WARREN G: les 20 ans de “Regulate…G Funk Era”

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Warren G "Regulate...the G Funk Era"Janvier 1994: Warren G, le demi-frère de Dr Dre publie son  “Regulate…G Funk Era” et  débarque pour la première fois à Paris.Quatre ans auparavant, il avait déjà formé son « supergroup » le 213 – comme le code téléphonique de la région de Los Angeles- aux cotés de ses potes de Long Beach Nate Dogg et un certain Snoop Dogg. Si le trio se désintègre lorsque Snoop est signé sur Death Row records, on retrouve néanmoins le regretté Nate Dogg en duo avec Warren G sur le premier smash hit  de ce premier album: »This DJ ». Vingt ans plus tard, cet album emblématique du rap west coast n’a décidément pas pris une ride. G funk for ever !

Snoop, Warren G & Nate Dogg

Snoop, Warren G & Nate Dogg

Rencontre avec Warren G

Gangsta’ rapper star aux rimes assassines, son CD à la coolitude illimitée et si violemment addictif “Regulate…G Funk Era” habite nos platines depuis l’été, et ne l’a guère quitté depuis. Warren Griffin ange déchu dans la war zone tourmentée de la cité des Anges, incarne cette nouvelle vague du hip hop californien dans le sillage de son demi frère, l’ex-NWA Doctor Dre, et de son meilleur pote, le fameux Snoop Doggy Dogg. C’est à Long Beach, au bout, tout au bout du légendaire Pacific Coast Highway, un bled sans âme de 425.000 habitants où le paquebot Queen Mary s’est échoué à jamais, que se situe l’épicentre du rap séisme Warren G. Howard Hughes y entreposait son Spruce Goose, cet hydravion monstrueux qui ne vola qu’une seule fois. La longue plage a connu tant de destins brisés. Aujourd’hui c’est dans le chômage, la violence et la dope qu’ils se désagrègent. Mais ceux qui survivent à Long Beach ont peut être la peau plus dure que les autres. Warren a 23 ans aujourd’hui, mais son rêve de grooveur ne date pas d’hier. D’abord il a longuement observé Dre lorsqu’il inventait avec Easy E et Ice Cube la formule explosive Nigga With Attitude.

“Je passais des heures à l’observer en studio”, se souvient Warren,” et j’étais fasciné par son boulot de producteur. Je lui ai demandé de me montrer ce qu’il fallait faire et très vite je me suis lancé comme DJ et comme MC dans les soirées en m’accrochant jusqu’à ce que je finisse par être bon.” A 14 ans lorsqu’il s’entraîne à la maison avec une petite drum machine et une vieille platine, Snoop rappe déjà à ses cotés. Et c’est ensemble, avec Nate Dogg le troisième larron qu’ils feront leurs premiers écarts sur l’autoroute de la loi comme tant d’ados black éblouis par les dollars faciles et les rugissement de sirène des AK 47. Premiers coups, premiers deals, premier violon aussi.

WARREN_G“Dans la rue, il y a tant de mauvaises influences”, exprime le candide Warren,” Disons qu’ on a fait du pognon, si je peux dire et ça n’avait rien de légal. Snoop est allé en taule, moi j’y suis allé une fois ou deux. Nate y est allé aussi, mais nous n’en tirons aucune fierté.” Snoop passera six mois derrière les barreaux de LA County Wayside. Dès sa sortie, les trois forment un groupe baptisé 213 (code téléphonique de Los Angeles, comme si un groupe ici se baptisait les 16-1) et ils font leurs premières armes dans un tripot de North Long Beach, le Dub Shack réputé pour ses bastons et la qualité de ses joints. Parallèlement, ils assurent des petits jobs. Warren devient électricien, Snoop bosse dans un supermarché et même Nate s’est déniché un petit boulot.

Warren produit dans un micro studio un premier single de Snoop et le fait écouter au cours d’une fête à son demi-frère Dre. Sidéré, l’ex-NWA convoque le trio dés le lendemain au studio et le reste a déjà percuté l’histoire du hip hop à travers les ages. Dre flashe sur le boulot des gamins et les entraîne immédiatement dans l’aventure de son premier CD solo depuis le split de son groupe. Sous sa feuille emblématique du cannabis ce sera le désormais fameux “The Chronic”. Warren G enchaîne avec eux l’album de Snoop “Doggystyle” mais il faudra attendre la BO du film “Above The Rim” pour qu’explose enfin une de ses chansons, ce sera l’ultra-groovesque “Regulate” construit sur le sample de “I Keep Forgettin’” de l’ex Doobie Brothers Michael Mac Donald, chanté en duo avec Nate Dogg que le NME taxe avec un humour aux balles traçantes de “Plus cool qu’une morgue de commissariat”.

“Comme je le dis souvent, je suis un mec relax, mais si on me cherche, on me trouve,” continue le G, “Ma définition de “Regulate” c’est que si on essaie de te faire du mal, et que tu parviens à t’en tirer, alors faut y retourner et faire ce que tu dois faire pour continuer à pouvoir te regarder dans une glace”. Si “Regulate” n’est pas purement autobiographique, Warren a déjà essuyé bien souvent la chaleur des armes à feu. Mais au bout d’un moment, avec Snoop et Nate il finit par réaliser que tout ce qu’ils peuvent gagner c’est un aller simple pour le cimetière. “Man, j’ai dit à Snoop que tout ça ne pouvait pas marcher, qu’aller en prison, se foutre dans des histoires, c’était que des conneries.”url

Aujourd’hui sur son album, il prêche pour la non violence. Dans des chansons comme “Do You See”, il interpelle ses frères de ghetto aveugles à tout ce qui se passe dans la rue au nom de leur bizness. “Je sais que beaucoup de gens mettent les rappers dans le même panier de la violence, mais nous nous essayons au contraire d’être positifs. Si je parle de tout cela c’est pour que les gamins se ressaisissent et qu’ils cessent de jouer à la roulette russe de la “débrouille”.”

C’est tout l’art de la “régulation”, le pouvoir du G Funk puissant comme la “force” de Star Wars. Et il parait même que désormais les rues de Long Beach sont plus sures.

Publié dans le N°: 6 de BUZZ de janvier 1995

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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