GEESE  « Getting Killed »

GeeseLe terrifiant quatuor new-yorkais signe un troisième album aussi dense que déroutant où l’angoisse contemporaine se transforme en une fiévreuse matière sonore. Une œuvre exigeante, à la fois raffinée et étonnamment vivante. Formé à Brooklyn alors que ses membres étaient encore lycéens, Geese poursuit son parcours singulier au sein de la scène rock américaine contemporaine, comme un lointain écho à leurs cousins freaks les Feelies ou les Cramps. Bref, selon JCM écouter « Getting Killed » devient une question de vie ou de mort !

GeesePar Jean Christophe MARY 

 

Après « Projector » (2021), disque d’apprentissage marqué par l’urgence post-punk, puis « 3D Country » (2023), album de pop aux divagations country et psychédélique le groupe opère avec « Getting Killed » un nouveau virage. Plus retenu en apparence, mais plus complexe dans sa construction, ce troisième album capte quelque chose de l’époque sur l’instabilité et les contradictions de la génération Z. Geese, c’est d’abord une alchimie collective. Soient Cameron Winter (chant, piano), Max Bassin (batterie), Emily Green (guitare) et Dominic DiGesu (basse) quatre amis rencontrés sur les bancs de la Brooklyn Friends School et de la Little Red School House qui répètent dans le sous-sol de la maison des parents du chanteur Cameron Winter à Fort Greene. Très vite, ils enregistrent leurs premières maquettes avant d’attirer l’attention des labels indépendants. Depuis, le quatuor pense et travaille sa musique comme un laboratoire où chaque album semble effacer les traces du précédent, comme si le groupe refusait toute forme de confort artistique, toute répétition de formule. En effet sur « Getting Killed », le groupe abandonne la cavalcade country psychédélique de 3D Country pour un rock plus fragmenté, plus nerveux, nourri d’art-rock, de post-punk, de free jazz et de grooves obliques. La batterie de Max Bassin joue un rôle central avec ces rythmiques souvent traînantes, presque hypnotiques qui installent une tension sourde. Autour de ce socle, trois véritables alchimistes sonores. Cameron Winter, Emily Green et Dominic DiGesu expérimentent des textures à base de guitares tantôt tranchantes, tantôt fantomatiques renforcées de basses rampantes, le tout peuplé de cuivres et de chœurs surgissant là où on ne les attend pas.

GeeseLa voix de Cameron Winter demeure la signature la plus reconnaissable du groupe. Moins théâtrale que sur 3D Country, elle se fait ici plus retenue, presque fragile. Son timbre nasal, son vibrato naturel et sa diction décalée donnent aux chansons une impression de flottement permanent, un caractère instable, comme suspendu. Winter peut murmurer, éructer, répéter une phrase jusqu’à l’obsession comme sur « Trinidad » où le refrain « There’s a bomb in my car » revient en boucle entre angoisse paranoïaque et humour noir. Sur « Half Real » et « Husbands » il se fait plus introspectif avec une certaine mélancolie qui affleure sous la tension. L’album avance ainsi par contrastes. Les morceaux les plus tendus (« Trinidad », « 100 Horses », « Bow Down ») côtoient des plages plus contemplatives (« Cobra », « Au Pays du Cocaine »), tandis que le titre éponyme, « Getting Killed » condense l’esthétique du disque avec ces répétitions hypnotiques, cette énergie contenue, cette impression d’urgence paradoxalement apaisée. Produit avec Kenneth Blume (plus connu sous le nom de Kenny Beats !), l’album affiche un son précis et aéré, laissant respirer chaque instrument. Rien n’est surchargé, tout est pensé dans un équilibre subtil entre chaos et maîtrise. « Getting Killed » s’inscrit ainsi dans une démarche de réinvention permanente quitte à dérouter. Cette instabilité formelle reflète les thèmes abordés : la fuite, l’inconfort existentiel, le sentiment d’être pris dans une vie « acceptable » mais étouffante, comme l’exprime Winter sur le morceau-titre « I’m getting killed by a pretty good life ».« Getting Killed » est une œuvre dense qui confirme Geese comme l’un des groupes les plus passionnants de la scène rock actuelle. Un album important, parce qu’il capte les tourments d’une génération sans jamais céder au cynisme, transformant l’angoisse en matière sonore mouvante. A noter qu’il seront en concert à La Cigale, à Paris, le 7 mars. Une date attendue de pied ferme par les fans !

 

 

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