WONDER WAOU !
C’était hier soir à l’Accor Arena, Stevie Wonder était entouré d’une tribu de quarante musiciens pour fêter le demi-siècle de son monumental double LP « Songs In the Key Of Life », en l’interprétant intégralement en live ; et l’on peut dire que Stevie la merveille a su sans nul doute nous émerveiller de son feeling illimité. A 76 printemps, sa voix n’a rien perdu de son hyper pouvoir émotionnel ni du facétieux Little Stevie qui sommeille toujours en lui pour nous offrir presque trois heures d’un funky show grandiose, peut-être l’un des meilleurs concerts de cette année 2026 ?
Je m’en souviens comme si c’était hier : cet été 1976 où avec Jean Philippe Rykiel nous découvrions dans sa chambre de la rue des Saints-Pères cet incroyable « Songs In the Key Of Life » aux hits si novateurs et puissants, embrassant tant de styles musicaux du jazz au funk en passant par le blues, la samba et les beats afro. Jean Philippe également présent au concert d’hier à l’Accor Arena, vous livrera son live report à la fin de ce texte. Une décennie après sa sortie, en 1985 j’interviewe le héros de la Motown pour le 20 H et le Mini JT sur TF1. De six ans seulement mon ainé, il est aussi cool que sa musique. Je le filme dans sa chambre du George V avec mon équipe. Il est assis face à moi derrière ses instruments, ses claviers sont allumés. On est à seulement quelques semaines de Noël. Et là j’ai soudain l’inspiration ; je lui dis : « Allez Stevie, c’est Noël… tu vas bien nous chanter une petite chanson ? ». il fait d’abord mine de refuser. Puis son visage s’éclaire alors d’un large sourire. Il me tape dans la main et me lance : « Ok, tu as réussi à me convaincre… ». Et il enchaine direct sur la plus sweet version de la classique « The Chrismas Song » que l’on puisse imaginer. C’est tout Stevie dans cette anecdote. Sa générosité, son humilité, son talent surtout et cette soul qui coule onctueuse comme le chocolat chaud sur les profiteroles depuis ses débuts lorsqu’il n’était qu’un Little Stevie Wonder ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Stevie+Wonder ). Au fil des années, j’aurai encore une ou deux fois l’occasion de lui tendre mon micro pour « Hotter Then July », par exemple, et il a toujours incarné celle coolitude hors normes chez un tel artiste. Au siècle dernier, il reconnaissait même le son de ma voix, ce qui me paraissait juste incroyable.
C’est dire si la perspective de le voir à nouveau sur scène, après toutes ces années pouvait m’enthousiasmer. Surtout pour assister à l’interprétation en live d’un de ses plus précieux albums, qui fêtait ses 50 ans cette année. On aurait pu chanter « Happy Birthday », mais il n’était pas sur le disque ! Pourtant, quel anniversaire, lorsque Stevie, en veste lamée et lunette avec strass, une tenue flashy qui ne ferait pas rougir Elton John, arrive face au public. Il est entouré d’une armée de QUARANTE musiciens, dont une section de cordes de 13 instrumentistes, cinq cuivres, cinq choristes dont sa propre fille Aisha Morris… c’est comme on dit au cinéma « bigger than life ». Et le show est à la hauteur, sans frimes ni danseurs, sans feux d’artifices ni fumigènes, tout est axé sur la musique. Et non seulement ces bonnes vieilles chansons n’ont pas pris une ride, mais surtout Stevie s’amuse comme un gamin en les interprétant à la virgule près comme si on était une petite souris planquée au Record Plant, lorsqu’elles sont nées… sauf qu’à la fin c’est plus fort que lui. Il veut nous faire une blague musicale et il se lâche en impros aussi surprenantes que groovy. Le plus bel exemple se trouve dans « Easy Goin’ Evening », qui s’échappe en petit grain de folie pour finir par exploser en funky sauvage jam session. Du rire aux larmes, notamment sur « Saturn » qu’on écoute à fleur de peau, lorsque Stevie chante « qu’on y vit jusqu’à 105 ans ». Comment ne pas songer aux potes trop tôt disparus, comme à Antoine Chouchani ( Voir sur Gonzomusic Adieu Antoine Chouchani) , le label manager historique de la Motown en France, en qui Stevie et son manager vouaient une confiance… totale. Antoine aurait adoré être là ce soir.
J’ignore si c’est un des meileurs concerts de Stevie Wonder à Paris, mais la voix est au top, cela sonne d’enfer, les émotions sont vraies, sans aucun bullshit. On sent que les musiciens s’éclatent, donnent le meilleur d’eux-mêmes face à un tel maestro. Et il leur rend bien : en retour, ils sont chacun gratifiés de leur solo, comme au bon vieux temps des 70’s, pour une impro virtuose qui sait faire battre nos cœurs juste un peu plus vite. Comment résister à cette avalanche de joyeuse blackitude agitée, les puissants « Sir Duke » ou « I Wish », la cosmique « Another Star ». Mais aussi toutes les balades délicates qui n’oublient jamais leur portée politique planquée sous les jolis violons comme « Village Ghetto Land » ou dans la clameur avec « Black Man ». D’ailleurs, lorsqu’il s’adresse à nous, Stevie ne se contente pas de promouvoir l’amour, il sait trouver les mots les plus durs pour fustiger et dénoncer celui dont il refuse même de prononcer le nom mais que nous reconnaissons tous à sa couleur orange. Finalement en cerise sur le gâteau, le concert s’achève sur le plus beau des intrus, puisque le titre ne figure bien entendu pas sur l’album mais sur « Talking Book » de 72, avec « Superstition » et sa guest star emblématique venue prêter main forte à Stevie en la personne de Lenny Kravitz, plus électrique qu’une pile lithium pour offrir un dernier coup de boost guitaristique avant de clore ce show fantastique à la manière de James Brown, Stevie quittant la scène alors que les musiciens continuent à jouer et que Lenny lance un puissant : Stevie Wonder… ce fût effectivement Wonder Waou !
STEVIE WONDER LIVE A L’ACCOR ARENA

Jean Philippe Rykiel et Stevie
Par Jean Philippe Rykiel
Il nous a demandé de fermer les yeux, quelques secondes, quelques minutes, pour vivre un peu son expérience : entendre ces millions de voix venant de tous les horizons, de toutes les origines, de toutes les cultures, entendre tous ces sons. Entendre la beauté de la joie, la beauté de la peine et même la beauté du chagrin. Entendre, ou plutôt voir avec les oreilles. C’était ça, le début du concert. Ensuite, ça a commencé.
Il a joué tout l’album d’une seule traite, seulement interrompu par 10 minutes d’entracte, et embelli par des improvisations, comme à la fin de « Knocks Me Off My Feet », où Stevie se fit plaisir en mode latino-jazzy, appelant certains de ses musiciens à nous gratifier d’un solo…
Sa voix, bien sûr. La nature suit son cours, les cellules s’usent, les notes hautes sont moins assurées, la justesse moins précise, mais toujours cette joie, toujours cet amour, et un orchestre extraordinaire.
Étrangement, je préférais « Village Ghetto Land » et « Pastime Paradise » au synthétiseur plutôt qu’avec les vraies cordes, mais c’est vrai que ça fait classe. Grand merci à la personne qui nous a pistonné pour pouvoir aller le voir en coulisse. Il était lessivé, ça a duré 30 secondes, mais quel bonheur de le sentir à côté de moi. Stevie sera toujours Stevie.
