ALPHA BLONDY : ALPHA COMME ABIDJAN

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Alpha Blondy

Voici exactement trente ans, en octobre 1985, Alpha Blondy faisait pour la première fois son entrée dans les colonnes de BEST. Ainsi après Touré Kunda et le Xalam, le rasta d’Abidjan s’imposait dans le mag rock favori des Français tandis que Rock & Shnock s’évertuait à mettre en couverture des filles aux gros seins. Souvenirs du puissant métissage musical que faisait alors régner le regretté Christian Lebrun dans le mag rock favori des Français.

 

Alpha Blondy En ce temps-là je n’avais pas encore rencontré mon pote Lucky Dube, le Bob Marley de l’Afrique extrême, mais cela n’allait pas tarder. Quant à Tiken Jah Fakoly, à 17 ans il succombait justement au reggae africain d’Alpha en rêvant de ses premières chansons. En parallèle de BEST j’assurais « Planète », l’émission « rock » quotidienne de RFI. Or je n’avais pas oublié qu’un peu plus d’un an auparavant, pour ma toute première émission au micro de Radio France Internationale, Alpha était mon tout premier invité, déjà accompagné de son irrésistible « Brigadier Sabari (Opération coup de poing) ». Aussi, lorsque l’album est enfin sorti en France, je n’ai pas eu grand mal à convaincre Christian Lebrun de me laisser publier une ITW de ce drôle de rasta allumé dans son magazine. Nouveau son, nouvelle fusion, contrairement à son « collègue » de R&F, le sclérosé Philippe Paringaux, Christian lui était toujours partant pour mes explorations soniques. Jamais je ne trouverai de mots suffisamment puissants pour lui rendre l’hommage qu’il mérite. Quant à Alpha, il va bien, Jah merci. De son vrai nom Seydou Koné, il a publié en mai dernier son 17éme album intitulé « Positive Energy » et je lui adresse toute mon amitié. Par contre, la Cote d’Ivoire n’est hélas plus le havre de paix et de prospérité évoqué par Alpha, triste constat 30 ans plus tard.

 

Publié dans le numéro 207 de BEST

 

Reggae. Ganja. Kingston? Non. Reggae. Ganja. Abidjan. Cool running Alpha Blondy nous vient de Côte d’Ivoire. Son reggae lui ressemble, effilé et musclé. Un reggae venu d’ailleurs puisqu’il tire toute son énergie du continent africain. Alpha est à lui seul un drôle de choc culturel, fondant sur Marley, Tosh et les autres mais ne reniant pas ses influences. la kora, bien sûr, mais aussi la guitare électrique. En mélangeant ainsi rock, funk, afro et reggae, il est sans doute ce qui se rapproche le plus d’un Prince en version africaine. T-shirt veste de combat léopard, jean de velours rouge et boots en daim. Allumé comme une torche, il n’est pas surprenant qu’il ait baptisé sa boîte de production Solar System:Alpha Blondy

« L’esprit file plus vite que la lumière », me lance Alpha dans un discours anti-nucléaire assez virulent «. notre instinct de survie est notre garantie la plus sûre pour la paix ».

Pacifiste mais militant, après avoir chanté la « Révolution interplanètaire » sur son premier LP « Cocody Rock », il s’attaque maintenant à l’apartheid sur son nouveau Maxi. Histoire de fêter son prochain concert parisien, trinquons au thé à la menthe avec AB dans son petit appart’ de Clichy. Sur la mini chaine, an entend le rythme syncopé de sa voix qui chante: « America break the neck of this apartheid … ». Sur la table basse, une pile de photos et Alpha Blondy remonte le temps. Sur ce cliché, platform-boots et pantalon à pattes d’éléphant, Alpha était « glam-rock » en 72 : « Je ne sais si je pourrais encore les porter ? », commente-t-il, « mais comme cela m’amusait à l’époque et que les modes sont cycliques, dans six mois ce look reviendra à la mode. » Sur un autre Kodachrome, Alpha le crâne rasé ressemble au chanteur de Midnight Oil. la sueur coule à grosses gouttes sur son crâne brillant tandis que ses yeux s’accrochent au ciel comme s’ils cherchaient à le détacher. E.T Blondy chausse des rangers. Commentaire : « Je portais ces chaussures pour aller me recueillir à Nine Mile sur la tombe de Bob Marley ». Sur une autre photo, on le voit avec des verres-miroirs à Londres participant au fameux Reggae Sunsplash. Décidément, Alpha cultive son coté rasta aux mille visages. A ce propos, la pochette de sa nouvelle galette est un cadeau de fan, une peinture du village de Dalou extraite du musée personnel d’Alpha.

 

Kodachrome

 

Alpha Blondy « En Afrique, on m’offre souvent des cadeaux. Cette peinture en fait partie, ainsi qu’une douzaine d’autres. On m’a aussi donné une statue en pied.

En bois?

Non en béton. Elle est chez moi à Abidjan. Elle est superbe cette statue, mais tout à fait intransportable. C’est marrant, avec un tel objet dans une maison; à chaque fois que tu bouges, tu as l’impression que la statue bouge avec toi. »

On continue le jeu des photos. Sur celle-ci, Alpha est manifestement sur scène à Abidjan et il se penche avec respect vers un personnage officiel: « C’est Houphouët-Boigny, le Président. Il est cool Houphouët, c’est un rastaman car il se bat pour le triomphe de la paix. J’ai d’ailleurs composé une chanson pour lui « Jah Houphouët». C’est un futé, notre Président, car il a su composer avec vous les Français, nos envahisseurs bien aimés, comme on dit là bas, pour emmener la Côte d’Ivoire vers l’ère technologique. Certains pays africains n’ont pas compris le sens profond de la coopération. Si tu me dis, tiens Alpha prend cet ordinateur et dès que je l’ai en main je fais: merci pour le cadeau, tu ne me donneras jamais un autre computer. Par contre, si je t’offre autre chose en échange, j’aurais autant de machines que je le souhaite. Houphouët, il sait être prudent avec le peuple. Mois il sait aussi être efficace: au Mali, on a faim, pas à Abidjan. Il n’y a jamais de couvre-feu. Tu peux bouffer, danser, faire la fête toute la nuit. Le seul problème c’est qu’on a supprimé les bus de nuit. Il ne reste que les taxis, mois ils sont souvent inspectés par la Police à cause des infiltrés de Kadhafi et de leurs trafics d’armes. Mais dans les clubs, c’est la folie. Rock, afro, funk, tu trouves tout ce que tu veux. C’est sans doute grâce à eux que j’ai découvert des musiques aussi différentes. D’ailleurs, les légionnaires, ils ne veulent jamais quitter Abidjan. Là bas ils s’éclatent. Ils zonent avec les kids du ghetto. Ils fument et sont tout le temps super high. »

Sur le maxi, Alpha Blandy s’est offert une reprise … de lui même. Le titre imparable « Brigadier Sabari  (Opération coup de poing)» figurait déjà sur son premier LP – inédit en Europe. Avec les déhanchements et la nonchalance du reggae Alpha y raconte sa triste expérience d’une bavure policière un soir de rafle, ce qu’il appelle avec humour et au sens propre une « opération coup de poing « . Sirènes de police en avant, le titre propulse la voix d’Alpha sur l’axe Kingston-Abidjan. Ce « Brigadier » est mon petit préféré, peut-être à cause des mots français injectés dans le texte. Alpha, je vous l’ai dit, aime les chocs. En Afrique, ses concerts rassemblent des milliers et des milliers de fans. Le 28 septembre, Blondy monte au Zenith, et je parie qu’il ne sera pas le seul à décoller.

Publié dans le N°207 de BEST daté d’octobre 1985BEST 207 small

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