J’AI CONTRIBUE A UN INEDIT DE GAINSBOURG… DECOUVREZ-LE SUR GONZOMUSIC !

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Intitulé « Je ne dub plus, moi aussi », ce morceau totalement inédit est une des perles du nouveau coffret 3 CD intitulé « Gainsbourg In Dub », l’un des deux projets- avec « Serge Gainsbourg & the Revolutionaries » 3CD également- piloté par mon ex-confrère de BEST et ami, Bruno Blum qui m’a accordé un long entretien.

Serge Gainsbourg Val d'Isère 1988En décembre 1988, Serge Gainsbourg était le très officiel président du jury du « Festival international du film rock de Val d’Isère ». Avec une équipe télé complète et une station de montage, accompagné de mon collègue Julien Meije, nous avons « couvert » l’événement pour l’émission de FR3 (désormais France 3) quotidienne « Drevet vend la mèche ». Et donc quotidiennement, avec des techniciens télé j’allais interviewer Serge à son hôtel, histoire de recueillir ses sentiments sur les films en compétition de la journée. Bien entendu, vu que j’entretenais une vraie complicité avec Serge depuis mes débuts à RFI en 83 où j’avais passé 5 heures rue de Verneuil à l’interviewer pour assurer une semaine d’antenne « Spécial Gainsbourg », chaque intervention était un prétexte à rire. Serge me donnait son avis, forcément décalé, à base de ses nombreux aphorismes. Souvent le p’tit Lulu venait perturber nos séances d’interview en courant entre les jambes de son père. Mais ce jour-là, Serge a une idée. Dans le grand salon du palace où il a établi ses quartiers, il nous demande de tirer les voilages. A travers, on aperçoit le bleu du ciel et le blanc des sommets. Il me propose de poser la caméra Bétacam sur son pied, à peu près au centre de la pièce. « Tu vas me filmer de trois-quart. Je vais apparaître en entrée de champ, de profil la clope à la main, puis sortir du champ, tout en continuant à parler et à tourner autour de la caméra. Ainsi on aura en permanence une entrée et une sortie de plan. »

Du pûr Gainsbourg

Et durant plus de cinq minutes, Serge improvise un hallucinant monologue sur la femme, les femmes…où il distille ses fameux aphorismes tels le fameux « les petites je les saute, les grandes je les grimpe ». Autour du cou, il portait un sifflet de gendarme. Il avait manifestement déjà prévu la chute de son soliloque, car à la fin de sa longue tirade, il lance : « Waw, la plus belle c’est Charlotte. Attention, celui qui y touche je lui fous un pain…une bastos. Attention, hein. Et j’appelle les flics… » Et il porte le sifflet qu’il avait préparé à ses lèvres pour siffler comme un gendarme. Du pur Gainsbourg, du grand Gainsbourg. C’est justement à partir de ce monologue que Bruno a construit une chanson intitulée « Je ne t’aime plus, moi aussi », une création originale, le troisième titre enregistré au début des séances de « Aux Armes et cætera », et qui n’avait pas été retenu par Serge. Hélas, faute de l’accord des ayant-droit, ce titre inédit restera encore pour le moment sur son étagère. Néanmoins, le futé Bruno a également construit un dub de ce titre où il n’a gardé que deux phrases du monologue que Serge m’avait offert intitulé « Je ne dub plus, moi aussi » et celui ci par contre figure en bonne place dans le nouveau coffret « Gainsbourg In Dub ». Et c’est justement cet inédit dont vous pouvez découvrir un large extrait qui figure à la fin de cet article. Enjoy !

Rencontre avec Bruno « Doc Reggae » Blum à propos de Gainsbourg

Bruno Blum by Invader

Bruno Blum by Invader

Tu publies deux coffrets Gainsbourg en simultanée, bel effort !

C’est le projet que j’ai défendu auprès d’Universal et qui a finalement été accepté. Tu as l’intégrale du travail de la période reggae de Serge Gainsbourg rééditée sous le nom de « Gainsbourg and the Revolutionaries », du nom du groupe à l’époque de Sly Dunbar et de Robbie Shakespeare et des autres musiciens. Ils ont sorti plusieurs albums de dub sous ce nom à cette époque là. L’importante contribution de ces musiciens est essentielle, il me semblait donc qu’il fallait leur rendre hommage et montrer qu’il s’agit là d’une période particulière, puisque les accompagnateurs de Serge Gainsbourg dans les années qui ont précédé n’étaient là que pour le mettre en valeur, alors que là il y a un vrai plus avec ces musiciens, avec le I-Three de Rita Marley. Et donc c’est vraiment Gainsbourg & the Revolutionaries. Il y a huit titres supplémentaires qui sont des versions où la voix alternative est différente de la prise d’origine qu’on connaît, d’une part. Et puis il y a un mix sans public de « Harley Davidson » en plus de la version avec public.

Là on parle du concert au Palace !

Voilà, qui était enregistré au Palace et qui n’est d’ailleurs pas la version qui figurait sur le double 33 tours d’origine en 1980. et qui sort en single maxi 45 tours avec un dub et en face B « Docteur Jekyll et Mister Hyde » qui est une merveille et qui provient aussi du Palace avec un dub également de « Docteur Jekyll et Mister Hyde »  complètement inédit lui aussi. Cela fait quatre maxi vinyles, dont deux qui contiennent des titres qu’on ne connaissait pas avant. Et puis huit titres inédits, mixes inédits pour « Harley Davidson » et sept autres où les voix sont inédites. Donc, c’est l’intégrale de l’œuvre reggae de Gainsbourg telle qu’elle a été retravaillée à Kingston en Jamaïque par moi-même avec le fameux ingénieur du son Soljie Hamilton et puis l’album live du Palace qui a été mixé à Paris. Donc tous les titres qui ont été inclus sont ceux sur lesquels j’ai travaillé. Je voulais rajouter « Zanzibar », une musique de film qu’il avait fait avant, qui est un reggae aussi, une super belle chanson, mais je n’ai pas travaillé dessus. Le label préférait rester sur la période strictement Jamaïcaine. Ca c’est une chose, ca sort dans un livret 25cm 30 pages super deluxe. Et d’autre part, « Gainsbourg in Dub » avec 50 dubs de Gainsbourg inédits contenant des dubs tous différents de ceux qui sont parus en 2003 et qui sont de la même veine, puisque ça a été réalisé à Kingston avec Soljie Hamilton aussi et que j’avais plein de prises inédites. Comme je l’avais déjà fait précédemment, j’ai refait des montages entre les prises inédites pour garder les meilleurs passages. En faisant bien attention de ne pas reprendre ceux qui étaient déjà sortis.

C’est un vrai puzzle !

Et l’album en public a été entièrement remixé par moi même avec l’ingénieur du son Bryan Pachaud à Marcadet à Paris. Donc ca va quant même mettre à la disposition du public 50 dubs inédits de Serge Gainsbourg. Comme les précédents avaient été très appréciés là on a vraiment un truc béton. Ca va ravir les gens qui aiment le dub, mais ça peut intéresser aussi les gens qui aiment Serge Gainsbourg. Ce qui s’était passé en 2003 c’est que les gens qui sont fans de Gainsbourg ont découvert le dub avec ça et ceux qui aiment le dub ont aussi découvert Gainsbourg. C’est un peu l’idée là, aussi sauf que cette fois les deux projets sont séparés. Bon, évidemment, le concert du Palace ne peut pas sonner aussi bien que les albums en studio, parce que d’abord il n’y a pas l’incroyable Soljie Hamilton qui est le roi du dub en Jamaïque ingénieur du son à Channel One, un monstre total du dub ; donc c’est très modestement que j’ai remixé l’album du Palace qui n’a vraiment pas le même son. Avec des prises de son très délicates car il y avait des re-pisses partout, tous les micros chopaient tous les autres instruments. Donc, parvenir à isoler les instruments a été très difficile, or dans le dub c’est quelque chose d’essentiel.  L’ingénieur Thierry Bertomeu a mixé avec moi l’album du Palace (version chantée), qui fut un défi technique. Technologiquement, c’était de l’alpinisme extrême, mais le résultat est différent des albums en studio à l’album du Palace mais qui contient de très bons titres quand même. Il sonne peut être un peu moins jamaïcain mais ca reste du dub et le dub aujourd’hui est devenu une musique internationale

Gainsbourg in KingstonMais Gainsbourg est il véritablement un « artiste dub » ?

Le projet à l’origine m’a été confié par Philippe Lerichomme qui était son producteur, c’est lui qui a souhaité que je réalise ça, c’est lui qui a vendu ça à Universal et qui m’a soutenu jusqu’au bout pour aller en Jamaïque. Et quand je suis revenu et qu’il a écouté le résultat, il m’a dit : « Serge aurait adoré qu’on fasse ça puisque c’est dans l’esprit du reggae. » Et moi je suis allé au bout de l’esprit du reggae, je suis allé au bout du dub. En ce qui concerne le dub ce n’est pas un album de Serge Gainsbourg, c’est un album des Revolutionaries si j’ose dire car c’est d’abord la rythmique qu’on mixe et sa voix n’est qu’un son, une matière sonore qu’on travaille de la même manière qu’un claviers ou une guitare. Etant donné que Serge est un grand auteur, j’ai fait bien attention de sélectionner les passages de voix que j’avais choisi au préalable. Mon point de vue de musicologue sur cette histoire-là et qui m’a amené à la réflexion qui a abouti à ces disques, c’est que la principale particularité du style Serge Gainsbourg, l’axe principal de son œuvre c’est la musique noire, c’est le jazz, c’est la musique africaine et Cuba, c’est le Rhythm n’ Blues, c’est le rock anglais qui est un succédané de la musique noire, c’est le blues, le funk avec Billy Rush et bien sur le reggae. Et là où il vraiment réussi son coup c’est avec le reggae. L’apothéose de cette ligne directrice dans son œuvre c’est cette période reggae et ces disques majeurs ont en plus une ouverture internationale puisqu’il y a Sly et Robbie qui comptent parmi les plus grands grands.

 

 

L’ouverture internationale, il ne l’avait peut être pas à l’époque mais il l’a maintenant avec cette reconnaissance mondiale de poète majeur

Il l’a d’autant plus que le dub est une musique assez populaire et j’ai beaucoup insisté pour que tout soit traduit en anglais pour justement faire un disque qui soit international. Je rappelle d’autre part que le coffret « Gainsbourg & the Revolutionaries » a été totalement retraité par mes soins. La technique que j’ai employée c’est qu’on a mixé les dubs à Kingston dont j’ai réalisé les montages et ensuite j’ai remis sa voix dessus, que j’avais sur une piste séparée. Donc, tout a été complètement fabriqué pour qu’il y ait un son dub, même dans les chansons qu’il interprète, ce qui donne une couleur très particulière qui existait en Jamaïque à l’époque. Car je n’allais pas refaire l’album de 1979. Il fallait qu’il y ait un plus, il fallait qu’il y ait une différence et il y en a puisqu’il y a des inédits et surtout ce son énorme qu’on a construit avec Soljie Hamilton à Kingston. On a les albums originaux et puis on a ces albums décuplés qui ont une puissance incroyable, puisqu’ils ont été retraités toujours avec des techniques analogiques d’époque. On est resté vraiment dans l’esprit esthétique de la fin 70’s, non pas par rapport à la technologie actuelle ce n’est même pas par fidélité envers l’artiste, c’est parce que je pense que la qualité du dub de 1975 à 1979 ne peut être dépassée. Et si on veut approcher ce Saint Graal musical du dub, il faut passer par les techniques, le style et inscrire cette œuvre de Gainsbourg dans son époque, qui est le grand Age d’or du reggae. Déroger à cette règle aurait été une faute de gout, à mon sens.

Si tu avais Serge là en face de toi quel jugement porterait il à ton avis sur ton travail ?

Ce que Philippe Lerichomme m’a dit c’est que cela lui aurait plu. Et je remarque tout de même en toute humilité que à l’exception de l’album techno « I Love Serge » qui a été descendu par la critique et qui ne s’est pas vendu, personne n’a eu accès aux bandes de Serge Gainsbourg pour les remixer…à part moi. J’ai l’accord et le soutien implicite des quatre enfants de Serge. Je pense que s’il y en avait un à qui cela déplaisait, il l’aurait exprimé. D’ailleurs, j’ignore d’où est venu le blocage, mais il existe effectivement un titre que nous n’avons pas pu sortir intitulé « Je ne t’aime plus, moi aussi », avec un joili featuring de la chanteuse Juliette Tourret, qui restera inédit pour l’instant. Par contre il existe bien un dub également inédit intitulé « Je ne dub plus, moi aussi » qui est également issu de « Je ne t’aime plus, moi aussi » justement qui est un montage fait à partir d’un tournage réalisé par Gérard Bar-David, c’est à dire vous-même my dear. C’est une réalisation sur laquelle Serge Gainsbourg s’est personnellement investi, une vraie création à la fois audio et vidéo où il fait bien plus qu’improviser des réflexions sur le thème de la femme et de l’amour. Et de toutes ces choses-là. Qui était complètement dans l’esprit de l’époque où ca a été fait, c’est provoc. Mais comme le dit le fameux photographe Bob Gruen, « ce que les gens aiment chez Serge Gainsbourg c’est aussi son coté provoc ». Donc je regrette que cela ne soit pas sorti, mais ce n’est pas à moi d’en décider, c’est à la famille de Serge Gainsbourg qui n’a pas souhaité que cela soit publié pour l’instant. Je pense que si Serge était là, il aurait sans doute voulu que cela sorte, je pense que oui.,. certainement même. En tout cas c’est mon avis. Mais ce n’est que mon avis et ce n’est pas à moi d’en décider.Blum by gbd

Il y a pas mal d’autres inédits et de raretés de Serge qui existent et qui mériteraient de sortir.

Moi je souhaite porter un projet qui puisse éditer un certain nombre d’enregistrements inédits de Gainsbourg dont l’autre axe essentiel en dehors de la musique noire est quand même ce coté provocateur présent dans « Je t’aime moi non plus » « Rock around the bunker »… et qui a duré durant tout le reste de sa carrière. Et ce coté provoc qu’on retrouve dans « Aux armes etc… ». Plus que de la provoc c’est un ton de liberté d’expression. Et je pense que dans un pays où un million de personnes a pu défiler pour Charlie Hebdo au nom de cette liberté d’expression on ne devrait pas choisir de ne pas sortir certaines des œuvres de Serge Gainsbourg simplement parce que cela déplait à certains. Sinon jamais on n’aurait eu « L’origine du Monde » de Gustave Courbet. Il existe plusieurs choses et pas mal e choses qui ont été enregistrées pour la télévision, notamment pour les émissions des Carpentier. Or pour le moment il paraît qu’on ne peut pas séparer un enregistrement audio de l’enregistrement vidéo. En clair on ne peut pas faire un disque d’un type qui chante à la télé. Ce que je trouve débile. Ce n’est pas parce que cela sort en audio que cela empêche d’être exploité en vidéo aussi. Au contraire cela pourrait plutôt faire boule de neige. Il existe quantité d’enregistrements de ce type, par exemple « Dent de loup » en duo avec France Gall qui a été fait en 66. Il y a plein de trucs comme ça. Il y a bien sûr « Le sable et le soldat » une chanson qu’il avait enregistrée en faveur d’Israël en 67 à l’aube de la guerre des six jours, ce qui évidemment peut mener à une controverse. Serge Gainsbourg est mort voilà plus de 25 ans et, pour moi , la totalité de son œuvre devrait être mise à la disposition du public.

 

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« Je ne dub plus, moi aussi »  titre inédit de Serge Gainsbourg

 

 

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