TOURE KUNDA « Lambi Golo »

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Toure Kunda by Audran Sarzier

Toure Kunda by Audran Sarzier

 

C’est exactement comme si le temps avait suspendu son vol avec ce brillant retour des Toure Kunda, intitulé « Lambi Golo ». Flashback…voici près de 40 ans dans BEST, GBD publiait  le tout premier papier de la presse rock, consacré au groupe emblématique de la Casamance. Quatre décennies plus tard, la formation légendaire d’Ismaël et de Sixu n’a rien perdu de sa brûlante flamme africaine et, à l’écoute de ces 12 titres, on se dit que c’est si bon de retrouver l’Afrique ludique des Toure Kunda.

 Lambi GoloC’est exactement comme des cousins perdus de longue date avec lesquels on renoue enfin et avec joie. Et on se dit que, malgré les années, ils n’ont décidément pas changé. Mieux, comme le bon vin, ils se sont bonifiés. Et réécouter un nouvel album des Toure Kunda agite de sacrés souvenirs. Jeune journaliste à BEST, au tournant des 80’s, j’étais très fier de tendre mon micro aux nouveaux héros de la world music, on disait alors la « sono mondiale ». Les Toure Kunda et le Xalam seront les tout premiers artistes africains à figurer dans la rubrique « Le rock d’ici ». Christian Lebrun, notre rédac chef et moi-même y tenions énormément. D’autres les suivront, tels Youssou N’Dour ou Salif Keita, mais les Toure furent incontestablement les premiers à inscrire une musique africaine, de culture francophone, tout en haut de nos hit- parades. Car rien ne résistait aux frères, aussi puissants sur scène – on se souvient tous du double LP live historique « Paris-Ziguinchor »- que sur disques, malgré leur présence sur le petit label indé Celluloid, la France entière chantait leur « Em’ma », ou leur « Labrador »…que l’on retrouve justement tous deux revisités sur ce « Lambi Golo » comme pour mieux boucler la boucle. Tout démarre avec « Demaro », sur une attaque du saxe doré de l’invité de marque Manu Dibango. Premier titre de cet album du retour, le titre vibre sur un beat nostalgique secoué et mélodique en mandingue; et toujours en arrière-plan, le Manu saxe mythique qui pulse sa chamade cuivrée. L’émotion est parfaitement intemporelle, comme s’il ne s’était passé que quelques mois depuis la dernière fois. Harmonie, émotion et message sont toujours les trois mamelles des Toure Kunda et ils le prouvent avec cette composition en Mandingue dédiée à la fraternité. Suit « Oustache », en pur blues africain a capella, qui donne la chair de poule, derrière une simple flute. Et lorsque la batterie attaque, survient alors, vocalisé en wolof, un cool reggae roots ensoleillé qui nous réchauffe la tête et le corps.

Ce retour salutaire de la famille éléphantToure Kunda

Avec « Emma Salsa » avec Carlos Santana, nous retrouvons une vieille connaissance, puisqu’il s’agit d’une adaptation d’ « Emma », leur tout premier tube talisman de 1980…cela ne nous rajeunit pas, mais Emma…si, justement. Revisitée en version latine par la guitare magique de Don Carlos, « Emma Salsa » se la coule douce tropicale et brulante, comme un vieux rhum « anejo » descend tout au fond de la gorge, éveillant nos sens de sa douce chaleur. Irrésistible mélodie, voici 38 ans…elle le demeure toujours autant dans cette nouvelle version allumée à l’expertise guitaristique del senor Santana. Chantée à la mémoire d’un fameux chanteur de Casamance aujourd’hui décédé, Malang Adama N’Diaye, « Malang » vibre sur ses rythmes légers et entrainants qui savent si bien nous dépayser. La chanson-titre, « Lambi Golo » est un afro funky insouciant et bondissant, sur le thème de la lutte traditionnelle, un des joyaux de ce joyeux album, boosté par les cuivres et toute l’expertise des frères Touré. Elle génère un super feeling ébène, plus précieux que le bois précieux. On reste dans l’énergie positive avec « Sene Bayo », un nouvel afro funky beat au beat tropical porté par les cuivres et les percussions, doute sans un des hits les plus solides de ce nouveau disque. Et un atout majeur de ce retour en force. Après la tempête du groove, le calme de la délicate « Fatou Yow », simple comme une comptine enfantine. Rien de surprenant dans cette innocence préservée, puisqu’il s’agit en fait d’une chanson traditionnelle, populaire chez les scouts sénégalais. « Mister Farmer » feat le rasta jamaïcain Kiddus I…est en fait une reprise de leur propre mega hit des 80’s, la sublime « Labrador », qui chaloupe ici, délicatement transfigurée entre reggae et salsa, Jamaïque et Amérique du Sud unis au même rythme. Puis « Soif de liberté », en français dans le texte, est dédiée à la douleur de la Casamance, qui rêve encore de son indépendance depuis près de 50 ans. Festive et émotionnelle. Sabar percuté et cuivre en intro insouciante et cool, mélodique et porteuse d’espoir, « Deuk N Do » nous offre toute son énergie positive pour affronter l’adversité. Enfin, « Sotolal » secoué agité afro funky en diable nous entraine sur son joyeux final festif pour saluer ce retour salutaire de la famille éléphant.

 

 

 

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