LEONARD COHEN “Thanks For the Dance”

Leonard & Adam CohenVoyage au-delà de la nuit, intime comme s’il nous chuchotait à l’oreille, mon vieux poète juif est revenu tout droit de Pitchipoï pour nous halluciner à nouveau de ses mots si précieux et de cette voix d’outre-tombe qu’il avait déjà de son vivant. “Thanks For the Dance”, la dernière danse de Leonard Cohen a fait tourner nos têtes et nos cœurs. Et tant pis pour les larmes qu’elle nous fait verser ?

Thanks For the DanceC’est grâce à son fils, le musicien Adam Cohen, qui accompagnait déjà son ultime album « You Want It Darker » ( Voir sur Gonzomusic  https://gonzomusic.fr/leonard-cohen-you-want-it-darker.html ) que surgissent ces 9 incroyables chansons issues des mêmes sessions. Cependant, à des années-lumière des fonds de tiroirs souvent hélas exhumés après la mort de l’artiste, “Thanks For the Dance” comme son nom l’indique, est une dernière danse imaginaire portée, hantée devrais-je dire, par ce timbre si caractéristique qui nous a accompagnés, sans jamais nous quitter, depuis l’adolescence. Certes, Leonard n’aura jamais connu de son vivant ces compositions finalisées, mais il nous aura tout donné, jusqu’à son dernier souffle, envers et contre la maladie qui le traquait. Alors forcément ces derniers mots nous sont peut-être encore plus précieux. Au-delà du rêve et de poésie, il y évoque les deux éléments les plus essentiels à son art : l’amour et sa judaïté. Et, à ce titre, il scande dans la fulgurante “Puppets” « German puppets burnt the Jews/  Jewish puppets did not choose (…) Puppet me and puppet you/ Puppet German puppet Jew ( Les marionnettes allemandes ont brûlé les juifs / les marionnettes juives n’ont pas choisi (…) Marionnette moi et marionnette toi / Marionnette allemande marionnette juive ) » Jews y rime avec choose et on y évoque même un « President puppet » et, en plus de l’émotion musicale juste angélique de la chanson, on est juste subjugué de la clairvoyance et de la puissance des mots de Cohen.

Thanks For the DancePorté par une orchestration aussi touchante que minimaliste, sa voix en avant plane bien au-dessus de la musique, sans doute nous pour nous rappeler que le plus bel instrument de Leonard était ses cordes vocales. Dés la mélancolique « Happens to the Heart », épaulé par une délicate guitare neo-flamenco, elles nous entrainent à leur suite, nous subjuguant comme le « joueur de flute de Hamelin ». Si Leonard a toujours usé du parlé -chanté ces dernières années, c’est encore plus sensible sur ses derniers opus. Ainsi, sur « Moving On » juste après une petite guitare sicilienne, ses mots ses télescopent pour mieux nous toucher de leur musique en parallèle si délicate. De la Sicile au flamenco il n’y a qu’un pas, latin sans doute, et dans « The Night in Santiago », le souffle de Cohen se fait harmonie sur l’hypnose intense des clappements de mains qui rythment cette pure love-song. Et à nouveau il est si troublant qu’au crépuscule de sa vie Leonard se soucie autant du sentiment amoureux. Même thème ou presque avec la chanson-titre « Thanks For the Dance », slow composition valse sous Valium qui sonne comme la plus touchante des dernières révérences. Plus dramatique, « It’s Torn » est comme un thème de western au ralenti d’une indescriptible mélancolie tandis que « the Hills » nous chavire de son intense émotion, lorsque les chœurs angéliques montent peu à peu en crescendo, derrière la voix grave de Leonard. Enfin, c’est avec un colibri que s’achève, « Listen To the Hummingbird » le dernier sermon de notre prophète feuj : « Écoute l’esprit de Dieu/ Ce qui n’a pas besoin d’être/ Écoute l’esprit de Dieu/ Ne m’écoute pas ! / Écoute le colibri/ Dont on ne voit pas les ailes/ Écoute le colibri/ Ne m’écoute pas ! »…Leonard, ne nous en veut pas , mais sache que nous aurons bien du mal à exaucer ce souhait…et que nous continuerons toujours et sans cesse à t’écouter…à jamais.

 

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