ROBERTA FLACK “With Her Songs : The Atlantic Albums 1969-1978 »

Roberta FlackLe coffret « With Her Songs : The Atlantic Albums 1969-1978 » ressuscite l’âge d’or d’une artiste majeure disparue en 2025. Huit albums qui ont défini la soul et racontent l’ascension d’une voix rare, entre conscience noire, élégance et classicisme jazz. Black diva à la soul illimitée, Roberta Flack nous a quittés l’an passé, mais cette radieuse collection prouve qu’elle est immortelle et qu’elle n’a décidément pas fini de nous « tuer doucement avec cette chanson ». Une autopsie soul signée JCM…

Roberta FlackPar Jean-Christophe MARY

 

Née en 1937 à Black Mountain, en Caroline du Nord, Roberta Flack grandit dans une famille où le gospel est une seconde langue. Enfant prodige, pianiste surdouée admise à 15 ans à l’université Howard, elle se destine à la musique classique. La mort de son père interrompt ses ambitions académiques : elle devient enseignante, le jour et chanteuse dans les clubs de Washington la nuit. Repérée par le jazzman Les McCann, elle signe chez Atlantic et publie « First Take  » (1969). Le destin bascule quand le comédien réalisateur Clint Eastwood choisit « The First Time Ever I Saw Your Face » pour sa toute premiere réalisation l’incandescent  «  Play Misty For Me (Un frisson dans la nuit) ». La ballade devient numéro un, obtient un Grammy et lance définitivement sa carrière.nCe coffret « With Her Songs : The Atlantic Albums 1969-1978 » rassemble donc les  huit albums fondateurs qui dessinent l’architecture d’une soul  immédiatement reconnaissable:  minimalisme instrumental, tempo retenu, tension intérieure. Tout y est déjà. La lenteur habitée, la science du silence, l’alliance du gospel, du jazz, du folk et d’une soul épurée qui fera école (on pense à Sade !). Roberta Flack murmure l’émotion, la suspend, la polit comme un joyau. Plus qu’un style, elle crée des chansons avec un « climat » que l’on appellera plus tard le « quiet storm ».n Les premières années sont essentielles car elles posent les fondations d’une œuvre exigeante et populaire à la fois. « First Take » dévoile une interprète d’une maturité stupéfiante : « Compared to What » mêle groove et conscience politique, « Angelitos Negros » affirme son engagement quand « The First Time Ever I Saw Your Face » suspend le temps dans une lenteur quasi liturgique.  Avec « Chapter Two « et « Quiet Fire », elle approfondit une veine introspective où jazz, folk et piano classique dialoguent avec une ferveur gospel. La rencontre avec Donny Hathaway constitue l’autre pilier de ces années. Leur duo sur « Where Is the Love » incarnent l’une des plus belles alchimies de la soul. Leur complicité sur « The Closer I Get to You » crée un dialogue amoureux d’une délicatesse rare. Donny Hathaway apporte une intensité fiévreuse quand Roberta Flack répond par une retenue lumineuse. Ensemble, ils redéfinissent « la ballade soul » des années 1970.

Roberta FlackEn 1973, « Killing Me Softly » confirme son règne. Le titre éponyme lui vaut un deuxième Grammy consécutif du disque de l’année – exploit rarissime. « Jesse », « Feel Like Makin’ Love » montrent une artiste maîtresse de ses choix esthétiques et confirme sa popularité sans jamais céder à l’emphase. Elle produit ces titres elle-même, contrôle les arrangements. Plus tard, « Blue Lights in the Basement » ou « You Are Everything » révèlent une sensualité feutrée, une atmosphère intime presque nocturne qui nourrira le courant du « quiet storm ». Sa voix demeure son secret. Elle possède l’introspection grave de Nina Simone, la pureté sophistiquée de Dionne Warwick et annonce la sensualité feutrée de Sade. Un timbre clair, posé, jamais démonstratif. Cette compilation rappelle combien ces années Atlantic furent déterminantes. Elles posent les bases du « quiet storm », ce courant radiophonique mêlant soul, jazz et atmosphère nocturne et installent un langage musical raffiné et intellectuel qui ouvrira la voie à des générations d’artistes sensibles à cette fusion du sacré et du profane. Symbole de la lutte des Afro-Américains pour la reconnaissance de leurs droits, invitée à chanter devant Nelson Mandela en 1999, Roberta Flack aura marqué son époque. Atteinte de la maladie de Charcot, elle s’est éteinte le 24 février 2025 à New York, à 88 ans ( Voir sur Gonzomusic Mort de Robertha Flack à 88 ans  ). Quatre Grammy Awards, une étoile sur le Hollywood Walk of Fame les distinctions honorent une carrière exceptionnelle. Mais l’essentiel demeure dans ces huit albums. Mais l’essentiel demeure dans ces huit albums, où la soul se mêle au folk et au classicisme pour faire naître une musique d’une pudeur bouleversante qui continue d’influencer les voix d’aujourd’hui.

 

 

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