JE RESTERAI INCONNU par François GORIN
Un peu moins d’un an après son dernier et autobiographique ouvrage, François Gorin nous revient avec « Je resterai inconnu ( Paddy McAloon-Prefab Sprout) » consacré, comme son sous-titre l’indique au (trop) discret chanteur-leader de ce groupe Anglais, orfèvre d’une pop aussi incisive que peut-être un peu trop futée pour Top Of the Pops, né au cœur des années 80. Cependant, je tiens à alerter tous ceux qui fantasment en quête de récits de sex, drugs and rock and roll et de groupies déchainées dans les backstages, si cette biographie du héros du Comté de Durham détaille parfaitement son œuvre musicale, elle se révèle aussi d’une chasteté monacale, la faute au chanteur et à son éternel propension à procrastiner. Et c’est bien tout le paradoxe de ce musicien qui convoite à la fois d’avoir encore plus de lumière, tout en souhaitant rester dans l’ombre à tour prix.
Résumé des épisodes précédents : voici un an mon collègue rock-critic François Gorin se mettait à nu dans son autobiographique « Mémoires d’un discomane » ( Voir sur Gonzomusic MÉMOIRES D’UN DISCOMANE ) longue et passionnée confession d’un addict multi-drogues soniques: single, LP, EP, Maxi puis CD. Cette fois, l’ex-journaliste de Rock & Folk et de Télérama s’attaque à une de ses madeleines de Proust avec Prefab Sprout et son lider maximo, l’étrange et décalé Paddy McAloon. Pour ceux d’entre vous qui ignoreraient encore qui sont ces choux de Bruxelles préfabriquées, ils émergent dans le comté de Durham, au nord-est de l’Angleterre à coté de Newcastle au milieu des 80’s, pratiquant une pop impeccable sur un improbable petit label indé, justement issu de cette ville. Pour tracer un parallèle plus récent, si Prefab Sprout était Blur alors leurs voisins de Glasgow, Deacon Blue étaient Oasis. D’ailleurs les deux formations partageaient la même passion pour Steely Dan, au point d’endosser un titre de chanson de Becker/Fagen en guise de blaze ! Et si moi je n’ai jamais interviewé McAloon, j’ai par contre souvent tendu mon micro à Ricky Ross ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=deacon+blue ) et chroniqué moult LP des Écossais. Sans doute si j’étais vraiment sensible à la musique de Prefab Sprout, je n’étais pas attiré par son mentor au point de vouloir le rencontrer. Peut-être trouvais-je sa personnalité un peu terne, comme je pouvais ressentir son manque de motivation pour venir défendre ses chansons sur scène. Pourtant j’étais particulièrement familier avec son label Kitchenware pour avoir rencontré et chroniqué Martin Stephenson & the Daintees ( Voir sur Gonzomusic MARTIN STEPHENSON & THE DAINTEES UN BATEAU POUR LA BOLIVIE et aussi MARTIN STEPHENSON WORKING CLASS HERO ) , le Kane Gang et même Hurrah !.

Paddy McAloon
Par conséquent, ce « Je resterai inconnu ( Paddy McAloon-Prefab Sprout) » nous offre une belle séance de rattrapage, une superbe occasion de replonger dans la musique de ce créateur de pop culture aussi renfermé que fantasque. François Gorin explore méthodiquement les chansons et leurs albums, le replaçant dans leur contexte, les comparant aux autres orfèvres pop de l’époque comme Talk Talk, ou aux Howard Hugues du rock à l’instar de Brian Wilson ou se Syd Barrett, nous livrant le secret à lire entre les lignes du merveilleux hit « Cars and Girls » en fait un pavé jeté dans la mare du Bruce Springsteen triomphant de « Born in the USA. Ou nous éclairant sur l’indispensable réédition de l’immense « Steve McQueen », le second 33 tours, en deux volumes avec une seconde galette en version « unplugged » qui se révèle, s’il faut en croire l’auteur, juste bouleversante et en tout cas encore plus aboutie que l’original. De même, l’inspecteur Gorin nous livre la clef du succés tout relatif de Prefab Sprout, lequel malgré son colossal potentiel n’a jamais explosé les charts US et gagné la place qu’il méritait au Panthéon du rock. Mais alors pourquoi Prefab Sprout n’est-il pas aussi célèbre que U2 ou Jésus Christ ? La réponse à cette ardente question existentielle est à lire ente les lignes de ce « Je resterai inconnu ( Paddy McAloon-Prefab Sprout )»… dont on décrypte enfin intégralement le titre énigmatique.

« Je resterai inconnu ( Paddy McAloon-Prefab Sprout) »
Par François Gorin
Éditions Le Boulon
