POKEY LAFARGE “Rock Bottom Rhapsody”

Pokey LaFargeAvec son nom à coucher dehors, en fait un pseudo, Pokey Lafarge est un OVNI sonique anachronique, un bâtard caché de Dr John, dont le jazz blues résolument rétro nous fait remonter le temps jusqu’aux années folles. De son vrai nom Andrew Heissler, ce Lafarge est loin d’avoir du ciment dans les oreilles.  Avec son feeling rétro et sa bonne humeur, malgré ses faux airs de Pee Wee Herman, il nous livre son “Rock Bottom Rhapsody”, comme le laitier au siècle dernier faisait sonner son carillon en déposant ses bouteilles devant votre porte.

Pokey lafargeAu-delà de son nom chelou, Pokey Lafarge prouve tout son sérieux. Le garçon publie tout de même son 8éme album-studio en 14 ans, il mérite donc largement le respect. Car avec une recette aussi improbable  et résolument rétro, ce n’était pas gagné d’avance. Mais ce Pokey ne serait-il pas adepte des coups de…poker 😝 ? La réponse est au fond du sillon…

 

 

 

 

Pokey LaFargePar Jean-Christophe MARY

 Peu connu chez nous, Andrew Heissler, alias Pokey LaFarge, publie ces jours-ci un huitième album au puissant goût rétro blues, folk, rock, soul et jazz ragtime. Originaire de l’Illinois et expatrié en Californie il y a deux ans, le songwriter remet au goût du jour ce rock 50’s et 60’s aux refrains pop. À travers ces 13 titres vintage, au son lumineux, dotés d’une belle âme soul, il nous raconte sa descente aux enfers des addictions diverses et variées , la lente remontée en surface et puis la rédemption. C’est la foi retrouvée en Dieu qui lui aurait sauvé la vie, nous dit-il. Du fond de sa détresse, Pokey Lafarge a élaboré sa musique avec une recette toute simple : des guitares jazz swing, des pianos bastringues sur fond de torsions modernes et intéressantes. Autant de détours sonores qui traversent les territoires de la pop 60’s. L’attaque du claquement de mains et de la guitare sur « End Of My Rope » est un combustible fort et puissant renforcé par l’orgue et la guitare slide. Dès ce premier titre, on se sent immédiatement en terrain connu, un peu comme chez les Black Keys. Équipée de chœurs gospel sur les refrains,  » Fuck Me Up  » ressemble à sorte de valse à trois temps avec un gimmick piano bastringue entêtant. Ne ratez pas la vidéo promo sur le web, elle vaut vraiment le coup d’œil. « Bluebird » sorte de mambo fougueux et endiablé à la construction sonore alambiquée rappelle un peu le « Mambo # 5 » de Perez Prado, dans une version beaucoup plus sauvage, tandis que « Lucky Sometimes », ballade aux arrangements de cordes luxuriants, nous renvoie dans l’ambiance enfumée des clubs de jazz du siècle dernier. Sur « Carry On » et « Just the Same » deux ballades chaloupées, on retrouve toute la flamboyance et le groove sublimé par cette voix chaleureuse, légèrement nasillarde qui rappelle un peu Franky Valli and The Four Seasons. On retiendra surtout l’interprétation et l’intensité dramatique de ce « Fallen Angel » qui vous file la chair de poule. Fermez les yeux, vous avez l’impression que Pokey Lafarge chante en direct là devant vous. Les chansons collent à ce son swing rock qui transpire les racines profondes du sud tout en offrant des torsions 60’s intéressantes. Le reste de l’album est calibré sur le même modèle. Les textes bien ficelés donnent aux compositions ce caractère mûr et abouti. « Rock Bottom Rhapsody » est un véritable disque de rock qui combine les expériences musicales bien au-delà du cadre jazz blues traditionnel. Un album que vous allez écouter en boucle. On parie ?

 

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