LA TOTALE XTC PAR OLDCLAUDE

XTCÀ l’instar des Beatles, ils ont cessé de se produire sur scène dès le cœur des 80’s… Et si XTC était LE groupe underground le plus fameux depuis le… Velvet Underground ? Tel est en substance l’axiome posé par OldClaude, aficionado inconditionnel de la formation d’Andy Partridge et de son acolyte Colin Moulding, qui nous décline en compte à rebours rien de moins que l’intégrale de la discographie du fameux groupe de Swindon, Wiltshire de leur album le moins génial au plus génial… soit 12 LP & CD passés au crible d’une analyse carrément expertissime.

XTCDe l’époque Barry Andrews, jusqu’au chant du cygne de 2000 (Apple Venus vol. 2), et même jusqu’à ce jour, je n’ai cessé d’estimer que XTC était l’un des groupes majeurs de la musique du siècle dernier, aussi important que les Beatles, les Beach Boys, ou Dylan, artistiquement tout du moins.  Commercialement ou médiatiquement, c’est une toute autre histoire. Andy Partridge se mesure aisément aux génies reconnus, je ne vais pas les citer, et ce n’est pas par hasard que, dans mon blog, que vous connaissez tous, maintenant, ce ne sont pas moins de 25 chroniques que j’ai consacré à la formation de Swindon !

 

Par OldClaude

Un jour, j’ai eu la curiosité de rechercher, sur Internet, l’image que les collègues avaient de l’œuvre de XTC, je veux dire, de quelle façon les différents intervenants (journalistes, amateurs éclairés, simples fans, dans mon genre…) considéraient les 12 albums studio enregistrés par le groupe. Laissant de côté leur spin-off des Dukes of Stratosphear, les singles et les maxis, les compilations et les albums publics, j’ai pu constater les grandes tendances, que je vais vous résumer.XTC

Sans même parler de Louder, spécialiste des musiques bruyantes, qui, bravement, classe « Drums & Wires » en tête, et « Apple Venus vol. 1 » en queue, reviennent souvent à la 1ère place, « Skylarking » ou « English Settlement ». Ils se sont donné le mot, le consensus règne… Remarquez, il s’agit là de deux excellents albums, ce qui n’a pas été difficile à trouver, étant donné qu’à partir de 1980, on ne trouve que l’excellence chez XTC. Mais, ladies and gentlemen, mon mot d’ordre sera « Oublions l’excellence et allons vers l’inouï ! » au sens le plus littéral de ce dernier mot, qui désigne quelque chose qui n’a jamais été entendu auparavant.

Avant de commencer, je voudrais souligner l’aide indispensable que j’ai trouvée dans l’ouvrage de Philippe Bihan sur XTC, paru en 1999 aux éditions Alternatives & Parallèles. Voilà donc mon classement, avec, à la 12ème et dernière place :

12 « Go 2 »XTC

Il s’agit du 2ème album, publié en octobre 1978, produit par John Leckie. La tension entre Barry et Andy ne cesse de croître, ce dernier prenant progressivement l’ascendant. Les compositions sont moins abouties que dans « White Music », sauf celles de Colin, qui tire plutôt bien son épingle du jeu. Andy part un peu dans tous les sens, mais ce que fait Barry est carrément affligeant (« My Weapon » remporte le titre de pire chanson d’XTC, à moins que ce soit « Super-Tuff »). La pochette et le plan de Swindon, annoté par Colin, sont géniaux !

11 « White Music »XTC

Ce premier album, sorti en janvier 1978, produit par John Leckie, tout imprégné du punk qui régnait, tiraillé entre Partridge et Andrews, renferme pourtant quelques perles (« Radios in Motion », « This Is Pop ») à côté de grandioses catastrophes (« All Along The Watchtower »). Les compositions de Colin sont encore plus avant-gardistes que celles d’Andy !

10 «  Mummer »XTC

Terry Chambers, ne supportant plus Andy, part brutalement rejoindre sa fiancée en Australie. Désormais, XTC emploiera des batteurs intérimaires, et, donc, Peter Phipps, sur ce 6ème album, qui sort en catimini en août 1983. C’est un peu le jumeau mal loti d’« English Settlement », même s’il renferme d’excellentes chansons, toutes écrites par Andy, à commencer par « Love On A Farmboy’s Wages », mais également « Beating Of Hearts », « Me And The Wind », « Ladybird » ou « Human Alchemy ». Colin ne compose rien de bien, y compris l’improbable « Wonderland ».

9  « Wasp Star (Apple Venus vol. 2) »XTC

Que pouvaient-ils faire après « Apple Venus vol. 1 » ? Rien. Qu’ont-ils fait ? Un disque de rock n’roll. Et un bon. Un disque de guitares, comme un pied de nez à leur virtuose, Dave Gregory. Mais, surtout, ce 12ème et ultime album de XTC, paru en mai 2000, vient boucler, avec une grande maestria (2 chansons, parmi les meilleures d’Andy), et en retrouvant les joies oubliées du riff (« Playground », et d’autres) quelque chose qui figurait dans « White Music », et qui était la réponse prémonitoire que Partridge allait donner à tout son travail, pendant 22 années : « This Is Pop ».

8  « Drums & Wires »XTC

Barry Andrews parti, le trio recruta le superbe guitariste qu’est Dave Gregory. Terry Chambers, qui était un bon batteur, était devenu un grand batteur. Il fallait un producteur à la hauteur, en la personne de Steve Lillywhite (assisté d’Hugh Padgham). Et, enfin, les chansons étaient d’un autre calibre ! D’abord, et avant tout, par la grâce de Colin Moulding, compositeur surdoué de pop-songs parfaites, qui nous offre un carré d’as : « Day In Day Out », « That Is The Way » ; bien sûr, le tube imparable « Making Plans For Nigel », et le bijou qu’est « Ten Feet Tall ». En face de ça, la maturation d’Andy était plus longue, et encore incomplète (il signe la plus mauvaise chanson du disque) ; c’est donc un brelan qu’il nous propose : « Millions », « Roads Girdle The Globe » et « Real By Reel » …qu’il complète avec un pur chef-d’œuvre ! Réécoutez, s’il vous plaît, « Complicated Game ». A-t-on déjà entendu quelqu’un chanter comme ça ? Personne sur cette planète, à part Andy, ne pouvait délivrer quelque chose d’aussi intense. Il faudra que je vérifie, mais ça n’a pu être fait qu’en une seule prise. Ce 3ème album de XTC a été publié en août 1979.

7  « English Settlement »XTC

Ce 5ème (double) album, produit par XTC et Padgham (sans Lillywhite), sorti en février 1982, est celui de la maturité artistique, des guitares acoustiques et de la fin des tournées. Les critiques et le public adorent, et il est certain qu’on n’est plus dans le jusqu’au-boutisme de « Black Sea ». Mais, justement, le petit problème est peut-être là, « Black Sea » renversait tout sur son passage ; « English Settlement » vous décoiffe à peine. Andy prouve qu’il sait écrire de très belles balades (« Yacht Dance ») mais son inspiration africaine (« It’s Nearly Africa ») est moins cruciale que celle des Talking Heads. Il y a, cependant, assez de chansons magnifiques pour rendre cet album indispensable.

6  « Black Sea »XTC

Lillywhite et Padgham à la production pour ce 4ème album, paru en septembre 1980. Sauf que Lillywhite a dû bouffer des stéroïdes ; le son n’a plus rien à voir avec celui de « Drums & Wires ». Monstrueux ! On a l’impression d’être assis sur les genoux de Chambers ; ce son de batterie va devenir l’une des signatures des 80’s. Tout (à part l’improbable « Travels In Nihilon » d’Andy) est tendu vers le succès commercial…qui ne viendra pas, malgré le mini-tube de Colin « Generals And Majors », qui ne signe, cette fois-ci que 2 chansons. En France, « Black Sea » sort la semaine où John Lennon est assassiné, alors, vous pensez si les médias ont autre chose à faire ! Pourtant, même si Patrick Eudeline déteste, Berroyer, Bernard Lenoir, Michka Assayas et même GBD adorent. Mais, bon, Virgin prend acte que XTC aura toujours moins de succès que Police…

5  « The Big Express »XTC

Pour moi, cet extraordinaire 7ème album, paru en octobre 1984, est un disque de transition (il y en a quelques-uns chez XTC), les racines fermement ancrées dans « Black Sea », les ramures en attente des fruits inconnus de la dernière période du groupe. Certes, le drumming post-bonhamien (merci John B. 1948-1980) de Terry a cédé la place au très estimable Peter Phipps, et surtout à la Linn Drum, mais David Lord et Andy, les deux producteurs s’entendent bien, et toutes les chansons sont d’un très haut niveau, y compris les 2 pop-songs parfaites (« Wake Up », « Remember The Sun ») de Colin ; tellement haut, d’ailleurs, que ça passe au-dessus de la tête de tout le monde. Flop commercial absolu. Dégoûté, Andy rameute son compère John Leckie pour créer les Dukes Of Stratosphear.

4  « Oranges & Lemons »XTC

Ce 9ème album est un double-vinyle, comme « English Settlement », publié en février 1989, produit et enregistré en Californie par Paul Fox. Ce dernier est un jeune producteur novice et Andy s’entendra d’autant mieux avec lui qu’il aura la mainmise sur à peu près tout, ce qui ne peut que le réjouir (et fâcher un peu plus Dave et Colin). Pat Mastelotto occupe le tabouret et permet de retrouver l’énergie de « Black Sea », tandis que Moulding signe encore de superbes mélodies (« King For A Day », « Cynical Days » et « One Of The Millions »). Un nouveau succès en Amérique, pendant que l’Europe, et singulièrement, l’Angleterre, oublie doucement XTC.

3  « Skylarking » XTC « Skylarking »

L’enregistrement de ce 8ème album, réalisé à l’Utopia Studio de leur producteur américain, publié en octobre 1986, ne fut rien moins que tragique. Produit et mixé par Todd Rundgren, un artiste aussi entêté et autoritaire que Partridge pouvait l’être, il est pourtant l’une des réussites majeures du groupe, et leur meilleure vente américaine. Moulding signe 5 titres sur les 14. L’arrangement de cordes de « 1000 Umbrellas » est une superbe réussite de Dave Gregory. On pourrait presque dire que « Skylarking » est la 1ère partie d’un double-album dont la seconde partie est… « Psonic Sunspot » des Dukes of Stratosphear, tellement l’ambiance générale du disque (voulue par Todd) renvoie à la fin des 60’s. À part « That’s Really Super, Supergirl », toutes les chansons sont magiques.

2  « Nonsvch »XTC

J’écris Nonsvch en respectant la typographie archaïque de la pochette où le u s’écrit v. Dave Mattacks, de Fairport Convention est à la batterie dans ce 10ème album, paru en avril 1992, qui est également le résultat d’une confrontation sans concessions entre Monsieur Partridge et le producteur Gus Dudgeon, ce dernier ne voulant pas trop que les musiciens se mêlent de son travail. Il veut même faire passer « Rook » à la trappe, alors que c’est la chanson préférée d’Andy ! C’est au moment du mixage que Dudgeon perdra la partie, Andy obtenant sa tête auprès de Virgin, qui le remplacera par le très accommodant Nick Davis. Ayant tracé une ligne qui part de « Black Sea » pour arriver à « Oranges & Lemons », en passant par « The Big Express », mon avis est que le point d’arrivée de cette ligne artistique, sans égale dans la musique pop, se trouve dans « Nonsvch », l’un des plus grands albums de toute l’histoire de cette musique. Cependant, sa 2ème place, dans mon classement, tout comme des chansons comme « Rook », ou « Wrapped In Grey » (3ème single prévu, puis refusé par Virgin, et mis au pilon ; si vous en possédez 1 exemplaire, vous êtes riche) nous indiquent qu’un rameau singulier va émerger de cette ligne et donner ces fruits inouïs que j’évoquais en préambule…

1  « Apple Venus vol. 1 »XTC

Cet album, le 11ème du duo Andy – Colin, puisque Dave Gregory avait claqué la porte au beau milieu des 11 mois chaotiques pendant lesquels il avait été conçu, a été publié en février 1999, soit 6 ans et 10 mois après Nonsvch. Je vous renvoie, bien entendu aux 8 chroniques que lui ai consacré, dans mon blog (https://cahierscritiquesmusicales.com/?s=Apple+Venus+vol.+1), mais je n’ai pas changé d’avis ; il ne s’agit pas seulement de l’accomplissement artistique de XTC, mais de l’une des plus grandes œuvres musicales du siècle dernier, toutes catégories confondues. Que, de surcroit, il renferme l’une des plus belles chansons jamais écrites (Easter Theatre) ne vient que renforcer mon choix. Je respecte, évidemment, les milliards d’individus qui ont des options différentes, voire radicalement opposées, mais la haute idée que je me fais de la musique comme vecteur d’émotions m’oblige à dire que Andy Partridge, dont l’ambition était de se mesurer avec McCartney, Brian Wilson, bref, tous ceux que la musique populaire reconnaît comme des génies, a réussi son coup.

 

Arrivé au terme de mon travail, je remarque, sans m’en étonner, que, hormis pour « Mummer » et « Wasp Star », mon classement suit un ordre grossièrement chronologique. Il serait intéressant d’étudier ces artistes, groupes ou individualités, (ils ne sont, sans doute, pas nombreux) dont chaque œuvre a marqué une avancée artistique par rapport à ce qui a précédé. Ce sera peut-être l’objet d’une contribution ultérieure.

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