ALAIN CHAMFORT « Le désordre des choses »

Partager

 

 ALAIN CHAMFORT

Trois ans écoulés, depuis son éponyme dernier album, bien trop longtemps dirons-nous, malgré l’heureuse parenthèse des « versions revisitées » de son « meilleur » de 2016, Alain Chamfort revient enfin avec le lumineux « Le désordre des choses » et ses dix titres en parfait équilibre entre rétro coolitude et modernité pop. La force d’Alain Chamfort, c’est qu’il sait autant nous faire sourire que nous toucher au plus profond, alternant docte sagesse et futile  légèreté comme Bruce Wayne se transforme en Batman en un tour de main. Pour dépeindre ce disque, en un mot comme un seul et pour paraphraser Alain himself : géant !

 

Le désordre des chosesNous avions une discussion à son sujet, voici seulement trois jours, avec mon vieux complice Rachid Taha. Et lui et moi partagions le même jugement sur Alain Chamfort. Quel personnage impeccable ! Aussi simple que talentueux, aussi généreux que doué pour nous toucher de sa musique, un des derniers héros de l’Hexagone depuis le départ de Serge et de Bashung. Quelque temps auparavant, j’avais déjà eu le même échange avec Philippe Draï , le fameux batteur/percussionniste de Bashung ( justement), Renaud…qui a aussi travaillé avec Chamfort et lui aussi ne tarissait pas d’éloges, aussi bien artistiques que humains. Rien de surprenant donc à ce que les chansons d’Alain Chamfort puissent autant nous toucher puisqu’elles lui ressemblent : elles sont vraies. Sans frime ni artifices et pourtant si sophistiquées. Certes, Alain n’écrit jamais ou presque ses textes, laissant à d’autres, comme son complice Jacques Duvall  ou Serge Gainbourg, le soin de tisser des mots sur la trame de ses chansons. Cette fois, il a confié cette mission à Pierre Dominique Burgaud, qui signait déjà les textes du projet biographique « Une vie Saint-Laurent » en 2010. Et ma foi, on peut dire que ce 14éme album-studio, qui marque 50 ans d’une incroyable carrière, tient toutes ses promesses.  « Le désordre des choses » démarre sur le piano tout simple de la déjà classique « Les microsillons », premier single avant-coureur de l’album. Superbe et émotionnelle, avec son texte à fleur de peau, ses jeux de mots tendres et nostalgiques sur l’âge qui passe inexorablement. « Les chanteras-tu toutes mes chansons lorsque la vie aura coupé le son ? » s’interroge Alain, comparant son visage à la surface d’un album vinyle et le sillon aux rides gravées par la vie. C’est comme un flash de son « Ce n’est que moi »…juste un peu plus tard, sur le chemin de sa vie. La chanson-titre « Le désordre des choses » est sans doute auto biographique … mais comme une ode au hasard, qui a su si bien faire les choses pour lui. « C’est pas le génie c’est encore le hasard », chante-t-il sur une puissante envolée sentimentale portée par des violons ascensionnels pour composer une love-song grandiose aux cordes élégantes, comme sur une chanson de « Sgt Pepper ».

Nous n’avons pas fini d’opter sans équivoque pour « Le désordre des choses » !Alain Chamfort

Décidément, le thème du temps qui passe ne le laisse pas indifférent, puisqu’avec « Exister », une pop élégante et classieuse, Alain évoque également le crépuscule d’une vie comparé à « une nuit d’automne ». Pop introspective, mais pop jusqu’au bout des ongles et si l’on pouvait en douter, la suivante au titre sans équivoque de « Tout est pop » nous offre THE hit…un titre idéal créé par un expert ès pop music, avec un super texte, qui colle forcément à la peau d’Alain, en néo Gainsbourg en guise de profession de foi sur la piste de son « Comic Strip ». Particulièrement festif et léger, « Tout est pop » nous entraine sur son beat léger. Plus classique, dans le sillage de « Manureva »… ou de « Chasseur d’ivoire », « En attendant » se la joue un peu Souchon sur les bords, à la fois contemplative et délicatement électro-funky, bref, du GRAND Alain sur le thème (décidément) du temps qui passe. Sublime mélodie, avec « En regardant la mer », Alain nous offre un slow aquatique un peu à la manière de Bryan Ferry, pour nous offrir la plus joyeuse et insouciante balade estivale. Sur ses séquences synthés lumineuses, « Sans haine ni violence » est un titre funky léger cool et mélancolique, presque un jerk modèle 70’s, sur un texte fun. Musicalement, on songe à nouveau à Ferry et à son chaloupé de « The Real Thing ». Un des atouts majeurs du CD…mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Waw ! Tel est mon premier sentiment à l’écoute de « Palmyre », le slow qui fait dire « waw ». Magnifique love song, super mélodie, super phrasé, super texte chair de poule, « Palmyre » nous laisse littéralement sans voix, avec un pouvoir planant, carrément Pink Floydien, du côté sombre de la Lune…mais Palmyre est en Syrie… Alain se joue de la dualité entre la ville et une femme preuve que l’art et l’amour sont plus fort que la guerre et la dévastation. Enfin, cet album qui s’écoute à la vitesse de l’éclair s’achève sur « Linoléum », ardente composition rétro cool chuchotée et dépouillée …ad libitum, toute en slow motion. On songe un peu Bashung, mais on n’est pas loin non plus du parlé-chanté de Serge. Musicalement, par contre on puise un peu chez Radiohead mais également chez Depeche Mode, preuve qu’à 69 ans Alain reste toujours et plus que jamais un  jeune homme moderne. Montée en intensité…et épilogue carrément électro, Alain Chamfort nous offre un véritable trip sonic for the masses…. Bref, je crois que nous n’avons pas fini d’opter sans équivoque pour « Le désordre des choses » !

 

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.