THE TRIAL OF THE CHICAGO 7

Trial-of-the-Chicago-Seven-Mis en scène par Aaron Sorkin, show-runner de THE WEST WING et scénariste de « The Social Network », “The Trial of the Chicago 7”, à travers le prisme de jeunes leaders de gauche accusés à tort d’avoir fomenté les troubles qui ont émaillé la Convention démocrate de 1968 à Chicago, trace une critique acerbe du système judiciaire US. Porté par Eddie Redmayne  (Tom Hayden) , Sacha Baron Cohen (Abbie Hoffman) et Yahya Abdul-Mateen ( Bobby Seale), construit sur de multiples flashbacks, ce film qui dénonce l’injustice prend un écho tout particulier dans l’Amérique de Trump.

Trial-of-the-Chicago-Seven-Bien qu’elle soit sortie en 71, la chanson « Chicago » de Graham Nash raconte la même histoire que le film d’Aaron Sorkin. Et lorsqu’il chante :

« Bien que ton frère soit ligoté et bâillonné/ Et ils l’ont enchaîné à une chaise/ Veux-tu venir à Chicago/ Juste pour chanter… », il évoque directement Bobby Seale, militant des Black Panthers accusé, avec 7 autres jeunes leaders, d’avoir déclenché les manifs qui ont éclaté durant la Convention Démocrate qui s’est tenue à Chicago en aout 1968. Seale, qui s’est  justement retrouvé enchainé et bâillonné en salle d’audience après avoir protesté contre ce procès politique.

Trial-of-the-Chicago-Seven-« Dans un pays qu’on appelle la liberté/Comment une telle chose peut-elle être juste ?/ Veux-tu venir à Chicago/ Pour l’aide que nous pouvons apporter/ Nous pouvons changer le monde/ Réorganiser le monde/ Il se meurt, pour se sentir mieux/ Les politiciens se couchent/ Il n’y a rien pour toi ici/Veux-tu venir à Chicago/ venir à Chicago/ Pour une virée… », poursuit la composition de Nash. On songe également à un film des 70’s « The Strawberry Statement » une fiction qui s’inspirait des manifs qui avaient agité l’University of Columbia, cette même année 68 dans le même contexte pacifiste contre la guerre du Vietnam. Tout d’abord le 4 avril 1968, Martin Luther King est assassiné au Lorraine Motel de Memphis, qui allume le feu des ghettos noirs à travers tout le pays. Puis, le 5 juin 1968 Bob Kennedy, qui avait toutes les chances d’écraser Richard Nixon à l’élection présidentielle, à l’instar de son ainé John, qui avait battu le même Nixon en 1960, est hélas assassiné le 5 juin à l’Ambassador Hotel de LA. Du coup, c’est le fade Hubert Humphrey qui va représenter les démocrates à l’élection de novembre, mais cette nomination ne passe pas auprès des jeunes qui lui reprochent à raison de ne pas être suffisamment à gauche. D’où la présence de manifestants à Chicago pour tenter de faire pression sur le parti au profit d’un candidat plus radical pour faire avancer la cause de la paix au Vietnam. 

 

Trial-of-the-Chicago-Seven-C’est ainsi que Tom Hayden et Rennie Davis (Alex Sharp), responsables du syndicat étudiant de gauche Students For a Democratic Society, Abbie Hoffman et Jerry Rubin (Jeremy Strong) du Youth International Party plus connus sous le sobriquet de Yippies, David Dellinger délégué général des objecteurs e conscience du National Mobilization Committee to End the War in Vietnam et Bobby Seale le leader des Black Panthers vont tous faire le déplacement chacun de leur coté pour soumettre une déclaration préalable de manifester auprès de la municipalité. Or toutes ces demandes d’autorisation ne seront jamais accordées, par conséquent les jeunes décident néanmoins pour faire entendre leur voix d’investir le Lincoln Park pour un sit in et le Grant Park à proximité pour un concert pacifiste gratuit. Or le maire Richard Daley décide d’instituer un couvre-feu à 23H et de le faire appliquer par la police anti-émeute et la Garde Nationale. Pire des taupes de la police infiltrées dans les différents groupuscules vont pousser les jeunes à la faute. Pris dans une nasse, sans échappatoire face aux charges des autorités, les manifestants acculés n’ont pas d’autre choix que l’affrontement. Parmi nombre de manifestants, les leaders de la jeunesse se retrouvent en garde à vue et sont inculpés. Durant six mois, face à un Grand Jury, ils seront passés au grill. Cependant, l’Attorney General Ramsey Clark, le Ministre de la Justice de Lyndon Johnson refusera d’engager les poursuites, considérant que c’étaient bien les forces de sécurité qui avaient démarré les provocations. Mais, juste après la victoire de Nixon, John Mitchell, son nouveau Ministre de la Justice décide de passer outre la décision de son prédécesseur et de relancer les poursuites par un Procureur féroce, Richard Schultz ( Joseph Gordon-Levitt) et un juge fédéral particulièrement partial  Julius Hoffman ( Frank Langella).

 

Trial-of-the-Chicago-Seven-Et c’est là que la justice dérape, que le système judiciaire US devient partial.  On l’a vu récemment avec l’extraordinaire mini-série DANS LEUR REGARD ( WHEN THEY SEE US)  ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/dans-leur-regard.html  ) lorsqu’elle devient une justice de race ou de caste et que la démocratie se retrouve ainsi dévoyée, les pires excès deviennent la norme. C’est toute la réussite de ce “The Trial of the Chicago 7” qui démontre le mécanisme de l’intérieur d’une machine judiciaire prête à broyer des innocents pour parvenir à ses objectifs réacs. Accusés d’avoir « franchi les frontières de plusieurs états dans le but conspiratif d’inciter aux émeutes »… alors qu’ils ne se connaissaient même pas entre eux , ils seront condamnés après plus de six mois d’un procès particulièrement inique où le juge foule aux pieds tous les droits de la défense, refusant même au jury d’entendre le témoignage de l’ex-ministre de la Justice Ramsey Clark ( Michael Keaton) en faveur des accusés alors que tous les policiers infiltrés ont été entendus en tant que témoins à charge recevables. Durant plus de deux heures, Aaron Sorkin l’amoureux de la politique américaine déroule l’histoire de “The Trial of the Chicago 7” en usant de nombreux flashbacks pour la remettre à chaque fois dans son contexte. Et c’est une vraie réussite. Mais nous n’en attendions pas moins de Sorkin. Durant 7 saisons il nous avait entrainés dans les backstages de la Maison-Blanche avec THE WEST WING, puis il avait brillamment défendu la liberté de la presse avec THE NETWORK, une série sur un CNN de fiction et son présentateur-vedette. C’était également cette même passion pour la démocratie américaine qui l’animait pour écrire son scénario de « The Social Network », sa biographie de Mark Zuckerberg. Avec son casting impeccable et ses nombreux « retours en arrière » et malgrè sa longueur, “The Trial of the Chicago 7” est incontestablement une grande réussite, dommage que le COVID ne lui ait pas laissé le loisir de faire ses preuves dans les salles obscures.

Diffusé sur Netflix depuis le 25 septembre 2020

 

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