STEPHAN EICHER & TRAKTORKESTAR « Hüh ! »

Stehan EicherÀ hue et à dia, le nouvel et attendu album de Stephan Eicher ? Sans nul doute. Et comment en serait-il autrement avec le bien nommé « Hüh ! », et son joyeux bordel sonique, enregistré en collaboration avec Traktorkestar, formation toute en fanfare, aussi festive que protéiforme et balkanique. Et avec Traktorkestar, Stephan explore également ses propres racines familiales, revisitant ses origines yéniches, peuple semi-nomade d’Europe centrale devenu germanophone au fil des siècles. Retour aux sources…

"Hüh!"D’abord il y a la voix de Chtéphâne, presque a capella sur des percussions, puis monte une guitare sur « Ce peu d’amour » et soudain le barrissement joyeux des cuivres vient mettre le darwa sur sa reprise de cette perle de « Louanges » son album de 99. Avec « Hüh ! », notre Chuisse favori au monde réinvente en majeure partie ses propres compositions, mais en se pliant à la discipline du jeune groupe fougueux de Berne qu’il a choisi. Fanfare gitane à la fois triste et joyeuse, on songe à Goran Brégovic, mais avec un je ne sais quoi de plus facétieux. D’ailleurs, la fête continue avec la chanson-titre « Louanges », incroyablement revisitée entre gospel et Balkans. Autre chanson-titre méconnaissable, avec l’emblématique « Envolées », où les mots de Philippe Djian se retrouvent soudain si sautillants, si joyeux sous le souffle des cuivres de Traktorkestar, en ode quasi klezmer. Ce qui nous ramène aux origines yéniches de Stephan, proches cousins des juifs persécutés d’Europe centrale. Avec « Étrange » parait le premier des quatre inédits que contient ce « Hüh ! ». Piano voix émotionnelle, portée par une trompette, mélancolique et tendre, qui monte peu à peu en élégant crescendo, c’est une balade classique à la Eicher qui ne peut laisser quiconque indifférent. Magique. Elle marque un tournant dans ce disque tandis que retentit une « Cendrillon après minuit » frénétique, pulsée par les cuivres et en duo avec les voix des chanteuses de Traktorkestar  le tout en version délicatement salsa pimentée comme un Toblerone croqué par le Buena Vista Social Club, si vous voyez ce que je veux dire. Premier hit de Stephan et autre (quasi) chanson-titre avec « La chanson bleue » ralentie, déconcertante et pure, acoustique, juste emportée par un cuivre, qui fait battre le cœur juste un peu plus vite. 1983-2019, soit 36 années écoulées depuis ce tout premier album international. Superbe et cool adaptation. Le « Best of… » revisité se poursuit avec une ahurissante version de « Les filles du Limmatquai », la perle de son tout premier groupe Grauzone. Et cette compo un peu triste sur les filles de joie s’illumine soudain… joyeusement entre jazz et polka délurée, avec un Stephan qui se laisse porter. Mais c’est avec « Pas d’ami comme toi » en version haricot-sauteur et chœurs croisés, que Stephan taille un nouveau et fringant costar à une des chansons les plus emblématiques. Rien n’est figé, rien n’est sacré, telle est semble-t-il la leçon de ce nouvel album. Et la leçon se poursuit avec un autre hit notable « Combien de temps », réinventée sur un beat presque sud-africain ( mais dont les origines remontent à l‘Europe centrale) à la « Diamonds On the Soil of Her Shoes » de Paul Simon. Et après ces « meilleurs titres » viennent les trois derniers inédits de ce projet. La lumineuse et instrumentale « Chenilles », la cool « Papillons » au feeling nostalgique de « In The Neighborhood » de Tom Waits. Enfin, ce bien bel album s’achève avec grâce sur « Nocturne », où un Stephan piano voix intimiste fait des merveilles à l’ombre des cuivres. Six longues années après « L’envolée », ce retour inespéré d’Eicher sur un nouveau label et dans sa pochette clin d’œil au « Fantaisie Militaire » de Bashung, est une parenthèse aussi rafraichissante que salutaire. Welcome back ami Chtéphâne 😉

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