l’aventure, on le fait donc généralement remonter au 27 novembre 1978 quand le groupe enfin au complet se produit au Rose Bonbon, rue Caumartin. « C’était nul à chier, c’est un miracle que les gens soient revenus… », s’étonne encore Daniel.

Quant à l’origine de ce nom, Taxi Girl, Laurent raconte cette histoire : « On avait fait une liste, il y avait aussi Solexine, et puis j’ai ajouté Taxi Girl. J’avais lu un James Bond où 007 vient à Paris, dans un bal du Moulin Rouge, et découvre les taxi-girls. Je me suis un peu renseigné, c’était pas des putes, simplement des danseuses pro. Les mecs achetaient leur billet, c’était en général des mecs qui rentraient de la guerre, des “gueules cassées”, ou ceux qui, sans avoir fait la guerre, étaient trop moches ou trop flippés pour pouvoir inviter une fille à danser. Ils achetaient un ticket et ils avaient une danse. »

Cette version est douteuse, mais Laurent la raconte bien. Une chose est sûre : « Je n’y étais pour rien ! m’assure Daniel. C’est pas moi qui ai trouvé ce nom, j’ai toujours jugé ça naze. Dès le départ. Après, j’ai raconté cette histoire de publication porno pour faire comme le Velvet. »

CHERCHEZ LE GARÇON-laurent-sinclair-

Quelques jours après avoir rencontré Alexis, leur manager, Laurent arrive en répète avec un drôle de riff : « J’avais un piano chez mes parents. C’était un dimanche, après un repas de famille, et je me suis mis au piano pour jouer un peu. Mes parents étaient en train de discuter avec leurs amis, dans la pièce à côté, et le riff est venu. Je me souviens que, la première fois qu’on l’a travaillé en répétition, c’était au Rose Bonbon, en fin d’après-midi, après la balance d’un groupe. Je leur ai joué le plan au clavier, on a discuté du climat qu’on voulait, Daniel a tout de suite cherché du côté “intrigue à la Chandler”. C’est toujours la même chose dans les polars : pour résoudre l’énigme, cherchez la femme… »

« Cherchez le garçon » est une chanson à claviers, comme il y a des chansons à guitares. Laurent, qui en est aussi le compositeur, s’y taille la part belle. Si le son de Taxi Girl repose autant sur les claviers, c’est que nous sommes face à un groupe atypique. Presque dysfonctionnel. Existe-t-il un autre groupe au monde où le guitariste baisse le volume de son ampli entre la balance et le concert ? D’autre part, Stéphane, le bassiste, est un musicien discret. Si l’on met de côté la voix, on peut dire que, musicalement, la stamina émane de Pierre et Laurent.

 

PARS SANS TE RETOURNER

Taxi Girl

Daniel : « Je me souviens d’une tension perpétuelle qui faisait que ça avançait. Mais il y a un rapport que je ne pourrai plus vivre : c’est cette espèce d’amour, quand t’es môme, que t’as pour tes amis. Quand ça devient un groupe, c’est encore plus passionnel. Il y avait Laurent d’un côté, Mirwais de l’autre, et moi, j’allais de l’un à l’autre, j’étais un peu des deux côtés. Après “Cherchez le garçon”, j’ai commencé à reconnaître à Mirwais un talent de compositeur. En même temps, intellectuellement, je m’entendais mieux avec Laurent. »

Après Seppuku, la dynamique du succès est brisée. Le groupe entame néanmoins une tournée française dont l’acmé sera un concert au Casino de Paris, le 17 mai. Ce sera l’occasion de l’un des derniers coups d’éclat d’Alexis. Très chic, celui-là : une publicité-performance. On installe au milieu des Champs-Élysées le peintre Robert Combas, alors au faîte de sa gloire, en lui allouant un emplacement publicitaire 4×3 mètres sur lequel il doit réaliser une fresque inspirée de l’univers de Taxi Girl. Le but de l’opération est de relancer l’intérêt des médias pour l’album et d’être remarqué par ceux qui ont leur siège dans le quartier.

Après ces concerts, le groupe s’octroie des vacances. Un peu trop longues pour certains, peut-être… Laurent : « Après la tournée, j’étais parti rejoindre des potes à Marseille… J’ai monté un groupe là-bas, j’ai rencontré la mère de ma fille et j’y suis resté deux mois et demi avant de penser à revenir. Je suis rentré quand j’ai appris que les autres commençaient à auditionner des claviers pour me remplacer. On a dû faire encore un ou deux concerts, dont un à Londres – The Venue, en tête d’affiche –, un autre dans le métro, à Nation… Et c’était fini. Début 1983, on s’est réunis au restau, je pensais que c’était pour se souhaiter la bonne année… En fait, c’était pour mettre un terme à notre collaboration. »« Cherchez le garçon, une bande magnétique, un écran géant…c’était Taxi Girl

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