PHIFE DAWG « Forever »

Phife DawgVINGT DEUX ans après son premier album solo et surtout SIX ans après sa triste disparition emporté par le diabète à seulement 45 piges, voici ENFIN le second et ultime album de Phife Dawg, héros de A Tribe Called Quest aux cotés de Q Tip et d’Ali Shaheed Muhammad. Intitulé « Forever », sa coolitude illimitée nous rappelle que Malik Taylor, alias The Five-Foot Assassin restera à jamais dans nos têtes et dans nos cœurs. I miss that kid…

Phife DawgJe les avais rencontrés lorsqu’ils avaient à peine 80 ans à eux quatre dans le studio de Jazzy Jay dans le Bronx en avril 1991 à quelques semaines de la publication du second A Tribe Called Quest, « The Low End Theory » ( Voir sur Gonzomusic   https://gonzomusic.fr/a-tribe-called-quest-est-orpheline-phife-nous-a-quitte-a-45-ans.html) . Ce jour-là, en évoquant leur musique je m’étais étonné que des types de vingt ans intègrent le jazz à leur hip hop, Phife m’avait alors répliqué : « on ne peut jamais ôter le jazz de l’ADN de A Tribe Called Quest, on a ça dans le sang » et avec ce vibrant « Forever », son  testament sonique, il le prouve à nouveau. Phife en avait achevé plus des deux tiers lorsqu’il est mort terrassé par ce diabète qui l’empoisonnait depuis si longtemps. C’est juste magique de le réentendre à nouveau, entouré de guests tels Redman, Busta Rhymes, bien entendu de son vieux compadre Q Tip sans oublier quelques vocalistes entêtantes comme un parfum féminin forcément capiteux.

Phife DawgEt tout commence avec « Only A Coward », composition lumineuse et old school  cool, inclus le petit scratch sur le vinyle in the back… très ATCQ répétitif et groovy sur lequel se laisse porter le flow de Phife. La suivante « Fallback »  a un super feeling, soul rétro et mélancolique, comme un vieux hit d’Harold Melvin and the Blue Notes ou des 5th Dimension  soudain retrouvés…  et c’est un rythme intemporel où Rapsody et Renée Neufville répondent et vocalisent en chœurs à notre ATCQ. Dans la bien nommée « Nutshell Pt 2  » on retrouve nos deux vieux pirates Busta Rhymes et Redman en pugilat verbal aussi  classique que punchy.  Mais c’est avec « Sorry »  aux frontières du crooner porté par un sample de «  désolé votre appel ne peut aboutir » et une tonalité qui sonne en vain dans le vide, qu’on se retrouve vraiment subjugué par un groove aussi  nonchalant que débonnaire propulsé par la soul… tout ce qui faisait le pouvoir de ATCQ est réuni dans ce titre. Phife joue la magie d’outre-tombe et on succombe… grave ! De même  « Dear Dilla » et son featuring de Q Tip joue la soul cool irrésistible. Et l’on retrouve toujours ce feeling jazz dans le background pour une des réussites incontestables de cet hommage posthume qui donne la chair de poule. Violons et piano ajoutent leur touche romantique à ce magnifique titre suave. Tandis que « Wow Factor » punchy et répétitif puissant et entêtant, « Residual Curiosities » marque un retour au groove cool et doré aux frontières de la comptine enfantine  et l’on ne peut s’empêcher de songer à cette bonne vieille « Bonita Applebum ». La suivante « Round Irving High School » après son piano intro est incarné par deux chanteuses, Cheryl Boyce-Taylor et Angela Winbush,  invoquent mes mânes des Supremes  en version parlé chanté émotionnelle lorsque sur « French Kiss Trois » on retrouve à nouveau Redman sur ce titre pulsé comme un cœur qui bat toujours aussi cool et délicat, exacerbant la sensibilité exacerbée de Phife….  On apprécie le « créme de la crème » en français dans le texte … LOL.

Phife DawgPour clore l’album deux titres se succèdent sur le thème « Phife à jamais ». Et tout d’abord « 2 Live Forever » au sublime monologue puissant de cette voix d’outre-tombe qui déchire le cœur. Les voix de trois rappers POS Little Brother et Darien Brockington lui répondent. Un beat climatique transcende les émotions. Le gospel et le jazz  sont en filigranes  et c’est du ATCQ at his best. Phife y évoque son travail d’écriture, ce qui l’inspire mais aussi les recettes qu’il se refuse d’appliquer car trop simpliste à ses yeux et c’est juste brillant…. Enfin voici « Forever » le plus long titre du disque avec ses 6 minutes …. Angélique et feu d’artifice final, comme un prolongement à la précédente où le public scande « Phife… pour toujours ». Cette track élégante sur lit de violons et ce « à jamais » répété à l’infini, dressent un superbe hommage mérité pour Phife Dawg sur ce sample si indentifiable de « Ms Jackson » des Outkast… Vous l’aurez sans doute compris, il m’est juste impossible de rester objectif, mais vous devez impérativement écouter ce « Forever » dernier message de Phife Dawg !

 

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.