DANIEL BALAVOINE « Le meilleur de Balavoine »

Daniel BalavoineQuarante ans après sa tragique disparition, Daniel Balavoine demeure l’une des figures majeures de la chanson française. Et sans doute l’une des plus singulières par sa générosité et sa sensibilité exacerbée. Avec « Le meilleur de Balavoine », compilation répartie sur deux vinyles, l’artiste marque ce début d’année 2026 par 16 de ses compositions emblématiques traversées par l’urgence, l’engagement et une profonde exigence artistique. Une plongée essentielle dans l’œuvre d’un chanteur à la voix juste émotionnellement troublante qui fait manifestement dresser le poil sur le dos de notre JCM.

Daniel BalavoineIl est extrêmement rare qu’un chanteur célèbre offre une des plages de son propre 33 tours à quelqu’un d’autre. À ma connaissance c’est même sans doute l’unique exception de la musique. En effet, en 1974 Patrick Juvet sort « Chrysalide » son 3ème album et un inconnu Daniel Balavoine signe trois des huit titres… et la superstar helvète le laisse même chanter sa propre chanson, la troublante « Couleurs d’automne ». Dès lors le chanteur d’Alançon publie sur le même label Barclay son inaugural  « De vous à elle en passant par moi » puis l’expérimental anar « Les aventures de Simon et Gunther » avant de prendre son envol en tant que « Le chanteur »…

GBD

 

Daniel Balavoine et Patrick Juvet

Daniel Balavoine et Patrick Juvet

 

 

 

 

Par Jean-Christophe MARY

 

Cette compilation est l’occasion de nous replonger dans le répertoire de Daniel Balavoine de façon quasi exhaustive et de redécouvrir l’artiste sous un nouveau jour. Plus qu’un simple best of, « Le meilleur de Balavoine » retrace le parcours fulgurant d’un musicien qui en à peine une décennie et huit albums a profondément marqué la chanson française. Quarante ans après sa mort tragique en hélicoptère, survenue le 14 janvier 1986 lors d’une mission humanitaire au Mali, la voix de Balavoine continue de résonner avec une acuité troublante. Dix années de carrière, huit albums et une œuvre qui continue d’interroger notre rapport à la société, à l’engagement et à l’intime. Le succès de Daniel Balavoine ne s’est pas imposé d’emblée. Avant de devenir cette « voix incontournable » de la chanson française, l’artiste a d’abord connu l’indifférence du public. Ses deux premiers albums chez Barclay passent inaperçus à leur sortie. Trop ambitieux, trop sombres, trop conceptuels pour l’époque, ils révèlent pourtant un musicien déjà habité par une vision singulière. Avec Les aventures de « Simon & Gunther » (1977) Balavoine propose un disque-concept audacieux sur le thème de la liberté situé dans un Berlin symbolique traversé par les tensions de la guerre froide. Trop complexe pour le grand public, l’œuvre révèle pourtant un musicien déjà engagé dans une démarche politique proche des expérimentations anglo-saxonnes et notamment des grandes fresques conceptuelles de David Bowie. Ce projet exigeant désarçonne à l’époque le public français. La reconnaissance arrivera avec « Starmania ». Le rôle de Johnny Rockfort devait revenir à Johnny Hallyday, le choix initial des producteurs. Mais l’audition de Daniel Balavoine change la donne. Arrivé en blouson de cuir, un ouvrage de la bande à Baader sous le bras, il incarne une radicalité nouvelle. Portée par sa voix et sa présence, l’évidence s’impose : Balavoine sera Johnny Rockfort. Et avec le titre « SOS d’un terrien en détresse », le jeune chanteur entre définitivement dans l’histoire.

 

Daniel Balavoine Quarante ans après sa mort, l’impact de Balavoine sur le public reste intact. Parce que ses chansons dépassent le cadre du divertissement. Elles nous parlent -encore aujourd’hui-de responsabilité politique, d’engagement humanitaire, de justice sociale, du droit de garde des pères, de solitude et de mal-être social. Balavoine n’était pas un donneur de leçons mais un homme de convictions concerné par son temps. Il n’a jamais séparé la chanson de la réalité sociale. Son engagement humanitaire qui le conduira jusqu’au Mali n’était pas un prolongement médiatique de sa notoriété, mais une conviction profondément ancrée. À l’instar de Queen, Supertramp ou Elton John, il incarnait cette génération d’artistes des 80’s capables de conjuguer succès populaire, exigence artistique et regard critique sur leur époque. Chez Daniel Balavoine chaque chanson agit comme un acte de parole engagé. « Le Chanteur « déconstruit le mythe de la réussite artistique en exposant la solitude derrière la lumière, tandis que « Je ne suis pas un héros » refuse toute posture d’idole et revendique la fragilité comme position morale. Avec « Mon fils, ma bataille », l’intime devient politique : un combat personnel se transforme en cause collective, révélant la capacité rare de l’artiste à toucher l’opinion. « Quand on arrive en ville » extrait de Starmania dresse un portrait sans concession d’une jeunesse urbaine marginalisée, plus que jamais toujours d’actualité. « L’Aziza » véritable déclaration d’amour s’impose aussi comme un manifeste antiraciste d’une simplicité désarmante. Sur un versant plus introspectif « Tous les cris les S.O.S. » exprime une détresse universelle « La vie ne m’apprend rien » une désillusion adulte radicale. Enfin, « Aimer est plus fort que d’être aimé » et « Sauver l’amour » condensent sa philosophie. Celle de croire encore en l’amour comme acte, comme une responsabilité et une ultime forme d’engagement. Ce best of ne se contente pas de célébrer Daniel Balavoine : il dresse le portrait vibrant d’un artiste d’une sensibilité rare, à la voix hors norme, dont la droiture n’avait d’égal que la générosité. Quarante ans après sa disparition, ses chansons traversent le temps sans jamais perdre de leur éclat et continuent de nous émouvoir avec la même intensité. C’est sans doute là que réside leur plus grande force.

 

 

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