IAM : « Rêvolution »

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IAM 

77 minutes et 9 secondes, 19 titres, le 7éme album d’IAM assume manifestement pleinement son patronyme: l’union sacrée du « rêve », de l’ évolution » et de la « révolution ». Trois thèmes en une seule contraction, un seul mot pour résumer tout un océan de mots. En effet, le livret de textes du CD est presque aussi épais qu’un livre de poche, ce qui ne nous surprend guère sachant que nos amis marseillais n’ont jamais gardé leur langue dans leur poche. À l’heure où l’électrocardiogramme du rap hexagonal est loin d’être au top, les parrains d’IAM prouvent qu’ils demeurent une valeur sure, peut-être la dernière de cette musique urbaine si galvaudée entre rappers-guimauve mous et vrais faux durs en gonflette  anabolisée. Suivez mon regard…

 

IAM : « Rêvolution »Vous vous souvenez, c’était le siècle dernier, le rap Français prenait son envol. Le « Bouge de là » de MC Solaar emportait notre pays dans le tourbillon de son groove délicat. Très vite, au crépuscule des 80’s, deux formations s’imposaient : au nord, les Parisiens de NTM, plus radicaux, comme une version française des New-Yorkais de Public Enemy. Et, au sud, les Marseillais d’IAM, tout aussi radicaux, mais alliant la coolitude ensoleillée d’irrésistibles samples funky à l’instar d’un NWA made in France. Dés le premier album, la bombe atomique de 91 « ….de la planète Mars », IAM impose son hégémonie. Deux ans plus tard, propulsé au sommet par l’inoxydable « Je danse le MIA » leur seconde aventure « Ombre et lumière », IAM domine sans peine la scène rap. Et sans jamais transiger, sans jamais renoncer à son intégrité. D’autres au contraire, comme ceux du Secteur A n’hésitent pas à franchir le Rubicon, mais avec un certain panache. Doc Gyneco joue la provoc pop décalée, Passi renoue avec ses racines africaines, Arsenik parie sur le groove. Vingt-cinq années plus tard, leurs émules manquent sacrément d’imagination. Les Maitre Gims, Black M ou autres Soprano font du hip-hop, pédalant dans la semoule, comme M Pokora croit naïvement  faire du funk, dans la noisette de beurre qui lui sert de cerveau, sous ses cheveux peroxydés. À l’opposé, les gros durs « authentiques » Booba, Rohf ou Gradur jouent au roulage de mécaniques qui ne convainc que les ados de quatorze ou quinze ans.

Le cool groove d’IAM

IAM : « Rêvolution »

Alors, lorsque IAM fait son retour après quatre années de silence, cela résonne comme un coup de tonnerre à l’horizon sonore. Certes, ici pas de hit « évident » modèle le fils du retour du MIA. Forcément. Et, si les thèmes des textes n’ont rien perdu de leur humanisme, penchant forcément à gauche au nom des valeurs de liberté et d’égalité, d’antiracisme, d’amour et de partage, les sons s’ils ont su conserver toute leur puissance de feu, se sont néanmoins assagis. Normal, nos lascars n’ont plus vingt ans. Ils flirtent même avec la cinquantaine. Le cool groove d’IAM ressemble dorénavant bien plus aux séquences de feu Gangstarr ou de la résurrection de A Tribe Called Quest. Alors rêve et évolution, ce skeud magnifique porte admirablement bien son titre. Welcome back Akhenaton, Shrurik’n, Kheops, Imhotep et Kephren !

 

 

 

 

 

 

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