DAVID BOWIE RETOUR SUR IMAGES 2

Partager

 

Dancing in the Street 

Seconde partie de mon papier de couverture du BEST 216 consacré à David Bowie, l’homme aux mille visages, comme aux mille images, publié, voici trente ans, l’été 1986. Nous explorons ainsi les films « Absolute Beginners » et « Labyrinth », comme les vidéo-clips de son duo avec Jagger pour le Live Aid ou « Loving the Alien ». Nous rencontrons également le réalisateur Steve Barron qui nous fait partager ses expériences de tournage avec Bowie, comme par exemple sur sa vidéo pour le titre « Underground ».  Quelle émotion de revoir ces images avant, bien avant, que notre Thin White Duke se métamorphose une dernière fois en « Dark Star » qui fait toujours autant battre nos cœurs

 BEST Bowie 2Pour assurer la couverture estivale du BEST numéro 216, Christian Lebrun avait demandé à son « spécialiste du vidéo-clip », c’est-à-dire moi-même, puisque je signais déjà une rubrique mensuelle sur ce thème, un article de fond sur David Bowie pour y analyser sa maitrise de l’image, au cinéma comme sur ses pochettes d’albums mais surtout à travers ses pop-promos, comme on qualifiait alors les vidéo-clips. Retour vers le futur d’un mythe, deconde et dernière partie de ce Bowie décidément pas du tout sage comme une image.

Pour sa participation au Live Aid, Bowie s’offre un duo clippé diffusé en public avec Jagger pour leur reprise de « Dancing in the Streets » de Martha and the Vandellas, composé en 64 par Marvin Gaye. Bowie/Jagger ou la cage aux folles around the clock, bof bof…pour un titre un peu trop simpliste au gout des aficionados. Bowie, qui reprenait « Let’s Spend the Night Together » et faisait directement référence à Mick en chantant « Staring at Jagger’s Eyes » dans « Driving in Saturday » sur ce même légendaire « Aladdin Sane » de 73, le successeur direct de « Ziggy Stardust », peut enfin plonger dans le regard de Mick pour les millions de spectateurs de ce « Woodstock des 80’s » pour lutter contre la famine qui frappe l’Éthiopie. « Jazzin’ For Blue Jean » marquait la rencontre Bowie/ Temple. Rétrospectivement, ce court métrage apparaît en fait comme un pré-Absolute Beginners . On a déjà beaucoup écrit sur le film; le clip noir et blanc avec sa femme-zèbre que Bowie poursuit dans la nuit londonienne, reste lui assez plat. Les séquences du film s’enchainent en désordre. La vidéo n’est qu’un prétexte pour épauler la promo. Pourtant Bowie nous avait habitué à bien plus de subtilité par le passé. Absolute Beginner

« Labyrinth »

Dédale construit le Labyrinthe pour Minos, roi de Cnossos. Soupçonné d’avoir aidé Thésée à s’enfuir, il est à son tour enfermé dans le Labyrinthe, mais réussit à s’évader avec son fils Icare en se confectionnant des ailes de cire et de plumes. » Réalisé par Jim Henson, le papa des Muppets et co-produit par George Lucas, « Labyrinth » est une féérie peuplée de créatures étranges. David Bowie, look cheveux longs/baguettes, est peigné comme Tina Turner pour incarner Jareth, le maitre des Goblins. Ses pouvoirs lui permettent de voler le cœur d’une enfant (Jennifer Connelly) pour qu’elle traverse le labyrinthe. Lolita ne peut résister à l’appel. Elle affrontera les bébêtes animées d’Henson avant de finalement rejoindre Jareth.

« Labyrinth » c’est aussi la BO du film et le titre du nouvel LP de Bowie. L’album est produit par Arif Mardin, un vétéran du son Atlantic, qui travailla aussi avec Chaka Khan, Average White Band, avec les Bee Gees durant les 70’s et, qui a produit plus récemment, Culture Club, Aretha Franklin et Scritti Politti. Le LP contient déjà deux simples : « Underground » et « When the World Falls Down »,des instrumentaux du film et quelques surprises. Soul en diable, «Underground» est épaulé gospel par le Radio Choir of New Hope Baptist Church. Et la vidéo est l’œuvre de nul autre que Steve « Electric Dreams » Barron. Le réalisateur irlandais nous explique :

Underground

Steve Barron filme Bowie pour « Underground »

« Le clip incarne la voix interne de Bowie. Il joue dans un club et en sort par l’entrée des artistes. Atmosphère cinéma noir, il s’engage dans une allée qui finit en cul de sac. Le clip cultive ce côté fantastique. Bowie disparait soudain, avalé par le sol. Dans ce monde souterrain, il devient un Bowie animé par scratch-animation (animation grattée), un procédé mis au point à Paris par Solweig Von Kleist. Celle-ci utilise une aiguille à tricoter pour gratter une amorce de film baptisée » spacing ». C’est sa manière de dessiner elle est très douée. Sous terre, Bowie devient indissociable du monde de Solweig. Grâce à une boule de cristal, « Dark Crystal »- au nom prémonitoire- Bowie parvient à regagner le réel pour échapper aux créatures. Mais il doit d’abord passer par la métamorphose: en deux secondes, tous les looks adoptés par Bowie au cours des vingt dernières années défilent à l’écran. Il regagne le club, qui cette fois est vide. Il revient dans la contre-allée, pour retrouver la porte tridimensionnelle, mais sans succès. Peu importe, les personnages sont sortis des catacombes, mais cette fois ils sont vrais. Depuis le début du clip, c’est la première fois qu’on découvre les véritables farfadets d’Henson. Aux pieds de Bowie, le sol éjecte le cristal qui explose; Bowie déchire le mas- que de son visage pour révéler les traits de sa copie scratchée. C ’est le syndrome Alice au pays des merveilles. Parmi tous les vidéo-artistes que j’ai pu côtoyer, Bowie est de loin le plus pro. Michael Jackson, par exemple, développe un immense feeling. Il est très sage, très calme, très gentil. Mais lorsque nous avons fait «Billie Jean » j’avais toujours peur qu’il me file entre les doigts avant de tourner la prochaine prise. Bowie est pro à 100 %. On sent qu’il adore flirter avec la caméra. Naturellement il sait se mettre en place  et jouer avec elle. Il la charme, il la séduit et à travers elle, c’est nous qu’il charme et séduit. Forcément »

Bowie scratché

Bowie scratché par Solweig Von Kleist

Bowie scratché

Bowie scratché

Réalisateur de l’année, Barron a raflé tous les méga-tubes en expérimentant à chaque fois une nouvelle technique. Le rotoscope pour intégrer le blondinet fadasse de A-Ha dans une BD ou l’animation par ordinateur pour le somptueux « Money for Nothing » de Dire Straits. Le réalisateur anglais nous prépare aussi un « Thank You Woman » pour Culture Club, dans lequel il a injecté de larges extraits de « Et Dieu Créa la Femme » de Vadim. C’est que Steve Barron est un fan avoué de BB, il collectionne tout ce qui a trait à Bardot! A l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas vu « Underground » qui n’était pas encore monté, mais je parie assez pour la claque. Bowie et Barron se sont rencontrés plusieurs fois près de Gstaad pour élaborer le story-board. C’est donc un travail commun, contrairement à tous les clips de David Mallet. Bowie apprendrait-il à partager ? En attendant qu’il nous entraîne à sa suite dans « Labyrinth », notre vidéo star produit, chez lui en Helvétie, un nouvel album d’Iggy Pop- ce sera « Blah Blah Blah » qui sortira en octobre 1986-  la 4éme et ultime collaboration entre les deux icônes NDR-. Mais « l’Iguane et le Dandy » c’est déjà une autre légende, une autre image, un autre clip…

 

Publié dans le numéro 216 de BEST daté de juillet 1986

 

BEST 216003 - copie

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *