VANESSA PARADIS AU ZÉNITH
Jeudi dernier, Vanessa Paradis investissait un Zénith sold out pour le premier de ses deux concerts parisiens. Devant près de 7 000 spectateurs, majoritairement féminins, la chanteuse a offert un concert en forme de best of lumineux qui couvrait quarante ans de carrière. Un show festif, élégant et généreux, porté par les nouvelles chansons de son nouvel album « Le Retour des beaux jours », produit avec Étienne Daho et Jean-Louis Piérot… et par conséquent notre JCM s’en est retrouvé tout… retourné !
Par Jean Christophe MARY
Il y avait dans l’air du Zénith ce parfum particulier des soirées attendues depuis longtemps. Des files compactes devant la salle, des groupes d’amies venues revivre une bande-son intime, des couples aussi, plusieurs générations réunies autour d’une artiste qui traverse le temps sans jamais forcer son mystère. Après la première partie assurée par la chanteuse et bassiste Laure Sanchez, les lumières s’éteignent enfin. Un murmure parcourt la fosse avant de laisser place à une image presque irréelle : derrière un immense rideau transparent apparaît Vanessa Paradis, silhouette fragile et magnétique, ouvrant le concert avec « Cœur ardent ». Dès ces premières secondes, la scénographie rappelle la carrière cinématographique de Vanessa Paradis. Pendant près de deux heures, la chanteuse va dérouler un spectacle aussi élégant que vivant, entre nostalgie assumée et énergie retrouvée. Sur scène, tout semble pensé pour servir les chansons sans jamais les écraser. D’immenses écrans diffusent des images aux textures argentiques, les jeux de lumières sculptent les atmosphères avec précision et les vidéos prolongent les émotions dans une esthétique douce et sophistiquée. Le show en met plein la vue sans tomber dans la démonstration. Vanessa Paradis préfère l’élégance à l’esbroufe.
À 52 ans, l’artiste danse, se déhanche, traverse la scène avec une grâce souple et naturelle qui impressionne autant qu’elle séduit. Sa gestuelle, à la fois libre et délicate, accompagne chaque morceau avec cette désinvolture chic qui lui appartient depuis toujours. Sa voix légèrement voilée conserve intacte cette proximité singulière, cette manière de transformer une salle de 7 000 personnes en conversation intime. Autour d’elle, sept musiciens composent un groupe soudé, complice, habité par un plaisir évident de jouer ensemble. Cette joie collective se ressent immédiatement dans le public. Vanessa Paradis ne manque d’ailleurs pas de leur rendre hommage à plusieurs reprises au fil du concert, saluant leur virtuosité comme leur fidélité. L’alchimie musicale devient l’un des grands atouts du spectacle. La setlist, pensée comme un voyage à travers toute sa carrière, fonctionne comme un best of affectif. Les nouveaux morceaux du Retour des beaux jours trouvent naturellement leur place aux côtés des classiques. « Rendez-vous », « Trésor » ou encore « Ces mots simples » dialoguent avec « Marilyn & John », « Sunday Mondays » ou « Dès que j’te vois ».
Très vite, le Zénith se transforme en immense chœur. Sur « Divine idylle », la fosse se déchaîne, smartphones levés pour immortaliser l’instant pendant que la chanteuse multiplie les pas de danse sous des lumières éclatantes. Un moment de communion pop où la salle entière semble suspendue au sourire de l’artiste. Plus loin dans le concert, Vanessa Paradis présente « Les initiales des anges » avec émotion, évoquant la ville où elle a vécu plusieurs années. « Un chapitre important de ma vie », confie-t-elle simplement en souriant au public. Musicalement, le spectacle impressionne aussi par sa richesse et ses contrastes. Certains morceaux prennent des accents franchement rock, comme « Commando » ou « Tandem », tandis que d’autres glissent vers des sonorités funk et R&B particulièrement réussies. « Joe le taxi », totalement réinventé en version disco-funk, déclenche une explosion de danse dans la salle. Une relecture audacieuse et festive qui rappelle combien Vanessa Paradis aime faire évoluer son répertoire plutôt que le figer dans la nostalgie. Impossible également de ne pas évoquer l’ombre tutélaire de Serge Gainsbourg, auteur de plusieurs chansons majeures de son répertoire. Sur « Dis-lui toi que je t’aime » puis « Tandem », son écriture sensuelle et mélancolique retrouve une nouvelle jeunesse portée par une interprétation habitée.
Le point culminant de la soirée survient avec l’arrivée surprise d’Étienne Daho pour interpréter « Mi amor ». L’apparition du chanteur provoque une immense ovation. Les deux artistes affichent une complicité évidente, prolongeant sur scène le travail commun entrepris autour du dernier album avec Jean-Louis Piérot. Un moment aussi chic qu’émouvant. Pour les rappels, Vanessa Paradis revient dans une nouvelle tenue et installe une ambiance encore plus festive en enchaînant « Natural High » puis « Be My Baby », repris avec ferveur par le public. Avant un ultime changement de ton. Elle conclut la soirée avec « I Am Alive » dans une version piano-voix d’une grande sobriété. Un final délicat et émouvant. Après deux heures de concert, le Zénith reste debout de longues minutes pour une standing ovation nourrie et sincère. Comme la confirmation que Vanessa Paradis appartient à cette catégorie rare d’artistes capables de traverser les décennies sans jamais perdre leur grâce.
Set-list
Cœur ardent
Rendez-vous
Trésor
Marilyn & John
Divine idylle
Les initiales des anges
Ces mots simples
Sunday Mondays
Commando
Élégie
Pourtant
Dès que j’te vois
Les épines du cœur
Just as Long as You Are There
Il y a
Love Song
Joe le taxi
Mi amor (avec Étienne Daho)
Dis-lui toi que je t’aime
Tandem
Bouquet final
Rappel :
Natural High
Be My Baby
Rappel 2 :
I Am Alive
