RICHARD ASHCROFT AU ZÉNITH

Richard AshcroftSous une chaleur suffocante et malgré quelques incidents techniques, Richard Ashcroft a livré mercredi soir au Zénith de Paris une prestation intense et habitée. Entre classiques de The Verve et succès de sa carrière solo, l’icône britannique a rappelé qu’il demeure l’une des voix les plus singulières du rock anglais contemporain. Mercredi 24 juin, l’ancien leader de The Verve investissait la salle rock iconique pour son premier véritable concert en France sous son nom depuis plusieurs années. Un an après avoir assuré la première partie de Lenny Kravitz à Paris La Défense Arena, le chanteur britannique retrouvait enfin son public dans une salle transformée en étuve. Une heure quinze durant, entre envolées lyriques, improvisations généreuses et hymnes intemporels, Ashcroft a démontré que le temps n’avait en rien altéré son charisme ni sa puissance émotionnelle. Un show d’Ashcroft sans anicroche aucune qui a chauffé notre JCM comme l’œuf sur le plat cuit sur une pierre de la place de la Republique…

Richard AshcroftPar Jean-Christophe MARY

À 21 heures précises, la soirée débute sur les notes de « Bring On the Lucie (Freda People) », reprise de John Lennon publiée par Ashcroft en 2021. Quelques instants plus tard, le groupe apparaît dans une lumière tamisée. En tête de file, Richard Ashcroft avance d’un pas assuré, vêtu d’un blouson noir et de ses éternelles lunettes de soleil. Le show démarre avec « Weeping Willow », suivi d’un majestueux « Sonnet ». Dès les premiers morceaux, le public parisien répond présent. Ashcroft multiplie les échanges avec la salle, laissant régulièrement les spectateurs reprendre les refrains. La communion est instantanée. Sur « Space and Time », guitare acoustique en bandoulière, le chanteur déploie cette voix unique qui a marqué plusieurs générations d’amateurs de rock britannique. Une voix capable de conjuguer fragilité, puissance et ferveur dans un même souffle. Mais la soirée doit composer avec un invité omniprésent : la chaleur. Dans un Zénith dépourvu de climatisation, les températures atteignent l’ivresse des hauts sommets. Rapidement, le chanteur abandonne son blouson laissant apparaitre un t shirt maculé de transpiration. Un premier incident technique vient interrompre brièvement le concert. Le bassiste multiplie les signes vers les coulisses pour signaler une défaillance sonore. Le problème est rapidement résolu et le groupe poursuit sans perdre son élan. Avant « Music Is Power », Ashcroft prend le temps de remercier le public français pour sa fidélité. Puis le morceau se transforme en une longue séquence d’improvisation. Stratocaster en main, le chanteur stimule ses musiciens et encourage les échanges instrumentaux. Le titre dépasse largement les dix minutes, faisant monter la température d’un cran supplémentaire dans une salle déjà bouillante.

 

Richard AshcroftDerrière la scène, les imposantes initiales « RA » surplombent le décor. Elles servent d’écrin à « A Song for the Lovers », l’un des grands moments de sa carrière solo. Son introduction immédiatement reconnaissable déclenche une réaction enthousiaste du public. Comme souvent ce soir, le morceau est développé bien au-delà de sa version studio. Même traitement pour « Break the Night With Colour », porté par un remarquable solo de guitare, tandis que les spectateurs reprennent chaque parole à l’unisson. L’émotion atteint son premier sommet avec « The Drugs Don’t Work ». Ashcroft l’interprète d’abord seul à la guitare acoustique avant que le groupe ne vienne progressivement enrichir l’arrangement. Plus de vingt-cinq ans après sa sortie, la ballade conserve intact son pouvoir de fascination. Les problèmes techniques réapparaissent pourtant en cours de concert. Cette fois, Richard Ashcroft choisit d’en sourire et explique au public que les températures exceptionnelles pourraient être à l’origine de ces dysfonctionnements. L’un des moments les plus inattendus de la soirée survient avant « Lucky Man ». Le chanteur rend alors hommage à plusieurs figures françaises qui l’ont marqué : Michel Platini, Zinédine Zidane, Serge Gainsbourg et Éric Cantona. Une déclaration accueillie par une ovation avant que ne retentissent les premières notes de l’un des plus grands classiques de The Verve. Tout au long du concert, Ashcroft impressionne par la qualité de son chant. Dans « Sonnet », « Lucky Man » ou encore « The Drugs Don’t Work », il conserve cette capacité rare à donner le sentiment que chaque chanson constitue une quête personnelle, quelque part entre spiritualité, romantisme et mélancolie. Pour l’unique rappel, le verdict est sans appel. Dès les premières mesures de « Bitter Sweet Symphony » ( décalé d’une version instru de « The Last Time » d’une chanson des Stones) (Voir sur Gonzomusic  Bitter Sweet Royalties grâce aux Stones )  , le Zénith se lève comme un seul homme. Pendant plusieurs minutes, la salle entière reprend l’hymne générationnel dans une atmosphère de communion totale. À 22 h 15, les lumières se rallument déjà. Le concert aura été court. Trop court sans doute au regard de l’attente suscitée par ce retour parisien. Mais malgré une chaleur accablante et quelques aléas techniques, Richard Ashcroft a livré l’essentiel : une performance élégante, sincère et intensément habitée. La démonstration qu’à 54 ans, l’ancien leader de The Verve demeure l’un des derniers grands romantiques du rock britannique.

All pix by JCM

Set-list:
 
    Bring On the Lucie (Freda Peeple)
    (reprise de Lennon sortie en single numérique en 2021)
    Weeping Willow (The Verve song)
    Sonnet (The Verve song)
    Space and Time (The Verve song)
    Music Is Power
    A Song for the Lovers
    Break the Night With Colour
    The Drugs Don’t Work  (The Verve song)
    Lucky Man  (The Verve song) (Dedicated to Michel Platini, Zinédine Zidane, Serge Gainsbourg, Éric Cantona and the audience)
   
Rappel  :
   
Bitter Sweet Symphony (The Verve song)
 
 

 

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