DAVID BOWIE « Station to Station » (50th Anniversary)
Happy birthday to you… « Station to Station » ! À la fois disque de bascule et œuvre hantée, il demeure l’un des albums les plus fascinants de David Bowie. Et cinquante ans après sa publication, il conserve une puissance étrange, entre groove dansant, froideur et vision futuriste inspirée par son personnage de James Thomas Newton dans « The Man Who Fell to Earth » et par conséquent demeure l’un des plus troublants et des plus influents de la vertigineuse carrière de notre Hero commun à JCM et à moi, j’ai nommé… le Thin White Duke.
Le 23 janvier 1976 nôtre « mince duc blanc » publie « Station to Station », le successeur attendu de son funky « Young Americans ». Mais moins de deux mois plus tard sort le film de Nicolas Roeg « The Man Who Fell to Earth » ( L’homme qui venait d’ailleurs) où un certain Bowie David (Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=David+Bowie ) incarne le premier rôle, soit Thomas Jerome Newton un extraterrestre de type humanoïde naufragé sur notre Terre en quête d’eau pour sa famille et sa planète qui se meurt de soif. Cet étrange et fascinant film est quelque part l’autre face de « Station to Station », son alter-ego et il n’est guère surprenant que l’étrangeté de l’un ait largement déteint sur l’étrangeté de l’autre, ce qui n’enlève rien à la fascination que peut exercer cet album passerelle extra-terrestre, ce que souligne d’ailleurs JCM, entre l’Amérique disco-funky de « Young Americans » et ce « Station ro Station » premier signe annonciateur de sa future trilogie berlinoise… avant de finalement revernir aux USA et au funk avec Nile Rodgers « Let’s Dance » sept ans plus tard… mais c’est déjà une autre histoire du rock n’est-ce pas ?
GBD
Par Jean-Christophe MARY
L’année 2026 marque le 50e anniversaire de la sortie de « Station to Station », le dixième album studio de David Bowie. À cette occasion, l’album est réédité cinquante ans après sa parution originale en deux éditions limitées : un LP half-speed master spécialement réalisé pour cet anniversaire, ainsi qu’un picture disc LP issu du même master accompagné d’une reproduction du poster promotionnel utilisé à l’époque.
Cette réédition est l’occasion de se replonger dans un album de transition majeur et de redécouvrir les six morceaux qui le composent. « Station to Station » permet aussi d’appréhender un David Bowie sous un jour nouveau au moment précis où son art bascule entre deux périodes. Musicalement, l’album prolonge encore la veine soul de « Young Americans » (1975), notamment avec « Golden Years » que Bowie aurait proposé à Elvis Presley ou selon Angela Bowie, écrite pour elle, ainsi que les morceaux funk tendus « TVC 15 » et « Stay ». Mais l’autre versant du disque s’ouvre déjà sur les paysages plus austères à venir peuplés de synthétiseurs omniprésents et de structures étirées annonçant les expérimentations glacées de la période berlinoise, une trilogie incarnée ici par la chanson-titre.
La direction sonore reflète l’intérêt grandissant de Bowie pour les musiques électroniques et les rythmiques motorik allemandes, notamment celles de NEU! et Kraftwerk. Cette influence est flagrante sur « Station to Station », pièce maîtresse hypnotique de 10 minutes tout en laissant subsister en parallèle cette e énergie dansante et sensuelle que l’on retrouve sur « Golden Years » ou « Stay ». L’album est aussi indissociable de l’état mental de Bowie à l’époque. Sous l’emprise massive de cocaïne, paranoïaque, persuadé de mourir prochainement, l’artiste livre un disque traversé par une atmosphère apocalyptique. On y entend un homme au bord de la rupture, presque désincarné : un robot déréglé, une sorte de fantôme en version encore plus anesthésié de l’extraterrestre de L’Homme qui venait d’ailleurs. Dans « Station to Station », Bowie convoque religions marginales, occultisme, millénarisme et obsessions mystiques, flirtant dangereusement avec des mythologies qu’il évoquera en interview. Mais il ne s’agit pas d’idéologie, c’est la voix d’un homme qui a perdu pied. Le vers désespéré « Its not the side-effects of the cocaine, I’m thinking that it must be love » en est la parfaite illustration.
Autour de Bowie, un groupe d’une redoutable efficacité : Carlos Alomar et Earl Slick aux guitares, George Murray à la basse, Dennis Davis à la batterie, Geoff MacCormack aux chœurs, et Roy Bittan (E Street Band) au piano et à l’orgue. Alomar, Murray et Davis formeront d’ailleurs le noyau dur autour de Bowie jusqu’à la fin de la décennie, dès la tournée Isolar, dont l’esthétique rock, froide et minimaliste inspirée de l’expressionnisme allemand et de Bertolt Brecht marquera les concerts. Les chansons confirment l’ambition radicale du projet. « Station to Station » impressionne par sa construction progressive et son souffle épique. « Golden Years » séduit par son groove lumineux quand « Word on a Wing » et « Wild Is the Wind » révèlent une fragilité vocale saisissante. « TVC 15 », faussement léger, cache une étrangeté presque prophétique, tandis que « Stay » déploie un funk tendu porté par un dialogue incandescent entre Bowie et Earl Slick. Un demi-siècle plus tard, « Station to Station » demeure l’un des sommets artistiques de David Bowie. Album difficile d’accès, parfois dérangeant, il continue de captiver par sa modernité, son audace et sa noirceur. Témoignage d’un artiste au bord de l’effondrement, « Station to Station » prouve que Bowie même au cœur de la psychose a su transformer le chaos en une œuvre majeure dont l’impact reste intact sur le public.
