JANE BIRKIN « Oh pardon tu dormais »

jane et étienneC’est une conjuration de l’émotion qui s’est nouée autour de Jane Birkin, avec ce nouvel album fruit de la collaboration d’un fan éternel : Étienne Daho, épaulé par son vieux complice des Max Valentins, Jean-Louis Pièrot. Fort de ses 12 compositions, aux thèmes directement inspirés du film et de la pièce de théâtre homonyme de Birkin, « Oh pardon tu dormais » est un cocktail aussi enivrant qu’addictif de radieuses poésies, de pure nostalgie des sixties et d’émotions livrées sans tabou, sans doute un des plus beaux projets de cet étrange hiver.

jane birkinC’est son 14ème album, dont 9 composés de chansons de Serge Gainsbourg, en 50 ans, décliné autour des thèmes de « Oh pardon tu dormais », le film si autobiographique qu’il en était presque impudique, qu’elle avait réalisé en 1992 … avant de récidiver sept ans plus tard avec « Oh pardon tu dormais » cette fois en version pièce de théâtre.  Cette même année 1999, Jane s’affranchit pour la première fois de la « tutelle artistique » de Serge avec « A la légère », florilège de compositions originales offertes par Souchon/Voulzy, Chamfort, Solaar, Miossec… ou encore justement un certain Étienne Daho qui lui a écrit « L’autre moi » leur toute première collaboration ever, sous la houlette de Philippe Lerichomme producteur. Avec ma petite caméra DV, pour le documentaire « Légèrement » qui accompagnait alors la sortie du CD, j’avais capturé ce moment de complicité entre les deux artistes.  Je me souviens qu’au tournant des années 80, à notre première rencontre, Étienne apprenti chanteur et disquaires à Rennes, avait déjà apposé sur les murs de sa chambre d’ado, chez sa mère, des posters de Jane et Serge. Fan un jour, fan toujours, Étienne avait ensuite composé et duetisé « If » avec Charlotte Gainsbourg. Puis, en « fidèle ami de la famille » il avait aussi produit le CD « Places » de sa sœur Lou Doillon.

Birkin 21 années après sa première chanson pour Jane, Étienne récidive, avec sa casquette de réalisateur, et pour tout un album concocté avec la complicité Jean-Louis Pièrot où  Jane signe les textes et Daho/ Pièrot musique et arrangements. Et c’est la chanson-titre « Oh ! Pardon tu dormais… », superbe duo avec Daho qui ouvre le bal sur une musique clin d’œil entre « Je t’aime … » et « La décadanse », portée par de superbes arrangements de violons à la Jean Claude Vannier. Après une intro Daho à la « Boulevard des Capucines », Jane chante divinement ce pur classique moderne réinventé qui se révèle viscéralement attachant. La suivante, « Ces murs épais » se laisse porter par un piano mélancolique, aux accents d’« Enfants d’hiver », mais aussi qui résonne aussi comme un lointain écho de « Jane B » sur un lit de violons. Avec« Cigarettes », on est transporté entre « Les petits papiers » de Serge pour Régine , le piano bastringue de « Comic Strip » et une forte influence Kurt Weill version « Opera de quat’sous ». Puis « Max », qui est sans doute une de mes favorites, se révèle si émouvante entre son parlé-chanté de Jane, façon Serge et « The Ocean » de Lou Reed, sur un texte très proche de l’esprit de son film de 92 en superbe exercice de style porté par de supers arrangements aux chœurs angéliques. Avec « Ghosts », on se dit qu’il est si rare d’entendre notre Jeannette chanter en anglais sur ce titre qui a un petit coté Pink Floyd période « The Final Cut » avec ses chœurs so British modèle Rule Britannia particulièrement ambitieux. « Les jeux interdits » est une cool compo, insouciante et tendre, comme un bel écho à « La ballade de Johnny Jane »; d’ailleurs, pour mieux souligner l’analogie, dans le petit dialogue qui suit « FRUIT » Étienne demande à Jane «  tu penses au camionneur ? ». Ce à quoi elle réplique : « j’en ai marre de faire l’auto-stoppeuse » en pur clin d’œil pour initiés.

Birkin « A marée haute » est un pari gagné climatique aquatique au feeling de cette Bretagne qu’elle aime tant, mai aussi l’ile de Wight où elle a passé ses années d’enfance, sur des séquences de violons qui tourbillonnent sur une base musicale qui pulse comme dans « Melody Nelson » constituant un très bel écrin pour un petit bijou de chanson. Avec « Pas d’accord », le binôme Daho/ Pièrot nous entraine à nouveau du côté du néo 60’s psyché aux accents de « Anna » la comédie musicale téléfilm de 67 de Serge avec Brialy et Anna Karina en mode super retro-cool. Très différente, « Ta sentinelle » oscille entre le « On the Beach » de Neil Young et  « La folie » des Stranglers … belles références pour des paroles tout simplement irrésistibles tandis que « Telle est ma maladie envers toi »  se révèle être une insouciante balade aux faux airs de la belle époque, pour une love song absolue. « Je voulais être une telle perfection pour toi ! » Étienne est dans les chœurs pour ce retour aux pures influences 60’s, avec la basse qui vrombit en avant et son texte parlé-chanté aux mots tellement vrais qui évoquent sans pudeur les passions qui l’ont si durablement marqué. Enfin, « Catch Me If You Can” sonne très comédie musicale rétro et c’est un pur bonheur d’entendre Jane vocaliser en anglais sur une magnifique composition qui lui sied à la perfection boostée par de de sublimes arrangements, comme la dernière perle rare de cet incroyable album, splendidement taillé sur mesures pour elle, qui évoque tous les hommes de sa vie, tous disparus, mais qui vivent toujours en elle, son père, John Barry, Serge Gainsbourg, Jacques Doillon sans oublier sa fille ainée Kate partie bien trop tôt. Comme les héroïnes antiques, Jane a l’art de métamorphoser les plus grandes tragédies, les plus grands chagrins, en pure poésie et c’est bien pour cela que notre amour pour elle se révèle éternel.

 

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