THAT PETROL EMOTION IRISH LEGEND

That_Petrol_EmotionVoici 30 ans dans BEST, GBD allumait ses lecteurs au rock incendiaire des That Petrol Emotion. Irlandais du nord originaires de Derry, héritiers des mythiques Undertones, TPE s’apprêtait à publier le 3éme épisode de ses aventures soniques. Pour la sortie de leur fulgurant « End Of The Millenium Psychosis Blues » il les avait retrouvés au légendaire Town and Country Club au nord de Londres, première d’une (longue) série de rencontres. Flashback…

That Petrol EmotionAvec leur énergie imparable, les Undertones se situaient sans problème dans le top 5 de mes groupes post-punk British favoris, à l’instar de leurs collègues les Damned, par exemple. C’est dire si cet hiver 1988 j’étais excité à l’idée de pouvoir tendre mon micro aux That Petrol Emotion de John O’Neill, vaillant guitariste et principal auteur-compositeur de la formation de Feargal Sharkey. Groupe à part, alliant à la fois une énergie indomptable et un sens rare de la mélodie, la plupart des commentateurs rock s’accordent pour considérer qu’ils ont très largement inspiré le mouvement Brit-Pop des Stone Roses, Oasis et autres Blur. Mais il ne faut pas non plus négliger l’engagement politique exacerbé du rock des TPE. Farouchement irlandais, le groupe clame haut et fort son désir d’indépendance face au « colonisateur » britannique. Quatre ans plus tard, j’irai moi-même en juger durant le tournage un documentaire pour Arte sur la situation rock politique explosive à Belfast…où je retrouverai  naturellement That Petrol Emotion. Entre temps, le frère de John, Damian O’Neill était devenu très proche, on va dire, de ma copine Lydie Barbarian, fameuse correspondante rock de Libération et donc, par transitivité, j’étais à mon tour devenu pote avec Damian. Joyeux, optimiste et positif, extrêmement drôle aussi, Damian était surtout un vrai passionné. Je me souviens de nos longues discussions où lui et moi refaisions le monde…de la musique. D’ailleurs si le groupe s’est définitivement séparé début 2010, Damian lui n’a toujours pas lâché l’affaire continuant ses aventures en solo comme son dernier projet de 2018 baptisé the Monotones avec un CD intitulé « Refit Revise Reprise ».

 Publié dans le numéro 245 de BEST sous le titre:

TROISIÈME CHOC PETROLIER

Londonderry, octobre I968 une marche pacifiste pour l’application des droits civils est brutalement interrompue par les soldats du Royal Ulster. Dans le nuage lacrymogène, les coups de matraque pleuvent un peu partout ; femmes, vieillards, enfants, nul ne sera épargné. Ados, les membres de That Petrol Emotion accompagnaient leur famille à la manif. Vingt ans plus tard, ils n’ont pas oublié ces images confuses et la plaie qui déchire leur Irlande du Nord. Dans les interviews qui suivent la publication de « End Of the Millenium Psychosis Blues » leur troisième album, les anciens Undertones explosent d’indignation dans leur propos. Ils comparent carrément la situation irlandaise au Vietnam et à l’Afghanistan.

« Nous vivons sous un régime colonial, au tournant de l’an 2000 c’est pathétique. Nous savons qu’il y a toujours eu une guerre quelque part, maintenant grâce aux médias et à la communication nous savons exactement où et quand. Et nous lançons tête baissée vers la vieille image biblique d’Armageddon et de l’Apocalypse. »

Accent irish à découper à la tronçonneuse et crève inévitable à toute tournée qui se respecte, je retrouve les lrish boys et guitaristes émotionnels John O’Neill et Raymond Gorman, entre la poire et leur fromage de sound check au Town and Country Club, dans la nébuleuse nord de Londres. Sorti sur Demon en 86, le premier LP de That Petrol a été suivi d’un second chez Polydor. Aujourd’hui « End Of The Millenium… » est publié aujourd’hui chez Virgin… heu les That Petrol Emotion auraient-ils la bougeotte ?That Petrol Emotion

« Pas du tout», réplique John O’Neill, « nous étions totalement en phase avec les gens qui nous ont signés chez Polydor, mais ils ont dégagé au bout de six mois pour être remplacés par des exécutifs chauds-bises et cyniques. Fort heureusement, notre contrat Polydor avait une faille, car une des clauses était mal rédigée et notre brillant avocat a su le casser. Nous en avons donc profité pour nous faire la malle chez Virgin où l’on avait vraiment le béguin pour nous. »

Emotion forte, émotion rebelle pour That Petrol. John fustige l’absence de démocratie en Irlande :

« Te rends-tu compte que les autorités irlandaises du Sud ont livré à la police d’Irlande du Nord des militants de l’IRA au nom du principe d’extradition. Peut-on imaginer la police de Berlin-Ouest refouler des évadés du Mur en les remettant aux flics d’Allemagne de l’Est ? Avec le groupe, nous voulons rester des forcenés de l’optimisme. Jamais nous ne nous laisserons enterrer vivant ; la politique est un jeu bien trop trivial, car une bouteille vide de whisky est toujours l’annonce d’une future bouteille pleine. Dans nos chansons, c’est vrai nous donnons souvent notre opinion, mais jamais nous ne forçons personne à adhérer à nos idées. »

Le tableau irlandais est-il aussi sombre que les lunettes façon Lennon de John ?On assiste aujourd’hui a une véritable renaissance de la culture irish. Les gens se mettent a apprendre leur dialecte et l’on se remet a fabriquer des tas d’objets artisanaux que l’on croyait à jamais enfouis dans les replis des consciences.

« Aujourd’hui, le niveau de vie Irlandais est le plus faible d’Europe. Si nous voulons survivre à la CEE, notre seule chance est d’échapper à la pression qui pèse sur nous en retrouvant notre cohésion. », affirme John.That Petrol Emotion

Si That Petrol incarne l’Irlande sous la botte british, c’est aussi une toute simple histoire de famille. John a déjà une fille de trois ans Eoibhenn, au pur nom gaélique et pour assister sa femme qui attend un nouveau bébé, il s’offre une année sabbatique :

« Ma femme et ma fille nous ont accompagnés dans la tournée précédente, mais elles ont passé trop de nuits à m’attendre dans des chambres d’hôtel, ça n’est pas juste. », explique le guitariste star de TPE. Le frangin bassiste, Damian, assurera les guitares et un bassiste a été engagé pour les concerts, c’est sans problème. That Petrol échappe aux clichés du rock de manière sanglante sur la scène du Town and Country club. Riffs de guitares déchirées et tétanisées, funk neige carbonique et pogo rebondissant du public, les Irlandais cultivent l’intensité la où tant d’autres se contentent de surgelés. Steve Mack le chanteur a un réel charisme, même s’il rappelle ostensiblement Iggy l’iguane et ses déhanchements sur torse nu. Avant de me quitter, John m’avait dit: « Le seul secret de la vie n’est-il pas de conserver un esprit ouvert!» Ce soir l’esprit est carrément glasnost, transparent et pourtant indestructible. Les rockers pétrolifères créent des ravages et ça n’est que la juste rançon de…l’émotion ! 

Publié dans le numéro 245 de BEST daté de décembre 1988

BEST 245

 

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