GATSBY LE MAGNIFIQUE AU CHATELET

Gatsby le magnifique On se souvient du couple emblématique de l’adaptation de 74 de « Gatsby le magnifique » Robert Redford et Mia Farrow, cette fois le chef d’œuvre de F. Scott Fitzgerald investit le Châtelet dans une ambitieuse adaptation 2.0 axée sur le jeu des apparences, et la difficulté de sortir de sa condition sociale prouvant de la manière la plus cinglante que cette tragique histoire d’amour n’a rien perdu de son incroyable modernité.

Gatsby le magnifique Par Jean-Christophe MARY

La première version théâtrale de « Gatsby le magnifique » eut lieu du vivant de l’auteur en 1926 dans une mise en scène de George Cuckor avant d’être adaptée en film muet la même année par Herbert Brenon, puis repris successivement en 1949 par Elliott Nugent, en 1974 par Jack Clayton et Francis Ford Coppola avant de connaitre le succès public dans la mise en scène gargantuesque de Baz Lurhmann avec Leonardo DiCaprio. Pas facile donc de passer derrière autant de talents. Pour ses grands débuts au théâtre, Sofiane Zermani plus connu sous son nom de Sofiane ou Fianso se plie à l’exercice prend tous les risques : plusieurs fois primés et multi disque d’or le rappeur du 9.3 se retrouve sur les planches dans le rôle de Gatsby personnage énigmatique qui rêve d’être un autre et dont le destin finira de manière tragique. Et le pari est plutôt réussi. Dans son élégant costume noir, sneakers aux pieds et grosse montre au poignet, Sofiane Zermani en impose. Il a vraiment la classe. Tel un félin, il évolue sur la grande scène du Châtelet avec grâce et souplesse, débite son texte avec force et conviction. Il est Jay Gatsby, jeune homme sans argent ni passé devenu ce personnage haut et flamboyant. Dans son immense demeure de West Egg, Gatsby pose en millionnaire sans jamais toutefois parvenir à atteindre le rêve américain. Nous sommes en 1922, au milieu des années folles avec ces fêtes sans fin rythmées par les cocktails parties, toute une frénésie dopée par l’alcool et de nouvelles danses (Charleston, Tango, Castel-Walk), des folles nuits et des accidents de voiture.

“Elle vous a épousé parce que je n’avais pas d’argent et qu’elle ne pouvait plus attendre. C’est une erreur, une terrible erreur, mais dans son cœur elle n’a jamais aimé que moi. “

Gatsby le magnifique  Lou de Laâge incarne Daisy, une jeune femme mariée, bloquée par son statut social, sa famille, son argent. Elle est comme prisonnière, consciente de sa condition, se sent considérée comme un objet écrasé par le monde. Pour y échapper, elle se cache derrière une apparente frivolité.  Mais elle n’est pas dupe et s’en amuse. Gatsby aura beau de monter un empire pour l’amour de cette femme, cela ne marche pas. Daisy y restera inaccessible. Dans ce dispositif théâtral sobre et dépouillé signé Alexandre Plank, on salue également la performance du comédien Pascal Rénéric, omniprésent, quasiment seul en scène durant 1h15. Lui interprète Nick Carraway, le narrateur, sorte de personnage intermédiaire privilégié, en tant que cousin de Daisy. Debout derrière son micro, il apparait comme un observateur à la fois proche et distant qui nous raconte ce qu’il voit, ce qu’il vit, ce dont il se souvient. Sa voix nous accompagne, nous emmène au fil de ce destin tragique. Composée par Issam Krimi la musique, mélange de jazz, et d’électro et trip hop, est omniprésente. Le pianiste dirige les 5 musiciens (trompette, cordes) qui jouent en live sur le devant de scène. Les quatre comédiens qui partagent également la scène apportent rythme et dynamisme au spectacle dont le texte est davantage slamé et déclamé que dit et joué. Cette adaptation apparaît finalement comme un grand récital en mouvement et nous rappelle l’adaptation des Justes d’Albert Camus mis en scène Abd al-Malik au théâtre du Châtelet en 2019. Un beau spectacle cross-over qui va attirer un public jeune. Qu’on se le dise !

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