LES LEGENDES DE MICHAEL JACKSON

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MJ 

Voici 30 ans dans BEST, faute de pouvoir tendre directement son micro à Michael Jackson, qui avait déjà cessé depuis belle lurette de répondre aux questions des journalistes, GBD traçait pourtant le portrait du Peter Pan de la funkitude entre ses souvenirs perso de sa visite au « manoir Jackson » d’Encino, où il avait rencontré une très jeune Janet Jackson de 18 ans, et son interview « fraiche » de Siedah Garrett co-auteure du hit « Man ln The Mirror » et surtout duettiste de l’irrésistible  « I Just Can’t Stop Loving You » sur le colossal « Bad ». En ce temps-là, on croyait naïvement que les étoiles ne s’éteindraient jamais, que Michael vieillirait comme ces vieux bluesmen qui tenaient toujours la scène à 80 piges. La dope, la faiblesse humaine ou la folie où les trois à la fois en ont hélas décidé autrement.

 

 

 

 

Michael JacksonÉtrange de relire ce texte vieux de 30 ans où Jacko a certes la peau décolorée et le visage de plus en plus taillé au bistouri, mais l’ex-Jackson 5 n’avait pas encore construit son fameux ranch- parc d’attractions Nevernerverland et vivait à ce moment encore chez papa maman. Le fracassant « Bad » était sorti depuis plusieurs mois déjà, mais en ces temps reculés le succès n’était pas aussi instantané qu’aujourd’hui. Mais avec sa bordée de hits planétaires prévisibles, nul ne pouvait se faire de soucis pour Michael. Il faut dire que nous attendions le successeur du colossal « Thriller » depuis près de cinq ans. Avec toujours Quincy Jones à la manœuvre, en janvier 1988 « Bad » ne cessait de monter en puissance. Et comme il est hélas plus aisé de parler à ses Saints qu’au Bon Dieu, dans l’impossibilité par Epic bien entendu de nous organiser un face to face avec mister Jackson, le journaliste de BEST s’était contenté de discuter au téléphone avec la jeune Siedah Garrett,  qui donnait la réplique à MJ dans le duo caliente : de l’album« I Just Can’t Stop Loving You ». Flash back….to know who’s bad?

 

Publié dans le numéro 234 de BEST sous le titre

 

WHO’S THAT BOY ?

« Son retour n’a pas dissipé tous les mystères. Est-il le jouet ou bien le Père-Noël ? Existe-t-il vraiment ? Faut-il croire au Michael Jackson ? » Christian LEBRUN

Cauchemar, mon vieil ours en peluche s’est échappé d’un placard, chez mes parents, pour venir chez moi m’apostropher : « Mais pourquoi écris-tu toutes ces horreurs sur Notre Michael ? » Si le Santa Claus n’existait pas, il aurait postulé. Il est comme Raymond Barre- même s’il vend beaucoup plus -, moins il cause, plus on l’aime. Mystère et boules… de gomme, Jackson ressemble à ces concours lunatiques organisés par MTV, un jackpot prétexte au décervelage dans le genre: i: Vous avez gagné le droit de rouler un patin backstage à Tina Turner !» ou « Hi hi,  si vous gagnez, les A-Ha viendront chez vous vous chatouiller les pieds « , quel pied ! C’est un jeu nouveau, à vous scier le souffle, et ils appellent cela de l’info.

MlCHAEL SIGNE LA NOUVELLE PUB PEPSI… pepsi beaucoup, je ne bois que du Coca. « CE SERA L‘ULTIME TOURNEE ET SON SEUL TOUR SOLO », déclare son manager Frank Dileo. Qui saura décrocher le scoop de I’lTV avec Bubbles, son chimpanzé ? S’il existe aujourd’hui cent fois plus de médias qu’il y a dix ans, plus moyen d’être informé. La télé, géniale boite à images, s’est laissée digérer par une génération de culs-de-jatte bavards champions du statisme. Si Michael Jackson bouge mieux, il incarne pourtant ce côté désincarné, ce refus de la sensualité, du contact. Ce fichu robot Bambi ne picole pas. Il ne fume pas, il ne baise pas et comme Dracula, il se ballade partout avec son cercueil… Son caisson à air liquide I’accompagnera t-il sur scène en Europe l’été prochain ? Un rideau anti-germes sera-t-il oui ou non dressé entre Michael et son public ?

 

LA GRIFFE

Michael est-il aussi Bad -c’est-à-dire en fait gentil – qu’il l’affirme et dans la négative devrions nous trembler s’il devenait : Good  ? Toutes ces questions clignotent comme un flipper en passe de tilter. Qui saura décrocher l’extra-ball ? Pas Michael en tout cas. ll n’a pas quitté son luxueux terrier  depuis des lustres et lorsqu’il l’abandonne. Pour s’en aller tourner, par exemple, il n’est guère plus loquace. Au Japon où il expérimentait son show, ses rapports avec l’opinion publique se sont limités à… un petit mot griffonné sur un papier à en-tête de l’hôtel Capitol Tokyu à Tokyo : « Comme le dit le vieil adage indien, ne jugez pas un homme tant que vous n’avez pas marché au moins deux lunes dans ses mocassins. Les gens ne me connaissent pas,voilà pourquoi ils écrivent toutes ces choses fausses sur moi. Ça me fait souvent pleurer. Cela fait mal et ça inquiète les enfants, tous mes enfants autour du monde; car je vis pour eux. Les animaux se défendent, non pas pour faire du mal, mais parce qu’ils veulent survivre. Ces critiques veulent notre sang, pas notre douleur. ll faut pourtant atteindre la recherche de la vérité en toutes choses. J’ai été envoyé pour le monde, pour les enfants. mais ayez pitié, car je saigne depuis longtemps maintenant » signé M.J. (Michael Jackson)

J.C. ou M.J., that is now the question ? Jésus aurait-il comme Michael tenté de racheter, au sens propre du terme, les os de John Merrick, l’E|ephant Man comme il a investi dans le rachat d’ATV Music, le catalogue des droits d’édition des Beatles, de Little Richard, de A-Ha, de Sly Stone ? Sans parler de ses prises d’hormones femelles pour éclaircir sa peau et sa voix, ses yeux, seslèvres et son nez refaits. Docteur Michael, Mister Hyde fait-il des rêves en couleurs dans son caisson d’oxygène liquide qui doit dit-on – prolonger son existence pour qu’il vive au-delà de 150 ans ? » Dur d’être Dieu et Howard Hughes en simul. Saviez-vous que vous ou moi pouvons « licencer » l’image de Michael à prix et conditions tout à fait avantageux. Si votre papa fabrique du pâté, des bas nylon, des préservatifs ou des briquets jetables, il peut toujours postuler pour décrocher la griffe M.J. ll est même précisé que «  les fringues M.J., Pepsi et le nouvel album épauleront votre force de vente » ( sic !) , may the force be with you !

 

ENCINO

 Michael Jackson

On savait Michael fana fada de Disneyland, on ne connaissait pas encore son ultime métamorphose en gardien de musée – n’oub|iez pas le guide S.V.P !-. En septembre dernier, quelques jours avant la sortie de « Bad », quelques pontes bibendesques à cigares de chez CBS et les plus gros détaillants du continent US se retrouvaient dans la Crystal Room du Beverly Hills Hotel pour une écoute. Puis, une armada de limousines chauffeurisées a embarqué tout ce petit monde en direction de la San Fernando Valley, de l’autre côté des collines d’Hollywood. Contrairement à tout ce qui a pu paraître dans la presse. Michael vit toujours dans le néo-manoir familial avec Joe, son papa ex-manager des Jacksons, sa môman Katherine et sa frangine LaToya. La maison d’Encino s’est donc ouverte aux dealers de vinyle pour une visite- diner-rencontre-mobilisation avec M.J. Il y a quelques années, je franchissais moi même les hautes grilles noires de la demeure sur Grant Avenue, sous le regard froid des vigiles. Allée de gravier jusqu’au manoir carton-pâte de style Tudor avec ses tourelles et son lierre grimpant, cascade artificielle et étang aux cygnes immaculés, dépendances diverses, zoo privé etc… Et à l’intérieur, plus de 22 pièces dont une salle de jeux électroniques aux space invaders multicolores, la salle aux trophées tapissée de disques d’or, la salle des tic-tacs et sa collec’ d’horloges antiques, la salle aux statues géantes où Louis XIV monte son cheval aux côtés de David trucidant Goliath- encore un symbole jacksonien -, la salle de projection à trente-six places et la salle musée M.J. avec ses fringues, ses gants. son alter ego réplique de cire et toutes ces photos épinglées sur les murs en compagnie de Reagan, Brando, Carter, Diana, Berry, Stevie, Quincy, etc…

Zippé bouclé métal. vêtu de noir des pieds à la tête, Michael fit donc cette année son apparition devant les huiles importées pour goûter le saumon frais et jouer les figurants pour photo de famille. Clic clac et il disparaissait. Superman ouvrirait-il sa caverne mythique à ses éditeurs ? Qu’est-ce qui a bien pu pousser notre héros à se plier aux mondanités showbiz ? L’appât des dollars, peut-être ? Sur chaque «  Bad » vendu de par le monde, 1 dollar 40 vont droit à son compte en banque. Le contrat publicitaire Pepsi a été signé pour 15 millions de dollars et la licence de l’image M.J. devrait engranger plus de 150 millions de dollars de chiffre d’affaires, dont 10 % iront directement grossir l’escarcelle du petit. Certes, Michael contribue à quelques œuvres de charité comme les bourses versées aux collèges noirs ou à la recherche contre la leucémie. Il a d’autre part financé à raison d’un million et demi de dollars l’édification du Centre des grands brûlés Michael Jackson à LA. Challenge choc, s’il parvient à vendre une petite dizaine de millions de « Bad », il pulvérisera le record du monde des gros salaires avec une moyenne de 4 millions de dollars – 24 millions de Francs lourds — par mois, 13éme mois et congés payés inclus. Pauvre ère de Sabatier, dire que son misérable émolument d’animateur à 120 briques nous avait ému l Bref, Michael peut être généreux, il en a les moyens. Mutant aux deux visages, il balance toujours entre ses yeux doux, sa tendresse enfantine, sa gentillesse béate et l’énorme planche à billets qu’il a engendrée. On oublie trop souvent qu’il fut un working- class hero. À Gary (lndiana) où il est né, c’était soit la scène et la vie d’artiste soit le métal fondu des acieries et un taff de manœuvre à vie. Et même si papa Joe était bassiste d’un groupe de soul, à la maison, on ne mettait pas vraiment tous les soirs un disque d’or à la cocotte.

 

PETITE PHRASE

Siedah Garrett

Siedah Garrett

On peut toujours halluciner, mais je rêve de lire un jour une interview de Prince par Michael Jackson et vice versa. En attendant, autour de l’idole on n’est guère loquace. Frank Dileo le manager et John Branca l’avocat laissent de temps à autre filer une petite phrase, mais ça n’est jamais bien renversant. Aussi lorsqu’on m’a proposé un rendez-vous téléphonique avec Siedah Garrett, sa duettiste de « I Just Can’t Stop Loving You » et co-auteur de « Man ln The Mirror », je n’ai pas eu le cran de refuser. Pour attraper le Sl (E) DA (H),  j’étais prêt à croquer l’alliage pétrochimique de mon combiné pour faire « hello LA » :

 

Comment as-tu rencontré Michael 7

Grâce à Quincy Jones qui lui a présenté une de mes chansons.

 C’était  « Man ln The Mirror » ?

Exact. Comme il l’adorait, il a voulu connaître la fille qui l’avait écrite.

 Et Quincy 7

C’était il y a quelques années, j’ai passé des auditions pour un groupe vocal qu’il tentait de monter. ll m’a remarquée  et même si le groupe n’a jamais rien donné, moi je suis restée.

 Combien de temps as-tu passé au Studio Westlake pour enregistrer ton titre avec Michael ?

Deux jours pour la version anglaise et plus tard trois autres jours pour les versions française et espagnole du duo.

 Il parle français 7

Non, mais ça ne l’empêche pas de chanter.

(Pour cause de traduction erronée, ces versions ne sortiront jamais. Pourtant c’est un projet qui lui tient à cœur. Nos sources autorisées pensent qu’un des 45 tours du LP pourrait être diffusé en français dans le texte. À suivre…)

Lorsque tu songes à Michael Jackson, quelle est la première chose qui te traverses l’esprit ?

Je veux le remercier. Travailler avec lui fut une expérience inoubliable. Il était encore plus fun, étonnant que je ne pouvais l’imaginer.

Est-il oui ou non un être humain normalement constitué ?

Dans sa position, il est dur de conserver les pieds sur terre. Il y parvient pourtant. Michael ne se prend pas pour une sensation, il ne cherchera jamais à t’écraser. Au contraire, il faisait tout pour me traiter en égale. Il me demandait toujours mon avis sur ce que je pensais être bon ou pas lorsque nous bossions.

Pourquoi est-il aussi secret avec le reste du monde ?

Je présume qu’il a envie qu’on le laisse tranquille. ll trouve aussi que les rapports avec la presse sont faussés d’avance. Vous écrivez ce que vous voulez, et c’est trop sou- vent une distorsion de la réalité. L’autre jour, j’ai raccroché au nez d’un de tes confrères français. Je lui parlais de la pochette du 45 tours et des autres photos que nous avons faites au cours de cette séance dans les bras l’un de l’autre, nous touchant, nous frôlant. Lorsque je lui ai raconté, il a tenté de me faire admettre que j’étais sexuellement excitée au contact physique de Michael. Je me suis sentie insultée.

 Quand as-tu vu Michael pour la dernière fois ?Bad

C’était avant le départ pour la tournée au Japon, j’ai bossé une semaine sur les répétitions, car je devais l’accompagner. Mais ses managers n’ont pas cessé de rajouter des dates. J’ai renoncé pour faire mon propre LP chez Ouincy Productions avec Rod Temperton. Je dois aussi chanter avec James lngram sur l’album à venir de Ouincy. Je ne m’inquiète jamais pour l’avenir; lorsque j’avais 13 ans ma mère s’est convertie à l’islam et elle a changé mon nom en Siedah, ce qui signifie «lumières et étoiles ! Elles ne cesseront jamais de briller. »

Si Mickey Mouse n’a que quatre doigts, qui se soucie de savoir si Michael est un gentil zarbi ou un frappé pervers. Qu’il flirte avec Peter Pan ou avec la dépouille d’Elephant Man ne change rien à sa musique. Ne l’a-t-elle pas déjà propulsé au pays des super-héros 7 La dernière attraction de Disneyland s’appelle Michael Jackson. Dans un film de dix-sept minutes, réalisé par les créateurs de « Star Wars », il est Captain Eo, un voyageur des étoiles. Diffusé exclusivement et en permanence chez Disney, Captain Eo n’est que la projection d’une réalité futuriste. Du caisson d’oxygène à Flash Gordon, il n’y a qu’un court-circuit. Chez cet armurier d’Austin, on pouvait lire : « Tout ce qui distingue les mômes des adultes, c’est le prix de leurs jouets ». Avec Michael Jackson, les jouets n’ont décidément plus de prix.

 

Publié dans le numéro 234 de BEST daté de janvier 1988

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