ASAF AVIDAN « Anagnorisis »

Asaf Avidan4éme album international et 7éme en incluant ses CD israéliens, trois ans après son vibrant « The Study on Falling » Asaf Avidan revient en force avec cet « Anagnorisis » au patronyme étrange dérivé d’un concept poetico-philosophique. Portée par son incroyable voix d’écorché vif, l’émotion est ici poussée à son paroxysme, dans l’étrange beauté de ses mots, tel un Leonard Cohen réincarné.

Asaf AvidanTout d’abord, pour bien comprendre tout le concept caché derrière l’album, un peu de définition : l’anagnorisis (mot féminin ; pluriel anagnoriseis) est proprement l’action de reconnaître ou la « reconnaissance », c’est-à-dire la découverte tardive d’une identité que l’on n’a pas su percevoir de prime abord. Le bien nommé « Anagnorisis » a été capturé à Tel-Aviv puis au Different Pulses studios… comme le titre de son premier album, situé en Italie. Or, sur les crédits on peut lire « Services d’urgence de l’hôpital de Pesaro : immense remerciement à tous les médecins et infirmières qui m’ont donné la possibilité de continuer à faire de la musique. » Maladie ou accident, anyway manifestement Asaf leur doit une fière chandelle et, du coup, on comprend mieux toute la symbolique autour de son concept de l’anagnorisis, ainsi que ses références à la mort et à Lazare, justement revenu d’entre les morts. Et tout commence avec« Lost Horse » puissante love story à la dérive, pulsée comme un cœur palpitant, irrésistible balade climatique et tendre, comme un clin d’œil à travers les décennies  peut-être au « Wild Horses » des Stones. Il existe aussi une version alternative, en duo franco-anglais en compagnie MC Solaar qui n’est hélas pas sur l’album ( même pas en Bonus track 😭) … mais avec ou sans Claude MC, portée par sa sombre beauté, c’est incontestablement le premier hit de ce projet. Mais vous vous en doutez, il ne va longtemps demeurer orphelin, la preuve par « 900 » portée par des chœurs angéliques, aux confins du gospel, pour une nouvelle composition aussi dramatique que chair de poule sur le thème du dépit amoureux, et toujours cette voix si haut perchée, comme s’il fallait prendre de la hauteur pour vraiment mesurer une douleur stratosphérique. Décidément, chez la star israelienne, black est toujours aussi beautiful car son « Earth Odyssey » est une pure soul blanche émotionnelle où Asaf emprunte quasiment la voix de Tina Turner, mais avec un feeling digne du prophète Leonard Cohen, pour un texte à la poésie elliptique et un je ne sais quoi de David Bowie si autobiographique lorsque les chœurs vocalisent à notre héros : «  Oh no, you’re not that strong », en référence directe à sa propre fragilité.

Asaf Avidan

Asaf Avidan by Paolo Santambrogio

Évanescent « No Words » sur une voix soprano au point qu’on dirait presque Antony/ Ahnony pour un titre aérien aussi délicat que sublimement planant où les larmes qui coulent laissent un gout salé. Sans doute une des plus belles compositions de cet album lumineux. « Anagnorisis » la chanson-titre du CD, triste comme un jour d’automne forcément pluvieux est une complainte déchirante hantée par la mélancolie. Portée par une triste trompette à la Morricone, elle ne saurait laisser quiconque indifférent… tout comme son clip magnifié par Wim Wenders ! Avec « Rock of Lazarus » après une intro quasi-klezmer , on découvre un joli  cold funk acoustique sur une base piano classico-Chopinesque, et l’on ne peut s’empêcher de songer à David Bowie et à son « Black Star » hanté par ce même Lazare, comme un hommage post-mortem à celui qui compte sans doute parmi ceux qui ont le plus inspiré Asaf. Suit « Wildfire », climatique et incroyablement sensuel, comme une BO pour un film imaginaire de Tarantino, si délicatement rock, un des diamants de cet album, lorsque « Indifferent Skies » se la joue délicatement rétro, comme un vieux hit des 50’s à la « Since I Don’t Have You » des Skyliners, mais arborant aussi et toujours ce côté « déjà vu » de Leonard Cohen ; Asaf prouve que, décidément à chaque projet, il ne fait que gagner en maturité. « Darkness Song » est sombre… comme son nom l’indique, avec une once de John Cale et toujours Cohen en filigranes, dont il se révèle l’un des plus spirituels parmi ses fils adoptifs. La lumière des ténèbres, tout est dit dans ce paradoxe à la Avidan. Enfin, l’album s’achève sur « I See Her, Don’t Be Afraid” et là ce n’est plus du tout pas la même voix qui se fait entendre… c’est peut être la première fois qu’Asaf chante de son « autre » voix, une voix bien moins haute qu’à l’accoutumée, comme s’il voulait faire naitre l’espoir à travers l’acceptation, l’anagnorisis donc de lui-même, mais en version apaisée, une fois la douleur envolée et la page de son existence définitivement tournée. A notre première rencontre, voici huit ans, ne m’avait-il pas expliqué que cette voix si haute et si déchirante lui était venue naturellement après la plus violente des ruptures amoureuses avec sa fiancée de l’époque ( Voir sur Gonzomusic  https://gonzomusic.fr/asaf-avidan-lombre-doree.html ,   et aussi   ) ? À quarante ans, la route est encore longue pour Asaf Avidan…

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