LE MAQUIS MEGASTORE de PPA

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Rock critique, talent-scout, vidéaste, producteur, boss de label, journaliste, scénariste and tutti frutti on rolling, en presque trente ans de carrière Philippe Pierre Adolphe n’est pas à court de casquettes. Désormais patron de la boutique-label le « Maquis Mégastore » sis rue Saint-Denis à Paris, il est peut-être aux disquaires ce que le dernier des Mohicans était…aux Mohicans. Portrait d’un bouillant activiste-rock.

 

PPA @ ze Maquis MegastorePhilippe Pierre Adolphe est né à Paris XXéme en 61, l’année de la construction des grandes cités HLM, donc au bout de trois mois ses parents sont allés vivre à Asnières nord, à coté de Gennevilliers. PPA passe ses premières années à la Cité des capucines. Il est inscrit à Auguste Renoir, un lycée de bonne facture. En 76 à 15 ans, il s’occupe déjà du ciné-club. Mais le déclic majeur de sa vie sera la musique lorsque ses parents achètent un petit pavillon à Colombes qui possédait une discothèque municipale où il commence à emprunter tous les albums dont il rêvait et cela va changer à jamais le cours de son existence. Il découvre les premiers Kraftwerk, Faust…Et le 31 décembre 77, il rencontre un personnage central de sa vie : José Louis Bocquet, un élève du Lycée Maurice Schumann. Après une folle soirée de réveillon entre jeunes punks en compagnie d’un autre pote et de deux copines, Bocquet et lui scellent un pacte d’amitié où ces deux-là décident de s’épauler « à la vie, à la mort ». Et c’est là que tout a commencé, JLB faisait déjà son propre fanzine sur la BD qui s’appelait Bizuth. Il interviewait de nombreux dessinateurs et il faisait son mag tout seul dans sa cave. Puis son grand père l’aidait pour impression car c’était son métier. pour l’illustrer il pouvait également compter sur son père grand collectionneur de photos et également excellent photographe qui possédait son propre labo. Son autre grand père José-André Lacour était aussi un grand écrivain belge qui avait publié une dizaine de pièces de théatre et signé deux grands scénarios de cinéma , le mythique « L’enfer » pour Clouzot et « La mort en ce jardin » pour Bunuel. Le parrain de José-Louis est Henri-Georges Clouzot. JLB baignait là dedans. A la terminale, il s’est retrouvé stagiaire à RTL. PPA de son coté passe un Bac TE pour devenir ingénieur car son père bossait à l’Aérospatiale, mais il n’ avait pas spécialement envie d’en faire son métier. Ne voyait-il pas son père bosser en usine ? Il partait à 6h 12 chaque matin pour rentrer épuisé. Tout ça pour se faire licencier à 57 ans. PPA intègre alors une école de cinéma, l’ESEC car il passait plus de temps au cinéma qu’en cours. il découvre la cinémathèque française. Elève en section scénario, son prof assurait aussi la sélection de la critique à Cannes. Parmi les autres profs, il y avait également  pas mal de critiques de cinéma et c’est ainsi qu’il parvient à publier ses premières critiques pour le journal Positif. Sa toute première chronique était consacrée à « Court-Circuit », le premier film de Patrick Grandperret, qui était l’assistant de Pialat. PPA avait tout juste 21 ans. Au bout de deux ans, il sort diplômé de l’école, mais ce diplôme se révèle inutile sans solidePPA 2 piston dans le milieu du cinéma. PPA à force de culot parvient néanmoins à écrire son premier article sur le Festival d’animation d’Annecy pour les Cahiers du Cinéma. José-Louis de son coté avait décroché une rubrique dans Spirou et comme PPA commençait à connaître pas mal de monde dans l’animation, des gens comme Caro et Jeunet ou encore Michel Ocelot qui a fait ensuite Kirikou, il va l’aider à intégrer la rédaction du journal de Spirou. JLB leur avait vendu une série de 12 portraits de scénaristes d’animation et il avait proposé des articles rédigés à quatre mains avec PPA. Certes, ils devaient physiquement apporter leurs article jusqu’à Bruxelles mais c’était surtout la première fois qu’ils étaient rémunérés pour leur travail. Car il n’y avait pas encore de fax ni de mails à l’époque ! Lorsqu’on écrivait un article, il fallait se déplacer en personne pour le déposer au journal, c’était la même chose pour moi à Rock & Folk puis à BEST. Puis PPA va ensuite contacter « A suivre », le magazine de BD, pour leur proposer des sujets qu’ils ne traitaient pas. Dans les années 80, les gens dans les rédactions étaient particulièrement accueillants, pas comme de nos jours. Il y avait une vraie curiosité. Philippe parvient à leur vendre directement 4 pages sur le film Conan le Barbare et l’heroic fantasy…sauf qu’il n’y connaissait rien ! José-Louis bossait à Temps Futur ; PPA prend alors sa mobylette pour aller le rejoindre et lui offrir de le signer à deux. Du coup, Bocquet a fini par se faire remarquer par Dionnet qui le nomme à 22 piges responsable de la com des Humanoïdes Associés. Et avec à lui, PPA rentre à Metal Hurlant où il commence à écrire ses premiers papiers sur la musique…rencontre avec un ardent touche-à-tout comme le rock n’en fait plus hélas, à l’instar d’un Philippe Constantin, d’un Thierry Haupais, d’un Tony Wilson, d’un Zermati ou même d’un Pacadis…à vous Cognacq-Jay !

« J’ai aussi commencé à bosser pour Rock & Folk, mais Paringaux,  le Rédac-Chef , m’a fait un sale coup, comme à beaucoup d’autres d’ailleurs, alors je suis parti pour bosser sur Actuel avec Patrick Zerbib, via son agence Awacs; mais c’était dur car il nous taxait 50% des piges, alors cela n’a guère duré. Bon, en même temps, il m’a appris à faire du vrai journalisme…alors ! Mais, malgré toutes ces collaborations, j’avais bien du mal à payer mon loyer. Et puis en 86, encore merci à JLB, je rejoints le « Mini Journal de Patrice Drevet » sur TF1 (l’édition de 18h du JT où j’ai aussi démarré à la télé)…où toi et moi nous nous sommes rencontrés. J’ai fait mon premier sujet sur un truc improbable, le soft-ball, un base-ball japonais au bois de Boulogne le dimanche matin…tu parles d’un sujet ! (rires) et je me souviens, on tournait encore en film 16mm.

Je m’en souviens parfaitement, j’ai aussi filmé quelques groupes de rock  au début à TF1 en 16mm; le montage, c’était un trip avec la monteuse en gants blancs et son fameux « chutier » de pellicule. 

Après, heureusement, j’ai enchainé sur un portrait du label Closer !

PPA, Catel Muller et José-Louis Bocquet

PPA, Catel Muller et José-Louis Bocquet

Et tu as continué à faire tes sujets musiques et cinéma.

Oui et même quelques vidéoclips. Mais après avec ce qu’il m’est arrivé aux yeux, cela a été vraiment violent pour moi. Car d’un coup, je ne pouvais plus tourner. J’étais vraiment au fond du trou et je tiens à saluer tout particulièrement la femme qui m’a sauvé, Jane Garton  avec laquelle nous avons eu un enfant durant nos 7 ans de vie commune. Quand la quotidienne « Drevet Vend la mèche » est arrivée sur FR3, Drevet m’a permis de faire quelques sujets quand même ce qui m’a a nouveau remis à flots. Avec Eric Roussel on a fait cette petite série d’animation « Chienne de vie et crotte de mort ». De petits faits divers en dessins animés confectionnés à partir de papiers découpés. Moi quand DVLM s’arrête je reviens à nouveau à la presse écrite, tandis que JLB décide de s’isoler en Bretagne, pour écrire des romans. Mais surtout, enfin, je trouve un opticien qui s’est spécialisé dans les déficients visuels, les mal-voyants comme moi, et qui me permet de relire à nouveau; donc enfin je peux également me mettre à réécrire. Grace à cela, j’ai pu revenir à la presse écrite. Je bosse pour 20 ans, Max. Mon fils venait de naitre, alors je me suis démené, j’ai décroché pas mal de piges. J’écris même pour la presse féminine. Et également pour la version fin décadente de BEST, quand c’était à Clichy- et non plus dans les locaux historiques de la rue d’Antin que j’ai connu NDR-. Ensuite, JLB m’a commandé un bouquin sur la plage et toute la culture balnéaire en France illustré par Margerin, un très beau petit bouquin dans la collec qu’il dirigeait à La Sirène. Après cela, nous avons pu faire notre livre sur le rap, « Rap ta France » en 95, sauf que l’éditeur a fait faillite juste après l’avoir sorti. J’ai alors contacté Flammarion au hasard et je suis tombé sur Raphael Sorin, qui avait déjà publié le bouquin sur les punks d’Eudeline, Il m’a dit passe. Je lui ai apporté le bouquin déjà publié. Il m’a rappelé le lendemain matin pour me dire « c’est génial, je l’ai lu cette nuit. je le ressors dans trois mois chez Flammarion ! ». Après, j’ai sympathisé avec Jean Karakos, même si cela ne s’est pas bien terminé avec lui. Il voulait refaire son coup de la « Lambada », mais avec un truc de Cuba. Moi il avait bien aimé mon bouquin sur le rap et je voulais produire un disque, au moins en tant que producteur éxécutif. Il me dit : « le rap ça marche fort en ce moment, ponds moi deux trois idées ». Alors je lui ai proposé une compilation sur le cannabis que j’avais baptisée « Cannabissimo » et une autre « Le diamant est éternel », sous l’égide du DJ Dee Nasty . Le concept était qu’il n’y avait que des inédits, aucun titre déjà sorti. Il y avait même un morceau de Joey Starr, super bien foutu. Karakos avait craché 20.000F à l’époque rien que sur ce titre. C’était en 97. Quand au « Diamant » c’était que des inédits des DJ essentiels de l’époque. Les deux disques ont vraiment bien marché, sauf que Karakos a conservé toutes les royalties. Il me devait 25.000 F. J’avais rencontré Zelnik entre temps qui me proposait de rejoindre Naive. Alors, à ce moment-là, il m’a proposé un label deal sur dix albums avec 150.000 F par album. Là, tu te dis : « ok bon là je vais signer le contrat ». Tu parles…sur les dix, il n’y en a pas un seul qui soit sorti. J’en ai produit deux, lui il a bloqué les bandes. Ca s’est fini devant les avocats, mais tout cela a tourné en eau de boudin, car il a déposé le bilan de sa boite. On raconte que depuis la « Lambada », il a planqué en Suisse pas mal de blé…mais on raconte tant de choses, n’est-ce pas ? Comme tu le vois, mes débuts de producteur commencent mal. Moi j’étais planté, j’avais pris des locaux, j’avais un assistant à payer, alors j’ai décidé de continuer. J’ai signé un deal de distribution chez Night and Day avec une petite avance et cela a démarré comme ça.

Le MaquisLe nom « Le Maquis » est venu immédiatement ?

Oui. Et avant même l’idée du label, pour le coté Résistance, un peu en songeant aussi au Maquis de Montmartre…comme j’étais à Montmartre. Et aussi Résistance idéologique, économique, culturelle. Quand tu es tout seul qu’est ce que tu peux faire sinon résister face aux mastodontes du disque ? J’ai cessé de bosser avec des rappeurs car cela causait trop de problèmes. c’est ainsi que j’ai commencé à m’intéresser à la French-Touch électro.

Le Maquis 001 c’était quoi ?

Le vinyle de « Le diamant est éternel » avec Dee Nasty. Et 002 c’est la version CD. On a réussi à en vendre 10.000. C’était encore avec Karakos. Le tout premier 100% le Maquis c’était «  Le rap sans visa » des rencontres entre rappeurs africains et rappeurs parisiens.

C’était avant les Bisso Na Bisso…

Ouais, six mois avant, sauf que j’ai moins bien marché qu’eux. Mais eux ils étaient sur V2, une major par rapport à nous. Heureusement que je touchais quelques droits d’auteur en tant que scénariste car ce n’est pas avec ce que rapportais le label que je pouvais vivre. Je ne me suis jamais pris un salaire sur Le Maquis, mais au moins j’arrivais à payer le loyer et les charges.

Quant tu avais tes bureaux dans le 18éme tu faisais bosser des gens.

Oui j’avais quatre salariés. Comme le dit José-Louis, c’est une succession de miracles l’histoire de ce label. A un moment, je retrouve Zelnik au café en bas de chez moi. Il ne se souvenait pas de moi. Je lui dit que j’avais un label, il me demande comment il s’appelle, je lui dit « c’est Le Maquis ». Il me dit : c’est drôle, avant de choisir le nom Naïve, je voulais appeler mon label le Maquis aussi. » Bref, on a sympathisé. Il m’a dit : « on se voit après le MIDEM ». Et on s’est vu. Je me suis retrouvé dans son bureau avec les cinq vinyles que j’avais déjà sorti. Et quatre CD. Et là, je ne plaisante pas, Gérard, tu sais ce qu’il me dit : « vous savez à qui vous me faites penser ? «  Je lui dit : non, non. « Vous savez, quand j’étais au début chez Virgin et qu’on a signé Factory, vous me faites penser à Tony Wilson. » Je lui dit : C’est très flatteur. Il me dit : « vos pochettes ont ce même coté très esthétisant qu’on découvrait sur les albums de chez Factory. Je trouve cela très beau ce que vous faites. ». Et là cela a vraiment été le début du Maquis. J’ai eu trente briques d’avance- 300.000 F soit environ 45.000€- et c’est là que j’ai commencé à sortir des trucs…jusqu’au moment où Zelnik a engagé un certain Thierry Hidoux, un ancien responsable de la DP de la FNAC.

Ah quel gros con celui-là, je l’avais surnommé Thierry Hideux quand il était à la FNAC !

Moi c’était un copain d’enfance en plus…et c’est lui qui nous a viré ! C’est une crêvure.

A quel moment as tu pensé à ressortir des artistes emblématiques oubliés des années 80 ?

A ce moment là, justement, lorsque nous étions au plus bas depuis la défection de Naïve. Je me suis fait expulser de la rue Rodier, je n’avais plus que deux tout petits distributeurs et en 2005 tout s’effondre.

Le début de la crise du disque.

Nigth and Day ferme. Musidisc en fait autant. Castro Celluloïd ferme aussi. L’hécatombe. Et puis, un jour, je me dit : faut trouver une idée. Avec les groupes qu’on sort, on va s’effondrer. Et là j’ai un flash. Comme internet sert à quelque chose, tout le monde y compris les anciens groupes se trouvent désormais sur le net. Alors, allons donc voir où en sont les formations des années 80 et 70. Nous étions alors en 2006 et j’étais au bord du dépôt de bilan. J’avais les huissiers aux trousses, l’URSAAF, les machins dans tous les sens. 58.000€ d’arriérés d’URSAAF, les huissiers qui débarquent. En fait, j’ai donné une liste de groupes à mon assistant de l’époque, un gars brillant trilingue, il bosse d’ailleurs maintenant au quai d’Orsay, et il est parti à leur recherche sur la toile. Le premier qu’on a réussi à choper, c’était Rolo des Woodentops. Les mecs me disaient : c’est incroyable, on n’a plus de label depuis dix ans et là on vient justement de se reformer. On a un album qu’on est en train de finir, si ça vous intéresse, on vous le fait écouter. Après, cela a été A Certain Ratio qui nous a filé un superbe album.A Certain Ratio

Je crois même que je l’avais chroniqué à l’époque !

Après, justement, Martin Moscrop m’a mis sur la piste de Paul Ryder des Happy Mondays qui était tout seul car il ne voulait plus travailler avec son frère. On l’a bien entendu signé. Au bout d’un moment, beaucoup de labels m’ont copié, même Naïve qui s’est mis à rechercher ce genre de talents oubliés. Nous on a sorti Alan Vega, James Chance, Lydia Lunch et puis tout un tas de groupes allemands krautrock tels que Faust, Cluster…

Et tu as aussi réédité des trucs des années 80 comme ta compilation « Man Machine » ?

Oui car on avait trois lignes éditoriales dans le label : exhumer les grands oubliés, un peu de production de nouveaux groupes intéressant electro ou rock

Je me souviens de Vincent Van Gogo…

Super groupe. Dans les anciens, que j’avais oublié, on avait aussi ressorti les Blow Monkeys qui avaient fait un album sublime. Super beau, mais on en vendu 300…une catastrophe. Certain General aussi, j’ai du en vendre 500. Et on publiait  aussi des compilations thématiques comme « Cocktail Molotov : la bande son imaginaire de Mai 68 » avec des archives de l’INA mixées avec des morceaux récents. J’ai aussi sorti un « Berlin » pour les vingt ans de la chute du mur 61-89 avec tout le krautrock dont Agitation Free, Amon Duul II, Can…il y avait pratiquement tout sauf Kraftwerk qui refuse encore obstinément de se laisser « compiler ». Après, en 2010, j’ai fait une compile sur les indépendances africaines sur une idée de notre pote Mohamed Némiche. L’ami Momo avait la connexion avec Jacques Toubon, qui s’occupait des cérémonies pour l’indépendance des Etats Africains. Il nous a présenté, il lui a même claqué la bise. J’étais halluciné. Je lui ai montré les quelques compiles thématiques que j’avais réalisé pour le Maquis, pour lui montrer le sérieux du boulot et du label. On avait préparé tout le dossier. On discute ensuite une heure…et après on va au bar…il était 10 heures du matin tout de même, il s’enfile un verre de blanc. il nous avait présenté son attaché parlementaire, qui était très sympa et qui nous a souvent  ensuite invité à déjeuner avec Momo. Il y avait pas mal d’événements sur ce thème des indépendances africaines, des expos, des concerts…des livres. Nous, on attendait une réponse, mais c’est l’Etat et c’est souvent long. Et le 20 avril, le mec me dit enfin : c’est bon, votre dossier a été accepté par monsieur Toubon: vous avez 20.000€. Momo a eu sa com. Moi j’ai pu faire ce coffret de CD. Et on en vendu 7000, c’était pas mal pour un indépendant en 2010. Après, j’ai  également sorti un coffret sur le Rythm’n’ Blues » avec Gilles Pétard.Afriques-Independantes-400x350

Et le passage du label Le Maquis au Maquis Mégastore ?

Cela s’est passé après la fin tragique du label. cela devient de plus en plus dur, même si j’étais distribué par Harmonia Mundi et qu’ils ont toujours été corrects avec moi. Mais je me retrouve contraints de fermer. Fin 2011 c’est la Bérézina la SACEM me tombe dessus pour des droits mécaniques impayés. C’est ce qui tue les labels indépendants. Tu dois tout raquer en avance, avant même d’avoir vendu tes disques, tu payes 1€ par CD gravé… sans avoir touché le moindre €. Tu ne t’en sors pas. Moi, je pressais en Allemagne. ou en Espagne où je n’avais pas trop à payer. Mais j’ai fini par me faire balancer. Bref,  je leur devais 25.000€, ce n’est pas énorme en soi sur tant d’années, mais j’ai du arrêter car j’étais incapable de payer. Ce label, c’est quand même 236 références en comptant tous les supports inclus les maxis en 15 années d’existence !

Pas mal, avec juste tes deux petites mains !

Ouais. Mais quand ca s’arrête c’est la merde totale, je dois quitter mes bureaux…sauf que j’y vivais aussi. Je suis à la rue. je suis hébergé chez les parents de José-Louis à Argenteuil. J’ai trouvé un bureau en coloc avec Stef de la Lune Rousse, qui a été super cool avec moi. J’ai survécu en donnant des conférences et en touchant quelques droits d’auteur. J’ai même joué les manager pour certains groupes. Mon comptable, qui est mon pote depuis 15 ans, c’est lui qui m’a alors conseillé de prendre une boutique. C’est vrai que je ne me voyais pas redevenir journaliste et courir après les piges. J’ai eu des mois de stress. Donc j’ai monté mon dossier auprès de la ville de Paris, la SEMAEST. Il y avait cinq dossiers en concurrence pour deux adresses, l’une à Saint -Amboise et l’autre rue Saint-Denis. Mon dossier a été finalement accepté et c’est ainsi qu’est né le Maquis Mégastore. En trois semaines, j’ai monté la boutique à toute vitesse avec deux ouvriers extraordinaires qui m’ont vraiment aidé. J’ai pu acheter du stock chez un disquaire de Rouen qui fermait. Il m’a filé ses bacs à disques. Et j’ai eu une idée de déco un peu minimaliste, un peu à la Factory justement. Depuis vingt mois je suis là et c’est un peu la renaissance du Maquis désormais basé au 187 rue Saint-Denis. Il y a aussi une page Facebook. J’ai oublié de te parler d’un très grand producteur qui a su souvent me tendre la main lorsque j’étais dans le besoin, c’est Francis Dreyfus (label Dreyfus Jarre, mais aussi Christophe et un super catalogue de jazz. il a également été le premier éditeur de Pink Floyd en France) et je tiens à lui rendre hommage. Il m’a toujours soutenu dans les pires moments. Parfois, je me retrouvais dans le merde avec la banque aux trousses et c’est lui qui me donnait de l’argent pour désserrer l’étreinte. Il me disait : de combien as tu besoin ? Je répondais 15.000. Et là il me lançait : passe donc voir Chantal demain, il y aura un chèque pour toi. ». Respect total à cet homme qui a su me faire confiance et qui nous a quitté en 2010.  quel incroyable personnage ! Il avait débarqué à Londres à 27 ans. Là, il va dans un pub se boire une bière. Il aimait bien se boire une bière, Francis ! Et il se fait aborder par un mec qui lui dit : ah tu as un bon look ! Tu n’es pas anglais  ?» Francis lui répond : « Non, je suis Français » . Ils se mettent alors à discuter; Francis lui dit qu’il est producteur de musique et qu’il cherche des nouveaux groupes. Alors l’anglais lui répond : « C’est incroyable, moi je manage un groupe, ils commencent un peu à être connus en Angleterre. Et là on vient juste de faire la BO d’un film pour un réalisateur franco-luxembourgeois BarbetPPASchroeder … »

More !

Ouais. Si tu veux, le groupé répète demain dans leur local, tu n’as qu’à passer les voir pour les rencontrer. Francis se pointe le lendemain à 14 heures, les types fumaient des pètes. ils avaient les cheveux longs. Et c’est ainsi que l’anglais lui a présenté Pink Floyd. Il écoute les gars jouer. il trouve cela génial. alors le manager lui dit : on te laisse les droits de toute l’édition pour l’Europe a l’excepté de l’Angleterre. Et jusqu’à « Dark Side of the Moon » Francis est resté sous-éditeur du Floyd. C’est aussi lui qui a signé les premiers singles de Bashung. Ce mec était un vrai héros de la musique ! C’est le genre de gars qui te donne vraiment l’inspiration pour te lancer dans le music-biz. »

 

LE MAQUIS MEGASTORE est stué au 187 rue Saint-Denis à Paris

infomaquis@gmail.com

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