POPA CHUBBY “Tinfoil Hat”

Popa ChubbyDepuis 94, Popa Chubby nous livre à chaque album des chansons bâties comme de grosses cylindrées lancées à tombeau ouvert sur les freeways du blues-rock. Le bonhomme Michelin recycle à sa propre sauce, un blues acier trempé, héritage de ses idoles de jeunesse les Sly & the Family Stone pour le côté soul, Jimi Hendrix et Eric Clapton pour le blues rock. Guitariste rageur et inventif  le joufflu Popa Chubby sait aussi se montrer attachant sur des balades émouvantes, comme il le prouve une fois de plus sur ce « Tinfoil Hat ».

Popa ChubbyPar Jean-Christophe MARY

Comme beaucoup de musiciens confinés entamant l’année 2020, Popa Chubby ne s’est pas laissé abattre. Bien au contraire, il en a profité pour canaliser sa colère contre Trump et sa gestion de la crise du Covid. Et il  faut dire que l’actualité lui a offert de la matière pour nourrir l’écriture de cet album. Enfermé chez lui dans sa résidence de l’Hudson Valley, alors qu’il venait d’achever une tournée, Popa Chubby en a profité pour recharger les batteries et retrouver le plaisir de jouer et de composer. Ces nouvelles chansons construites autour de riffs blues tranchants prennent solidement appui sur le rock’n’roll et la soul music, le tout rehaussé d’un empilage de voix très réussi. Ted Horowitz aka Popa Chubby a enregistré ces 11 titres au son tantôt graisseux, tantôt léger et joyeux où la guitare  s’en donne à chœur au milieu d’ingrédients frais et élevés. C’est un réel plaisir que d’écouter sa voix chaleureuse, sans overdubs ni autres effets spéciaux, un réel plaisir de l’entendre marteler sa guitare et dégainer ses riffs de tueur comme il le fait si bien depuis 25 albums.  On y trouve des morceaux tirant sur le boogie woogie « Tinfoil Hat » qui rappelle un peu le « Peter Gunn Theme » des Blues Brothers ou ce « Someday Soon  (Change Is Gonna Come) » où la guitare menaçante se mets en position d’attaque bottleneck.

Popa Chubby

On en découvre d’autres marqués par le blues rock « 1968 Again », voir le pub rock dans la lignée de Dr Feelgood « Baby Put On Your Mask ». On est interpellé par cette guitare inspirée sur « Another Day In Hell », blues langoureux où plane le fantôme de Jimi Hendrix.  On s’arrête sur des titres passés inaperçus à la première écoute tels « Boogie For Tony » morceau tirant sur le shuffle blues ou ce « Cognitive Dissonance » marqué par le reggae dub. On notera aussi « Can I Call You My Friends », un blues déchirant, véritable cri d’urgence contre le pandémie et bien sûr ce « Embee’s Song », la ballade sentimentale de l’album. Côté textes,  e chanteur compositeur égratigne à tour de bras, à coup d’images grinçantes. C’est un peu à l’image de la photo sur la pochette où on le découvre, mi-Ubu Roi mi-clown roublard, affublé d’une couronne en papier aluminium. Textes grinçants, images noires, rien ne l’arrête quand il passe à la moulinette Trump et sa la gestion de la pandémie, les théoriciens du complot, la 5G ou les vaccins. Comme il l’écrit lui-même dans les notes de l’album, « comme vous tous, cette pandémie m’a poussé dans les derniers retranchements de mon humanité. Mais la musique, la douce musique, m’a remis dans le droit chemin une fois de plus. Je vous propose donc cette œuvre avec humilité et toute la dévotion que je vous porte ! ». Tout est dit.  

 

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