J.COLE « KOD »

Partager

 

J. Cole  

Depuis l’aube de cette décennie, J.Cole alias Jermaine Lamarr Cole s’est arraché de son bled en Caroline du Nord pour révolutionner le hip-hop. Et, ma foi, à l’écoute de ce « KOD », 5éme et puissant nouvel album, composé durant sa dernière tournée, mais également durant ses voyages en Tanzanie et en Italie on se dit qu’il n’est pas loin d’y parvenir. À l’instar de son collègue Kendrick Lamar, son rap se pratique avec une intense conscience politique, loin très loin des clichés si futiles des bagnoles, du fric, des armes et des filles aux gros poumons. Cool, J.Cole n’en est pas moins impitoyable avec ses mots qui frappent de taille et d’estoc sur ses beats dépouillés, bref ce « KOD » a tout d’une victoire par KO.

 

 

J-Cole-KOD-cover-800x800Après l’« Intro », les choses sérieuses démarrent vraiment avec la chanson-titre et le premier single de cet album taillé au cordeau, « KOD »  qui est secoué, voire électro-choqué et agité au débit comme une mitraillette Uzi. KOD est en fait l’acronyme de : Kids On Drugs…mais également King OverDosed – en référence au dessin qui illustre l’album- et aussi Kill Our Demons contre ces drogues qui prennent le contrôle de nos vies. Avec « Photograph » J.Cole nous fait partager sa cold love story sur un mode  percuté. C’est  puissant et porté par un flow impétueux sur un sample aussi mélancolique qu’entêtant. Gag, sur l’irrésistible répétitive « The Cut Off », le featuring kiLL Edward crédité se révèle en fait… J. Cole lui-même qui s’auto-crédite sous ce pseudo. Allo, Docteur Freud, quelles sont toutes ces voix qui me parlent dans la tête ? Electro choquée, cette enivrante composition aussi percutée que percutante sur son beat délicat aux samples de Bill Withers et d’Erykah Badu est une chanson de rupture, un largage en beauté qui déborde de poésie et de mélancolie. « Time will tell who is on my side » …assène mister Cole. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, « ATM » signifie en fait : Addicted to Money et non pas DAB en anglais ! Sur de purs vocaux barges, un peu à la manière de ATCQ , ce titre répétitif aux super rimes puissantes et au flow si déterminé est une ode aux gros billets…au flouze, à la thune et à l’obsession que tout cela peut représenter, vu forcément sur le mode le plus ironique.  « Tu veux vraiment savoir qui est Superman ? Regarde donc ça ! » et « Motiv8 » démarre sur rythme enivrant par son pouvoir de répétition. J. Cole prouve qu’il fonctionne comme une des mécaniques les plus implacables du rap contemporain, car chez lui small is forcément beautiful, tout est dans le moins, le plus dépouillé, un simple beat et tout dans la voix et les lyrics, sans artifices. Bluffant.

Son « KOD » est une victoire par KO.J. Cole

Sans doute ma favorite de tout l’album, par sa sincérité et sa touchante simplicité « Kevin’s Heart » si perso se révèle irrésistible. « I’m only human and if I take that cookie, one day, I’ll do the time  ( je ne suis qu’un humain et si je mets la main dans le bocal à confitures, un jour je finirai par me retrouver en prison)»…mélodique et tendre , ce superbe titre est tout simplement addictif. Cool et nonchalant, sur sa petite guitare latine dans le background, « BRACKETS » est pulsé et délicat ; il nous projette dans un univers vaporeux et surréaliste, au feeling super dépaysant. Mais cela n’empêche pas Cole de se poser les bonnes questions « ne verra-t-on jamais à nouveau un noir à la Maison-Blanche ? ». Sérieux !  Et, en parlant d’addiction…« Once an Addict » au  flow impétueux et mélancolique déborde littéralement de rage et de frustration avant de toucher carrément à la magie dans l’apothéose finale des violons. What a trip ! « FRIENDS » featuring kiLL Edward le retour est percutant par le pouvoir de  de son alter ego, celui qui ose tout dire et notamment ravaler la langue de bois contre les drogues légales et ces médocs qui tuent comme le Fentanyl.  « Blame it on crack, you can blame it to the system » balance J. Cole sur un texte désabusé et puissant. Avant d’assener « Blame it on Trump’s shit, blame it on Clinton…blame it on trap music and the politicians » Cole est exalté voire carrément vénère…et il a bien raison, trop de cadavres refroidis attestent de cette nouvelle pandémie aux opiacés. Enfin, tout s’achève sur l’autobiographique « 1985 » ; « c’est moi qui arrive, pourtant je n’aurai pas du survivre au-delà de 25 ans », rappe t’il  sur une « interpolation » du « We Don’t Care » de Kanye West pour dépeindre la condition du jeune noir dans notre société. Comme un match de boxe contre lui-même…sans doute sa manière bien à lui de se dépasser. Décidément, J. Cole échappant à tant de stéréotypes habituels du rap, sa sincérité est peut être plus proche d’un auteur de nouvelles palpitantes ou d’un scénariste de BD qu’un spadassin du rap game et son « KOD » est une victoire par KO.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *