DANS LE HAREM DE PRINCE

Lovesexy TourVoici 30 ans dans BEST, GBD explorait avec délectation toutes les chambres du harem de Prince. De Sheila E à Taja Sevelle en passant par Vanity et Jill Jones, sans oublier Appolonia, la proscrite, la mystérieuse Camille ou Tyka Nelson, la propre sœur du Kid, il les avait presque toutes rencontrées. Enquête exclusive au pays magique du parc psychédélique de notre vénéré nain pourpre. Flashback…

BEST 241Forcément capturé au Paisley Park Studios, « Lovesexy » , le 10éme album officiel de Prince sort en France cet été 1988, sous sa scandaleuse et brillante couverture signée de notre JB Mondino national, et à cette occasion, Christian Lebrun, le rédacteur en chef de BEST décide de lui consacrer la « une » du mensuel de la rue d’Antin. Il confie ainsi un papier « d’humeur » à Laurence Romance et un entretien des deux sécessionnistes de the Revolution à notre cher François Ducray. Et à GBD, le papier  ci-dessous consacré aux « girls » de Prince, puisqu’il les a toutes interviewées 😉

 

Publié dans le numéro 241 de BEST sous le titre :

 MUSIQUES DE CHAMBRE

Dans le palais du Kid, il y a cette tour de cristal violet dont il est le seul à posséder la clef. Boudoir, chambre à coucher, cours du soir où la nuit porte jarretelles, dans le voisinage on raconte que tant de jolies plantes torrides et entêtantes s’y sont succédé…Le Paisley Park, le parc psychédélique de Prince est une réalité de marbres et de glaces. Je l’ai moi-même visité. Studio d’enregistrement 48 pistes digitales où tout est piloté par ordinateur, méga-salle de danse aux murs tapissés de miroirs, sound-stage vaste comme la cathédrale de Chartres, chambre forte indestructible qui renferme toutes ses bandes-master (et tant de trésors inédits), terrasse perso du Kid en forme de piano à queue et purple tower sous le soleil, le Park est un merveilleux outil de travail pour le plus Lovesexy de tous les allumés du son.The Kid

Mais loin des rives du Mississippi, à des années-lumière de Minneapolis, Minnesota, existe un autre Paisley Park bien plus spirituel. Neverneverland idéal, l’imagination de Prince Roger Nelson est une incommensurable planète sensuelle. Un océan agité sur lequel les sex-waves roulent les unes à la suite des autres, car Prince les a faites à son image. Corps à corps et bas résillés, fusion furieuse du funk et du rock, sueur et chaleur, ces petits lapins sont des monstres d’érotisme. De Sheila E à Taja Sevelle en passant par Vanity et Jill Jones, le harem princier vaut bien tous les centerfolds de Playboy. La tour de cristal violet est une fantaisie signée Prince où chacune de ses girls hante une chambre de rêve: welcome… et suivez le guide GBD !

 

SHEILA E

Sheila ETapissée de feuilles d’or fin, la chambre de Sheila E est un nonchalant bordel d’objets de percussion et de hi-fi sophistiquée. Brune et si fine qu’on croirait la casser. Sheila est un étonnant alter ego pour le Kid. Lorque j’ai rencontré Prince, je me suis dit que pour la première fois de ma vie de rock critique, mon client était encore plus chétif et plus malingre que moi. Sheila E. c’est un peu la même histoire. Mais ne vous fiez pas aux apparences, sa fragilité dissimule une créativité exacerbée. Fille et sœur des batteurs qui ont inventé le «latin sound » de Sausalito, multi-instrumentiste, ex-choriste de Marvin Gaye et de Lionel Richie, lorsqu’elle rencontre Prince en 78 à LA, leur relation se crée instantanément sur un pied d’égalité.

« Prince et moi avons grandi l’un à l’écoute de l’autre. Nous sommes si proches depuis si longtemps, qu’au niveau de nos influences, c’est le principe des vases communicants D , raconte Sheila Escovedo. Et son sang chicano véhicule un beat irrésistible pulsé dans la fusion minneapolitaine. Trois LP sur le label Paisley Park et fidèle compagnon de toutes les tournées princières, Sheila a incontestablement une place à part dans ce harem.

 

VANITY

Action-Jackson-Movie-PosterMurs blancs incrustés de diamants, dans cette pièce flotte encore le parfum capiteux de la plus entêtante des filles de Prince. Si Vanity a fait le mur depuis bien longtemps, sa présence est encore perceptible sous la tour de cristal. Canadienne, née d’une mère allemande et d’un père d’origines black et Comanche qu’elle a à peine connu, Denise ne distribuera pas longtemps des cirés jaunes aux touristes des Niagara Falls. Bien vite alpaguée par la photo et la mode, la Vénus de papier le sera aussi par le Kid. La légende veut qu’il l’ait d’abord baptisée Vagina, comme on le comprend. Visage d’ange, yeux noirs comme des lacs sans fonds, bouche fruit exotique aux lèvres humides, souplesse féline, lorsque je l’ai interviewée, je me sentais comme le silex au fond du Zippo. Si Vanity n’est pas la nouvelle Aretha Franklin, qui s’en souciera ? Elle a plus de sex appeal que toutes les alcalines du monde et elle en joue, la diablesse, en parfaite experte. Provoc et exhibo en diable, elle dévoile aisément aussi bien ses formes que ses fantasmes aux journalistes. Enfin à certains journalistes…privilégiés 😉

«C’était à LA, au cœur de la nuit,  il m’avait allongée sur le capot d’une auto garée dans un parking souterrain. Ah ce son ! Je criais de plaisir et en même temps je savais que n’importe qui pouvait nous surprendre. C’était si excitant, le contact du métal sur nos corps et l’écho qui se jouait de notre jouissance… »

Action-JacksonSon genou, nonchalamment collé au  mien, Vanity, se jouant de sa robe échancrée, n’avait pas cessé de dévoiler inlassablement et alternativement ses seins durant l’entretien. D’un caractère en acier trempé, en plaquant son groupe Vanity 6 et le nid du Kid, elle brise le rapport haine-passion qui les liait. En 1985, à l’aube de sa carrière solo vinyle et ciné, elle me déclarait :« Mon départ de Minneapolis n’est pas une rupture, c’est juste une preuve de maturité. J’étais totalement inexpérimentée en arrivant et j’en suis repartie avec une foule d’expériences. C’est comme si j’étais allée à l’école. »

Après deux LP ratés et un film stérile, « Le Dernier Dragon », ce petit animal sensuel est aujourd’hui la vedette du film  « Action Jackson » dans les bras musclés de Carl Weathers. Sydney Ash, son personnage, est une chanteuse junkie, mais le plus intéressant c’est le retour musical de la Belle au Minneapolis Sound. Jesse Johnson, l’ex-the Time, a produit d’eux titres pour le film, et Vanity y retrouve sa pêche d’antan. Si Vagina ne revient plus jamais au harem, elle n’en est vraiment guère éloignée.

 

CAMILLE

Lovesexy 12 inchChambre de miroirs, lit et mobilier vitrifiés pour la mystérieuse Camille. Souvenez-vous du maxi de « Sign O The Times ». La même question nous hantait, who’s that girl ? Si ce lieu est en fait perpétuellement vide, c’est que Camille n’existe pas. Pseudo transsexué du Kid pour sa voix accélérée, Prince réactive Camille à son bon plaisir. Héroïne du mythique « Black Album », on la retrouve aussi sur un pirate de sa sérénissime pourprerie. L’équivoque de l’existence de Camille avait été savamment entretenue par la pochette du maxi « Sign O The Times» et l’incertitude de cette cuisse dénudée: lui ? Pas lui ? Vraie-fausse réponse  car lors de la tournée du même nom qui s’ensuivait: Cat, la très féline danseuse, arborait la même ultra-mini-robe fendue. Après avoir rappé sur l’album  « Lovesexy », elle devait encore cette année être de la revue…

 

JILL JONES

Jill Jones by JY Legras

Jill Jones by JY Legras

Celle-ci, maintenant, est tapissée de volcans et de lunes au zénith: la chambre de Jill Jones est un écrin radieux où étincelle toute sa beauté. Après Vanity, la plus troublante des girls de Prince appartient à sa suite depuis ses seize ans. Black militante et bourrée de charmes. Jill a joué au blitzkrieg sur nos libidos. Car si le Kid avait baptisé Denise « Vagina », comment ne pas fantasmer sur ce « Mia Bocca » qu’elle susurre tout au long de son hit clippé par Mondino.

« Lentement, mais sûrement, Prince a fini par m’avoir. Et moi j’étais assez timide, j’osais à peine lui montrer mes chansons, mais il me parlait sans cesse de mon «potentiel», c’est ainsi que tout a démarré. Ça nous a pris un an de studio entre NY et LA, mais nous avons enregistré tant de trucs que l’album est déjà un «  Best of ».

Extra-terrestre dans sa robe Alaïa, Jill est bien loin de la petite serveuse timide qu’elle incarnait dans « Purple Rain ». Son LP en partie écrit et produit par Prince est un des rares succès du parc. Mais Jill n’est-elle pas une fleur luxuriante ?

 

TAJA SEVELLE

Taja Sevelle by J Y Legras

Taja Sevelle by J Y Legras

Dans cette chambre rose drapée de soieries, on retrouve Taja Sevelle et son jean lovesexy-à-trous-trous. Née et élevée à Minneapolis, la brune Taja prend des cours de danse et de théâtre en montant ses premiers groupes. Garçon manqué, fille de ferme et livreuse de journaux pour subsister, elle finit par rencontrer le charmant Prince dans la chaleur électrique du légendaire First Avenue :

«Mes cheveux pointaient de 60 centimètres dans toutes les directions », susurre Taja, «  Prince m’a remarquée et m’a demandé qui j’étais. Je lui ai parlé de mes maquettes, il a voulu écouter. Il a dû craquer puisqu’il m’a immédiatement offert un deal sur Paisley Park. »

Contrairement à ses habitudes, le Kid n’est pas venu une seule fois en studio avec sa nouvelle protégée. Il signe deux titres du LP et quelques instruments, mais il s’est contenté d’expédier une bande. Lorsqu’on parle à Taja de son conte de fées, elle se contente de sourire.

« J’ai toujours visualisé tout ce qui pouvait m’arriver » reprend-elle, « c’est bien plus fort que le rêve, car tu sais que ÇA va arriver au lieu de te demander SI cela peut arriver.C’est toute la force de la conviction.»

« Love is contagious” chante Taja, d’un filet de voix acidulé. Mais comment a-t-elle contracté son virus… heu… de manière princière bien entendu ?

 

DALE BOZZIO

Dale BozzioAu dernier étage du harem, on trouve cette chambre tendue de cuir noir et de chaînes. Dale Bozzio, l’ex-chanteuse de Missing Persons s’y est installée, après y avoir été conviée par le Kid. Sexe humide, flash sados-masos, Dale se vante d’avoir fait le clip le plus érotique de l’histoire du rock and roll. Sûr que son fessier s’agite frénétiquement sur le (s) muscle(s) d’un beau black, mais cela suffit à peine à éclipser Emmanuelle 18. Petits cris à la Nina Hagen, les formes généreuses de la Bozzio font le reste, mais la fusion ne peut toutefois y retrouver tout son compte.

 

 

 

APPOLONIA

AppoloniaDans les combles de la tour de cristal vit la Cendrillon du Paisley Park. Qui se souvient encore d’Appolonia Kotero, et de son groupe Appolonia 6. Avec Brenda et Susan, les deux ex-équipières de Vanity 6, la pauvre pouffe attend toujours son heure, en rongeant son frein. De temps à autre, son nouvel LP -depuis 4 ans- est programmé dans les sorties Warner et trois petits tours et il disparaît. Pauvre Appolonia, toi qui t’étais vantée au cours de notre rencontre de bâtir une carrière, quelle carrière ?

 

TYKA NELSON

Tyka NelsonEnfin, aux portes du harem on trouve cette fille qui campe dans l’herbe violette et qui ressemble au Kid de manière si troublante. Et pour cause, Tyka Nelson est la sœur de Prince Rogers et son premier LP, « Royal Blue a, est produit par l’ex-Révolution David Z. Gadget anecdotique du Minneapolis Sound, Tyka me rappelle le tout premier LP de Janet Jackson. Le potentiel existe, il est même princier, mais il est loin, hélas, d’être développé. Tyka a encore du chemin à faire sur la route de la sensualité. Et pourtant, avec un tel frangin…

Ce soir, la lune est pleine et sa lumière irradie la tour-harem. Si le Minneapolis sound est plus riche que l’hémoglobine, sa sérénissime Altesse doit se demander sur quelle gorge elle va poser ses quenottes. Prince est un vampire émotionnel génial ; lorsque ses proies échappent à sa domination, elles dépérissent le plus souvent. Sexe et immortalité règnent au parc psychédélique, mais il ne faut s’en éloigner sous aucun prétexte.

  

Publié dans le numéro 241 de BEST daté d’aout 1988BEST 241

 

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