L’OR NOIR D’HIPSWAY

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Hipsway

C’était il y a exactement trente ans, Hipsway pionnier de ce que l’on qualifiera bientôt de « blue eyed soul », prenait son envol de sa bonne ville de Glasgow fondé par l’ex-jeune guitariste prodige d’Altered Images, John McElhone…lequel bien entendu n’avait pas encore inventé Texas. Retour en nostalgie des années BEST avec le rock écossais d’ Hipsway.

 

Retour en arrière de trois décennies : cet été 1986, pour BEST je rencontrais à Londres Johny McElhone et Grahame Skinner dit Skin, respectivement chanteur et guitariste d’un nouveau groupe écossais à la fusion soul-rock inédite. J’avais déjà succombé à leur premier album éponyme et aux joyaux ébènes qu’il contenait comme « The Honeythief » ou la classieuse « Long White, Car ». Sans oublier cette ode à la crise économique qui frappait alors le Royaume-Uni et plus spécialement l’Écosse, le bien nommé «  The Broken Years ». (voir la kronik du premier LP d’Hipsway https://gonzomusic.fr/hipsway-hipsway.html )

Bien entendu, j’ignorais encore qu’Hipsway ne publierait que cet unique album, l’ami Johnny ayant déjà émigré trois ans plus tard en 1989 avec une nouvelle formation baptisée Texas en hommage au film « Paris Texas » de Wim Wanders et à sa BO composée par Ry Cooder…mais c’est déjà une autre histoire !

 

Publié dans le numéro 215 de BEST sous le titre :

BLACK MACS

 

HipswayC’était il y a bien longtemps, lorsque les grandes plantations s’étendaient en dehors de Glasglow. Souvent, dans le soleil rouge du crépuscule, les noirs accroupis ramassaient les fleurs de coton en chantant … Hey man, tu débloques à fond, l’Écosse n’est pas la Georgie, le funk c’est pas du scotch! Et pourtant, si ! D’abord il y a le précédent Average White Band, dans l’ère seventies, avec son funk carré comme l’hypoténuse. Des blancs cathos et Écossais qui remuaient déjà comme des blacks. Ensuite et surtout il y a la crise. Plus cinglante, plus sanglante que partout ailleurs en Angleterre. Chez Reagan, les noirs trinquent d’abord, c’est leur droit au chômage. Le nouveau Black Power est donc écossais, il s’appelle Hipsway. Après les Fine Young Cannibals et Simply Red, Hipsway complète la trilogie. L’été appartient aux néosoul men. Si j’en doutais encore, je l’ai compris en petit déjeunant avec Grahame Skinner, alias Skin et John Mac Elhone dans un hôtel face à Regent Square. La veille, j’avais vécu leur tout premier concert à Londres dans une fac, comme un instant rare et privilégié, une vague sensation d’assister à la naissance d’un phénomène.

 

« Skin: Il y a dix ans, les Écossais n’osaient pas balancer leurs propres rythmes. Ils se contentaient de chanter les vieux standards Atlantic ou Motown.

Comment traces-tu le parallèle entre musique noire et groupes écossais?

S : Chez nous, on raconte que lorsque le ciel est dégagé on peut voir le Bronx depuis la côte ouest de l’Écosse.

John Mac Elhone : En Écosse l’influence soul 60’s est immense; c’est paradoxal, car les Américains, eux, sont plutôt influencés par les Beatles et les Stones.

S : La soul c’ est l’or noir, la plus belle forme musicale du monde.

Hier au concert tu me donnais l’impression de chanter comme un black, sans toutefois en avoir la voix.

S : Ah si j’avais la voix de James Brown ! C’est vrai, les chanteurs que j’aime sont noirs. J’ai usé leurs disques, ils m’ont subjugué.

J.M.E : On ne copie personne, mais nous avons une palette d’influences et certains groupes comme les Temptations ou les Commodores ont pour nous toute l’importance des couleurs du spectre. Sans « Papa Was a Rolling Stone», nous ne serions surement pas ici aujourd’hui.

Racontez-moi la Genèse d’Hipsway.hipswaypromoshot

S: Le groupe existe depuis deux ans. Je connais Harry (Travers, batteur) depuis 5 ans. Quant à Johnny, on s’est rencontré à un gig de U2 dont son groupe Altered Images assurait la première partie.

J.M.E : C’était notre dernier show, deux semaines plus tard Altered Images se séparait et nous montions Hipsway. On tire toujours une certaine expérience de ses erreurs, ça permet de les éviter par la suite. Avec Altered Images, on était des jeunes fous de seize, dix-sept ans. Nous étions juste des bébés rockers.

Lorsque tu parles d’erreur à quoi penses-tu?

J.M.E : Sortir trop de disques en même temps, par exemple. On a du faire trois LP en dix-huit mois. Hipsway sera différent, un groupe de longue haleine. Cette fois je ne suis plus pressé.

Sur scène ou dans vos clips, on dirait que vous pariez sur le naturel.

S : On a tout appris nous-mêmes, mais nous savons exactement ce que nous voulons. Pas question de laisser les autres assumer nos histoires, sinon nous perdons notre âme. Tout est essentiel, les photos, la pochette, l’impression des textes, le choix des shows et les chansons.

Justement, un titre comme « Broken Years » penche très ostensiblement vers la gauche, ça n’est pas un hasard?

S: On n’arbore pas le drapeau rouge. À mon avis, on ne se paye pas un meeting politique pour s’éclater. Mais ça ne nous empêche pas de penser et de dire des choses dans nos chansons. La soul ne sait pas mentir, nous non plus, surtout lorsque chez nous la situation se dégrade. L’indifférence dans ce cas est un mensonge. »

Jeans, polos Lacoste et mocassins noirs, Hipsway joue la simplicité. Face à la frime des nouvelles sensations plastiques et britanniques, nos Écossais ont le feeling et la pêche qui tuent. Comme les Cocteau Twins, comme Simple Minds, Skin et les autres prouvent que le rêve écossais n’a pas fini de hanter nos nuits de folie, d’amour et de rock and roll.

 

Publié dans le numéro 215 de BEST daté de juin 1986BEST 215 small

 

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