FOUR TOPS MAIS TROIS AU SOMMET

Four TopsVoici 30 ans dans BEST, GBD pouvait compter sur ses doigts les héros de la Motown face à lui. Mais, malgré le recompte, les Four Tops ,cette année 89, n’étaient que les Three Tops, le quatrième larron, Ronaldo Benson, ayant séché cette tournée après la publication de leur LP « Indestructible » pour demeurer au chevet de son fils gravement malade qui vivait ses derniers jours. Flashback…

The Four Tops by JY Legras

The Four Tops by JY Legras

Tristesse…en re-publiant ce papier vieux de trois décennies, je réalise que trois des mythiques Four Tops sont aujourd’hui décédés. Et des trois présents durant cette interview, seul Abdul « Duke » Fakir demeure encore parmi nous.  Lawrence Payton sera le premier à tirer sa révérence, le 20 juin 1997 à seulement 59 printemps, terrassé par un cancer du foie. Renaldo « Obie » Benson nous a quittés en 2005 emporté par un fucking cancer du poumon à seulement 69 ans. Et enfin l’immense Levi Stubbs est décédé à 72 ans en 2008, durant son sommeil après avoir vaincu un cancer et une première crise cardiaque. Billy Bragg avait composé en 1986 son fameux « Levi Stubbs Tears » en hommage au fameux baryton. Bon, le plus incroyable c’est qu’après moult changements de personnel, dont l’arrivée Lawrence Payton Junior, le fiston, les Four Tops continuent encore de nos jours à se produire sur scène. Par contre discographiquement parlant, à l’exception d’une poignée de live, les titres évoqués dans mon vieux papier compteront parmi les derniers : le single « Loco In Acapulco » pour une BO et l’avant dernier LP « Indestructible » ne sera suivi que par une ultime galette, un disque de Noël intitulé «  Chrimas Here With You ». En 2007, pour un show commun sur les planches de l’Olympia entre les Temptations et les Four Tops, j’écrivais néanmoins bluffé, même si seul un Tempts et un Four Tops d’origine se trouvait par groupe :

« Après l’entracte, c’est au tour des Four Tops d’investir cette même scène dans leurs costumes immaculés crème plantés de dizaine de brillants qui étincellent sous les spotlights. Cela tombe bien, puisque le set des Four Tops est encore plus Las Vegas que celui des Tempts. Là aussi, il ne reste plus qu’un seul membre original fondateur, le jovial premier ténor Abdul « Duke » Fakir. Le fabuleux Levi Stubbs a pris sa retraite, il est hélas paralysé, tandis que Renaldo Benson et Lawrence Peyton sont directement montés au paradis des musicos rejoindre les Tempts tombés au champ/au chant d’honneur Melvin Franklin, David Ruffin et Eddie Kendricks. Ce soir à Paris, les nouvelles pousses Tops comme les nouveaux Tempts ont des voix totalement similaires à celles de leurs fameux aînés, comme si la légende du funk devait de se perpétuer à jamais. »

The Temptations & The Four Tops En 1983, dans un petit théâtre de Beverly Hills, j’avais eu le privilège pour BEST d’assister à un concert groupé des deux groupes avec tous les membres originaux. Rendez-vous donc en 2023 sur Gonzomusic pour lire à nouveau mon compte rendu de ce live historique. Patience 😇 En attendant, replongeons dans la soul incandescente des merveilleux Four Tops et leur émouvante évocation de Stevie Wonder, Marvin Gaye, Michael Jackson et de…George Bush ( père) … avant leur show au Grand Rex et sous l’oeil exercé de Jean Yves Legras.

 

Publié dans le numéro 249 de BEST sous le titre

 TOPS 89

Gasp, ils sont vraiment indestructibles ! Comme K 2000, Tintin ET Milou, Docteur Gainsbourg ET Mister Gainsbarre, l’USS Enterprise ET le Capt’ain James T Kirk, Stevie ET Wonder, les Four Tops ne se sont jamais séparés. Et depuis trente-cinq ans, plus soudés que les quatre doigts de la main de Mickey, ils manufacturent avec un fulgurant feeling vocal, une soul plus onctueuse que le chocolat chaud sur les profiteroles. Signés sur dix labels différents en dix ans, ils rejoignent l’écurie Motown de Berry  Gordy en s’installant à Detroit en 1964. Et, par la magie des tubes usinés par l’infernal trio Holland/Dozier/Holland, la citrouille se métamorphose en Rolls Royce sans que jamais le charme ne soit rompu. « BabyI Need Your Loving», « I Can’t Help Myself », « It’s The Same Old Song », « Reach Out I’ll Be There », « Standing In The Shadow Of Love », « Bernadette »… je pourrais user les piles de ma machine à écrire ( Hé oui, en ce temps là les machines à écrire fonctionnaient sur piles ets ecteur: NDR) sans venir à bout de Ia liste vertigineuse de tous les hits des Tops. En 83, dans un petit théâtre rococo de Beverly Hills à LA, j’avais pu mesurer l’extraordinaire ampleur du séisme soul en observant le combat de géants que se sont livrés les cinq Temptations en smoking noir et les quatre Tops en tuxedo argent chantant à l’unisson sur les mêmes planches enflammées tous leurs standards griffés Eddie Holland, Lamont Dozier et Brian Holland, Dans l’usine à rêves de blackitude veloutée, les Four Tops live ont fait exploser leur feeling. Intensité vocale maximale, harmonies raz de marée, totale maitrise de leurs cordes vocales, les quatre de Detroit m’ont sacrément écroulé dans mon siège de velours rouge.Four Tops

Okay, en trois décennies d’activités, ils n’ont pas produit que d’inestimables chefs-d’œuvre. C’est vrai, nos Quatre Fantastiques se sont parfois fourvoyés dans quelques aventures saumâtres et pop.Ils ont aussi donné dans la tentation facile du psychédélisme black à pattes d’ef des early seventies. Mais quand on aime, on ne sait pas compter. La preuve,  ce soir au Grand Rex pour cause de tragédie familiale, Renaldo Benson  -son fils de vingt ans agonisant en stade terminal d’un cancer- avait abandonné ses copains Levi Stubbs,  Abdul « Duke » Fakir et Lawrence Payton. Et pour la première fois de leur histoire, amputés d’un membre, les Tops n‘étaient plus que trois, on s’est retrouvé histoire de dépoussiérer ensemble les good old days :

« Lawrence Payton : Dans les années soixante, lorsqu’on était en studio à Hitsville ( les studios Motown : NDR), si j’avais mal à la gorge, Eddie Kendricks qui passait dans le coin pouvait me remplacer au pied levé. On chantait sans arrêt avec Stevie, Marvin ou les Supremes et, en ce temps-là, il n’y avait pas d’histoires d’ego ou de royalties. On était pauvres ensemble, on est devenus riches ensemble, mais au sein de la famille Motown cela n’y changeait rien.Four Tops

Levi Stubbs : « Petit Stevie refusait toujours qu’on l’aide, on était littéralement obligés de le laisser foncer dans les murs, il voulait toujours se débrouiller seul. Mais au bout d’un moment, il connaissait si bien les lieux qu’il courrait sans cesse dans les escaliers, dans les couloirs, dans les studios et sans jamais rien heurter. À quatorze ans, il ne pensait qu’aux filles. Il adorait les observer du doigt et dé qu’il pouvait peloter, il fonçait. Mis à part ce léger avantage, on I’a toujours traité comme tous les autres garçons.

Duke Fakir :  « Martin Gaye était aussi grand que les Beatles, dommage qu’il ne l’ait jamais su de son vivant. Il doutait sans arrêt. Il était si mal dans sa peau qu’il s‘est enfui en Europe. Durant cinq ans, il a vécu entre Rotterdam, Londres et Bruxelles. À Londres, six mois avant son assassinat, il nous avait dit qu’il ne croyait pas voir son prochain anniversaire. Marvin portait en lui ce sens exacerbé du fatalisme. »

Levi Stubbs : « Michael Jackson a bien de la chance de passer deux jours en studio et  trois mois à Disneyland. Si tous les artistes l’imitaient, avec un tel budget, il n’en resterait plus qu’un par label. Soyons, sérieux, peut foutre sur un disque pour y passer autant de temps ? Lorsqu’on fait de la musique depuis aussi longtemps que nous, on n’y passe pas un an, lorsqu’on a de super-chansons et qu’on sait encore chanter juste, trente jours suffisent largement pour pondre un album. »michael jackson four tops

Duke Fakir : « Au fil de notre carrière, nous avons croisé un sacré paquet de présidents des USA, Kennedy, Johnson, Nixon, Carter… Bush voulait que nous chantions pour lui, le jour de son inauguration, mais il est Républicain et nous sommes Démocrates ce qui constitue une parfaite incompatibilité. »

À l’instar du titre leur ultime et intense soulerie les Four Tops sont «Indestructible ». Et de plus avec leur « Loco in Acapulco », produit par Phil Collins pour la bande originale de son film « Buster », les quatre au sommet vont enfin faire leur come-back au Top 50 que l’on rebaptisera pour l’occasion le Four Top(s) 50.

  

Publié dans le numéro 249 de BEST daté d’avril 1989

BEST 249

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