DRAKE : « More Life » (A Playlist : by October Firm)

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Drake

On l’avait laissé tout en haut de l’emblématique CN Tower de sa ville natale de Toronto sur la pochette de « Views », le disque le plus colossal de sa carrière, et on le retrouve sur cet étrange et long projet hybride intitulé « More Life » et sous-titré (A Playlist : by October Firm). Pour mémoire, October Firm, c’est l’association de Drake et de son collègue co-fondateur du label OVO Sounds, Oliver El-Khatib. Disque de tous les records ? Peut-être bien, en tout cas, dans la durée 81’ 41’’pour 22 plages, c’est LA collection de la mort et elle a déjà battu tous les records de chargement. Le dernier projet de monsieur Aubrey Graham mérite décidément toute notre attention.

 

"More Life"Pour Drake, le successeur de « Views » est une « play-list », une liste de lecture. Pour la plupart d’entre nous, c’est une « mix-tape ». Bref, c’est un OSNI (Objet Sonique Non Identifié) ! Il est vrai que ce n’est pas un album comme les autres.  La preuve, le héros de Toronto met son papa, Dennis Graham, sur la pochette et ne craint pas de partager certaines de ces 22 tracks avec d’autres, se mettant volontairement, en retrait. Ainsi Young Thug a ses deux chansons (« Sacrifices » et « Ice Melts ») où Drake est presque absent. Ça tombe bien, Young Thug on aime bien son flow décalé. De même, l’anglais Sampha (Sisay) a également la sienne. « 4422 » tout comme son collègue de North London, Skepta, a droit à son propre « interlude ». Drake aime partager et il le prouve. Les critiques comparent déjà « More Life » au précieux « The Life of Pablo » de Kanye. Cependant, je dois prévenir ceux qui cherchent le nouvel « Hotline Bling », ceux-là seront sans doute déçus, car « More Life » est bien plus aventureux que son auguste prédécesseur. La preuve par le crash-test des 22 titres du Canadien. Tout commence avec « Free Smoke », mais sans la voix de Drake puisqu‘il s’agit d’abord de celle de l’Australienne Naomi « Nai Palm » Saafield, chanteuse du groupe Hiatus Kaiyote, de Melbourne. Jolie voix  sur piano rétro, puis tout démarre sur beat electro-choqué et, finalement, le flow musclé de Drake se manifeste pour cette fumette gratuite laquelle, forcément , nous fait tourner la tête. On note au passage qu’il n’est pas commun de laisser d’abord quelqu’un d’autre chanter sur son propre album. Mais Drake ne fait jamais rien comme les autres, n’est-ce pas ? Puis, on se laisse secouer par l’agité du bocal « No Long Talk » (feat Giggs) sur des violons dramatiques, le British rapper scande ses rimes, dans un écho vaguement dance-hall, mais résolument soniquement futuriste, une notion que l’on retrouve tout au long de l’album. « Passionfruit » démarre sur son joli son tropical, mais au bout de 40’’ tout s’arrête et  dans un vrai faux live Drake explique alors : « attendez… attendez et merde…putain de merde…bougez pas…je dois redémarrer ce putain de disque à nouveau au début …attendez une minute….je vais vous repasser ce disque. » Et hop… c’est reparti sur ce petit beat lounge tropical délicatement calypso, boosté par des « hands clap », sur lequel Drake vocalise avec douceur et subtilité…mais sans jamais perdre une once de ce groove chaloupé qui est sa marque de fabrique. Alors, quand Drake parle de « passion »…qui saurait y résister ? On y retrouve également Moodymann de LA, et même Zoey Kravitz, dans ce qui ressemble déjà à un hit solide.

Morceaux de bravoure

Drake

« Jorja interlude » est un titre  simplement cool et lumineux, où l’émotionnel flow de Drake se mêle aux super délicates vocalises de Jorja Smith, la nouvelle Amy Winehouse pour certains, qui nous séduit par sa voix soul et jazz au timbre qui rappelle étrangement Billie Holiday. Petite curiosité, Drake se sample lui-même avec un échantillon de « Doing It Wrong » extrait de son CD « Take Care ». On n’est jamais si bien servi que par soi-même ! Puis avec « Get It Together »  (feat Black Coffee & Jorja Smith » Jorja revient  déjà en deuxième semaine, littéralement portée par un irrésistible beat electro jazzy. On songe un peu au « Why Cant’ We Live Together » de Timmy Thomas  en  mode vaguement tropical. Belle séquence magistralement mijotée par le producteur house sud-africain, Black Coffee, pour un véritable solide groove. Encore un des morceaux de bravoure de « More Life »…avant le prochain intitulé « Madiba Riddim », où Drake nous entraine à nouveau en Afrique du Sud sur l’électro-afro-beat le plus joyeux et le plus cool du projet. On a même droit à un « Bon appétit means I love you again » en Français dans le texte. « God knows I’m trying for you ? » (Dieu sait que j’essaye), chante-t-il ; aurait-il craqué sur une girl-friend francophone ? Au Canada, c’est bien possible. C’est, en tout cas, un SUPER titre au fun Afro-pop, modéle african jive. Décidément, Drake a choisi de nous faire voyager à travers les sons et cela continue avec « Blem », porté par un didgeridoo, échappé de son bush australien et mêlé aux percus électroniques. « I’m blem for real »… mais quel est le problème ? C’est pourtant super simple, mais efficace. Le titre contient une « extrapolation » du fameux « All Night Long » de Lionel Richie et on y relève également la présence du rapper de New Orleans, Lil Wayne.Slow number mélancolique rétro-cool soul à la façon des Spinners ou des Isley Brothers ,« 4422 » (feat Sampha)  fait couler la soul du chanteur anglais au ralenti comme le chocolat chaud se répand sur les profiteroles. « Gyalchester », après son intro lente joue l’attaque des infra-basses, pour porter le flow coup de poing …canadien…dépouillé à la manière de Drake. Dans « Skepta interlude », l’anglais Skepta cite le « black President », racontant dans ses rimes « qu’il meurt et renait en Fela Kuti ». Titre d’attaque, ça bastonne comme dans une scène d’action de Kill Bill.  À l’autre bout du continent, par rapport à Toronto, voici « Portland » (feat Quavo & Travi$ Scott), sur une délicate flute entêtante samplée, pour une des cools de l’album. Super originale simple et d’une efficacité remarquable, malgré des paroles quelque peu simplistes, où l’on apprend que « Michael Pheld nage bien et que Michael Jordan fait bien les Nike Jordan ».

Rétro-futuriste

Drake
Encore plus costaud, « Sacrifices » (feat 2 Chainz & Young Thug) est un des musts du projet. Sur un super sample oriental d’une intensité maximale, le groove jaillit comme une source claire. Avec une partie piano super intimiste. Super rimes. Super vocaux. Super titre. Un des sommets de cette collection. « I’ve got Dubai plates in the California State », Drake se vante de rouler à LA avec des plaques émiraties, avant de lancer « I’m convinced » …ça tombe bien, nous aussi. Avec son drôle de son angélique et menaçant « Nothings Into Somethings » joue à fond la carte rétro-futuriste. Autre titre-choc, « Teenage Fever » se révèle aérien et pulsé. La voix haute de Drake émerge sur le sample de Jennifer Lopez « If You Had My Love ». À la fois tubesque et expérimental. « KMT » (feat Giggs), fait vibrer ses violons dramatiques à nouveau pour un guest made in England …again ! « Lose You » développe un super feeling sur son petit sample délicatement 70’s, aussi pulsé qu’addictif. Piano et Synclavier mélancolique y sont gorgés d’une soul du 21éme siècle. « Can’t Have Everything » est electro-choqué punché pour un effet maximal, tandis que « Glow » (feat Kanye West) brille par son super groove boosté par ses extraits de « Devotion » de Earth Wind & Fire ET de l’auto-sample de « Jungle » d’un certain Drake extrait de son album « If You Reading This It’s Too Late ». Avec « Since Way Back » (feat PARTYNEXDOOR) Drake retrouve son complice de « Views », qui l’accompagnait sur « With You », pour une pure love song téléportée dans l’espace. Voix trafiquée par autotune…autotunée…nostalgie et super vocaux, comme un Marvin Gaye de retour from the future. Long de 6’, c’est  le titre le plus long du projet. Pont séquences de synthés et retour du rythmeur blueseur crooner. C’est léger comme une montgolfière qui défie l’attraction terrestre sur un sample de R Kelly…forcément. « Fake Love » est une belle performance vocale de Drake sur des percus electroniques. Avec « Ice Melts » (feat Young Thug »), on se dit que ce sacré Young Thug est décidément toujours aussi allumé dans ses vocaux. Cool collaboration en tout cas. Enfin, le 22éme titre « Do Not Disturb » avec son beat résolument électro-choqué offre une conclusion à ce projet au long cours… décidément hors-normes !

 

 

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