NEIL YOUNG « Homegrown »

Neil YoungC’est un album fantôme que nous offre Neil Young, avec ce magique « Homegrown », né au cœur des 70’s entre son « On the Beach » et le nerveux « Tonight’s the Night ». D’abord « congelé » par son label, puis mis sous le coude par notre Loner lui-même, pour cause émotionnelle, près d’un demi-siècle après sa naissance, quel bonheur nostalgique de se replonger ainsi dans la coolitude exacerbée de ces 12 joyaux enfin exhumés qui n’ont pas laissé indifférent JCM !

Neil YoungHomegrown, littéralement « poussé à la maison », chez les cool Californiens c’est surtout une référence directe à la bonne petite beu que l’on fait pousser chez soi à l’abri des regards indiscrets des hommes en bleu. Bien sûr, avec cet album inédit, c’est une incroyable time-capsule que Neil Young nous expédie tout droit de ces 70’s dorées que nous affectionnons tant. Mais en 74-75 Neil Young est totalement prolifique et les successeurs de son « On the Beach » se bousculent au portillon. « Tonight’s the Night » et « Zuma » sont déjà millésimés 1975, alors pour Warner et ses frères un 3éme Neil Young cette même année était inconcevable. Quelques années plus tard, sur le même label Prince vivra la même frustration avec un « Black Album » remisé sur une étagère de Burbank qui deviendra lui aussi légendaire à l’instar de cet « Homegrown ».nCar vu son patronyme, et ce malgré le contexte mélancolique de sa rupture avec la comédienne Carrie Snodgress, « Homegrown » est d’une infinie coolitude planante, un des plus beaux albums de cet été avec le « Rough and Rowdy Ways «  Dylan ( voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/bob-dylan-rough-and-rowdy-ways.html ). Près de 50 années après sa naissance, quel bonheur de replonger ainsi dans cette époque bénie.Neil Young

 

Par Jean-Christophe MARY

 

À bientôt 75 ans, à l’heure où d’autres goûtent une retraite bien méritée, le rocker canadien ( désormais naturalisé citoyen US: NDREC)  sort de ses cartons Homegrown un album enregistré en en 1975 en hommage à son histoire d’amour avec la comédienne Carrie Snodgress L’album est resté inédit jusqu’à présent, atteignant un statut légendaire parmi les fans de Neil Young. Au printemps 1975, Neil Young prévoit de sortir quelques chansons composées entre l’automne 74 et le début de l’année 75. Le hic c’est que d’autres titres enregistrés en 1973 attendent eux aussi d’être publiés. Ce sont ceux qui figureront sur l’album « Tonight’s the Night ». Indécis Neil Young réunit donc un cercle d’amis et de proches et leur joue simultanément les deux albums. Face à leur réaction, Neil Young optera de sortir les chansons de « Tonight’s the Night » et laissera dormir dans ses cartons les titres de « Homegrown » pendant… 45 ans. Si des titres « Star of Bethlehem » « Love Is a Rose » « , » Little Wing  » et » White Line sont apparus ici ou là, à différentes périodes sur d’autres albums de Neil Young, l’album Homegrown est lui composé de douze chansons de Neil Young, dont sept sont bel et bien inédites telles  «Separate Ways», «Try», «Mexico», «Kansas», «We Don’t Smoke It No More», «Vacancy» et «Florida». Sous le coup d’une séparation douloureuse avec la comédienne Carrie Snodgress (dont le fils Zeke Young nait le 8 septembre 1972 atteint d’infirmité motrice cérébrale), Neil Young préféra mettre ses titres de côté. La douleur s’étant atténuée avec le temps, Neil Young peut enfin exhumer de ses archives personnelles ce « lost album ». Comme dans tout chagrin d’amour qui se respecte, le chanteur développe ici son blues entre pop candide et saveurs folk classique. On tourne les pages de son carnet de bord intime de l’époque où le spleen côtoie ce chagrin d’amour, petits bonheurs de la vie, mais aussi les angoisses, les doutes, et bien sûr l’inévitable rupture.

Neil YoungEnregistrées avec la complicité de Levon Helm et Karl T Himmel (batterie), Ben Keith – slide guitar), Tim Drummond (basse) et Stan Szelest ( piano) les chansons sont toutes explicites, portées d’une voix douce, mais étendue, une voix émotionnellement chargée, à commencer par ce « Separate Ways » entre country music et ballade folk avec cette basse mixée en avant, très présente . Les titres défilent entre nos oreilles avec le son d’une époque bien marquée celle des 70’s. Loin de la rugosité intense de « The Night the Tonight » et de la désolation effrayante de  » On The Beach », « Homegrown » nous renvoie à l’époque des productions folk de Laurel-Canyon. Du coup ce bel ensemble sonne plus folk, plus roots que l’album « Fleetwood Mac » de Fleetwood Mac et le « One of These Nights » des Eagles, deux albums aux productions plus léchées, sortis eux aussi la même année. « Homegrown » donne un aperçu de l’état d’esprit de Neil Young au milieu 70’s avec parfois des titres un peu bizarres comme ce « Florida », sorte de long monologue sur fond de bruitages étranges. Mais, on se retrouve vite en terrain connu avec des chansons qui nous semblent plus familières, comme « Kansas » joué guitare voix et harmonica ou « We Don’t Smoke It No More » sorte de blues classique où piano et harmonica s’en donnent à coeur joie. En écoutant et réécoutant Homegrown, on a l’impression de découvrir de vieilles chansons inconnues  des chansons restées dans leur version originale, dans le jus de l’époque et qui nous semblent pourtant familières. On salue ici au passage le beau travail de restauration  de John Hanlon, Chris Bellman et Bernie Grundman. Laissons à Neil Young le mot de la fin: « Je m’excuse. Cet album Homegrown aurait dû être là pour vous, quelques années après « Harvest ». C’est le côté triste d’une histoire d’amour. Les dégâts causés. Le chagrin d’amour. Je ne pouvais simplement pas l’écouter. Je voulais continuer. Alors je l’ai gardé pour moi, caché dans le coffre-fort, sur l’étagère, dans le fond de ma tête… mais j’aurais dû le partager. C’est vraiment beau. C’est pourquoi je l’ai fait en premier lieu. Parfois, la vie fait mal. Tu sais ce que je veux dire. C’est celui qui s’est échappé ».

 

 

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