DA VIKEN « Hommage à Frank Darcel »

Daho Jacno Darcel, enregistrement Mythomane, Paris 1981, par Pierre-René Worms
Deux ans après sa disparition et le vibrant hommage d’octobre 2024 à la salle Ubu de Rennes, Christian Dargelos poursuit son incroyable travail de mémoire sur son frère d’armes de Marquis de Sade, Frank Darcel, avec la publication de ce « Da Viken », un lumineux album-hommage aux compositions dorées du mythique guitariste où il a réuni entre autres Étienne Daho, Alan Stivell, Mona Soyoc, Pascal Obispo ainsi que le groupe Marquis. Da viken… un au revoir en langue bretonne, dont les 13 chansons, qui résument 45 ans dans l’art du rock, font battre nos cœurs juste un peu plus vite.
Un an après l’émotionnel disque en hommage à Philippe Pascal « De quelle couleur est la passion » ( Voir sur Gonzomusic L’ALBUM HOMMAGE A PHILIPPE PASCAL « De Quelle Couleur Est La Passion ? » ) où la guitariste de Marc Seberg Pascale Le Berre avait réuni Etienne Daho, Alan Stivell, Denis Bortek, Théo Hakola et Dominique A, c’est au tour de Frank Darcel ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Frank+Darcel ) d’être ainsi distingué par ses pairs. Vaillamment piloté par Christian Dargelos, qui porte ce projet à bout de bras, cette collection des compositions de Frank renoue avec le challenge des classiques et des modernes, avec un casting bien singulier où le leader des Nus ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Les+Nus ) a tenu à panacher de fameux héros de la scène rennaise avec de jeunes artistes au futur prometteur. Et le résultat est à la hauteur de nos expectatives. Mention spéciale au fidèle Étienne Daho qui non seulement signe 5 de ces 13 chansons, mais qui pose également sa voix sur deux d’entre eux, comme pour mieux marquer son attachement à notre pote bien trop tôt disparu.

Etienne Daho
C’est ainsi que tout démarre par « L’été », chanté en duo par Etienne Daho et Alan Stivell. Paroles Etienne Daho et musique Frank Darcel, pour un titre quelque peu obscur du tout premier Daho « Mythomane » de 81, sublimé par la double version VF/VB ( version Française/ version Bretonne ) où la voix de Stivell majestueuse et puissante répond à celle d’Etienne dans un joli maelstrom rock et climatique où l’émotion nous fait juste chavirer. On connait ses merveilleuses photos depuis l’éclosion de la scène rock rennaise à l’aube des 80’s, le bien trop discret Richard Dumas prouve si l’on pouvait en douter qu’il était non seulement un œil mais aussi une voix, en saluant la mémoire de son frère d’armes avec une bien vaillante « Petite flamme » extraite du seul LP solo de Frank « Atao », publié en 1995. Et sa voix grave et assurée et son parlé/chanté à la Bashung de « Toujours sur la ligne blanche » ne peut laisser quiconque indifférent. Bravo Richard !

Frank Darcel by Richard Dumas
Puis on découvre « Far Out Of Sight », extrait du CD « Exotica » de Republik repris par Sweet Gum Tree, la formation proteïforme d’Arno Sojo . Ce titre climatique était ma favorite de l’album, j’écrivais alors dans les colonnes de Gonzomusic : « « Far Out Of Sight » est incontestablement ma favorite depuis le début du CD. Parfait hybride futé des expressions far-out et de out-of-sight. On songe un peu aux Stones sur une intro à la « Lady Jane », mais on retrouve également une certaine… « Sweet Jane » en pur velours souterrain, sous la belle voix profonde et triste de Frank. Cette délicate et irrésistible compo rock intemporelle comme une chanson de Neil Young peut défier le dieu Chronos ; elle est juste mythique ». Cette fois, la version piano voix d’Arno carrément ralentie est tellement David Sylvian/Ryuichi Sakamoto que c’est comme un trip spatio-temporel et je dois avouer qu’ele est toujours aussi mythique.
Voix haute et fluette la jeune Jeane Bonjour revisite « Sortir ce soir », l’un des hits de la « La notte, la notte » de 84 co-signé Daho/Darcel, sur un mode acidulé électro-rock-pop aux accents de Depeche Mode. « Wanda’s Loving Boy » la perle du « Rue de Siam » de Marquis de Sade par Tchewsky & Wood entre une version « Broken English » de Marianne Faithfull et un hit de Taxi Girl se révèle en retour vers le futur de la new wave carrément abouti. Ce duo entre la chanteuse et actrice Marina Keltchewsky et le musicien Gaël Desbois revisite avec art ce titre mythique.

Pascal Obispo x Frank Darcel
Christian Dargelos prouve que même sans les Nus, il qui n’est jamais à poils ( ha ha ha ) en s’associant avec les garage rockers vendéens de Dynamite Shakers pour réincarner « Promesses », un second titre de « La notte, la notte » de Daho, où Frank signait la musique et Etienne les paroles. Ici Christian nous offre un rock blues aux influences à la fois John Fogerty façon bayou poisseux, mais aussi un coté underground de NY à la Tom Verlaine. Sans doute un de mes titres favoris du projet avec ce « Conrad Veidt » issu du tout premier MDS « Dantzig Twist » de 79, au casting de stars avec Mona Soyoc, Pierre Corneau, Xavier Tox Geronimi et Eric Morinière. Le titre devient brûlant comme un vieux bourbon, psychédélique et porté par une hypnotique intensité vaudou qui vous emporte de son rock puissant. Extrait du premier Republik, « Saleen » est repris par le plumitif Jerome Soligny, puis The Operator l’alias de Sophie Thibaud pour une reprise de « Le grand sommeil » troisième extrait de « La notte, la notte » en mode slow-motion et d’une couleur électro-pop entre Kraftwerk et Orchestral Manœuvres In the Dark. Marquis le groupe de Frank chante « Brouillard définitif » le hit de « Rue de Siam » de 81 dans l’urgence d’une version post-punk rock bien énervée, où la voix de Simon Mahieu, la basse de Thierry Alexandre et les drums d’ Éric Morinière perpétuent à jamais la légende du divin Marquis de Frank et Philippe. On se laisse aisément captiver par « Ton cinoche », un titre rare d’Etienne Daho signé Daho/Darcel, sorti sur un CD collectors remix par Etienne d’un titre de « Mythomane » son premier LP de 81 aux échos rock saturés du « Nightclubbing » d’Iggy Pop. Retour à la mélancolie avec l’accordéoniste Etienne Grandjean, pour un second extrait du CD solo de Frank « Atao », la belle et enivrante » Les liqueurs de la vie « . Et puisqu’il faut rendre à César ce qui lui appartient, c’est Pascal Obispo qui clôt en beauté ce joli projet reprenant magistralement la chanson « Acteurs » d’Octobre « Next Year In Asia » que vocalisait alors Eric Lanz… lorsque lui-même fut le chanteur du second groupe de Frank, Senso en 1988… et la boucle est bouclée. DA VIKEN « Hommage à Frank Darcel » nous rappelle combien ses multiples talents de compositeur, guitariste, chanteur, producer manquent terriblement à notre paysage musical. Mais Frank sera toujours dans nos têtes et dans nos cœurs. Da viken… ce n’est qu’un au revoir !
