DERNIER TAXI (GIRL) A PARIS

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Taxi Girl 

Voici trente ans exactement, GBD à l’instar de la rédaction de BEST, pariait à nouveau sur le succès espéré d’un nouveau 45 tours de Taxi Girl intitulé « Aussi belle qu’une balle ». Cet été 86, si le monde de la musique avait été dotée d’un tant soit peu de logique, elle aurait catapulté ce single au sommet de charts. Hélas, trois fois hélas, comme plombé par la scoumoune chronique du regretté Daniel Simon Rozoum alias Daniel Darc…(lequel avait justement réussi à « sécher » l’interview de BEST ce jour-là), même s’il compte parmi les succès notables de Taxi Girl, ce hit mort-né participera, à sa manière, à la désintégration du groupe de rock parisien, déjà bien entamée depuis la mort tragique du petit Pierre Wolfsohn puis par le départ forcé de Laurent Sinclair.

 

By Jean-Yves Legras

By Jean-Yves Legras

En ce temps-là, Daniel Darc n’avait pas encore gagné ses galons de « Lou Reed à la française » ni percuté la légende de ses opus rock si vénéneux. De même, bien entendu Mirwais n’était pas encore le producer réputé d’une certaine Madonna. Épaulé par un certain Philippe le Monge le duo Darc-Mairwais tentait le retour de la dernière chance. Et il faut admettre que si « Aussi belle qu’une balle » avait véritablement cartonné comme il aurait dù, le sort de Taxi Girl aurait été tout autrement scellé. Hélas, pour le groupe et, peut-être, tant mieux pour les sublimes albums solos qu’a fini par nous livrer Daniel avant qu’il ne tire si tôt sa révérence mais la loterie du rock en a décidé autrement.

 

Publié dans le numéro 217 de BEST sous le titre:

 

BALLE POPULAIRE

 

Exit Bijou, Starshooter, Téléphone. Que reste-t-il de nos amours rock? En 86, le leurre est au pouvoir, on nous fait prendre des galériens aphones pour des ténors. Gold et tant d’autres se font habilement passer pour des formations rock et tous les légitimes s’en vont solo. Enfin presque tous. Taxi Girl joue peut-être au dernier des Mohicans, mais ça fonctionne bien. Si leur dernier album « Cette Fille est une Erreur » date de 83, tous les singles issus depuis sont largement au-dessus de tout soupçon. « Nous sommes jeunes, Nous sommes fiers » était un hit potentiel, tout comme « Paris », mais la Taupe 50 a décidément du béton coulé dans les oreilles. Taxi Girl, il est vrai, traine un sacré paquet de casseroles. La dope, son côté morbide et la fascination pour les ténèbres leur colle à la peau. Dommage pour la musique, le groupe plonge à cause de son image invendable. Sevré de son « managerissime » Alexis, Taxi Girl achève de régler son Œdipe en soldant le label Mankin et en consommant la rupture avec Virgin leur label historique. Plus fort que les piles alkalines, le groupe refuse de crever. Et soudain les transistors se mettent à chanter « Rien qu’une balle perdue qui marche dans les rues… » « Aussi Belle qu’une Balle » le nouveau 45 tours contient tous les chromosomes du groupe, la hargne et la provoc drivées sur une mélodie pop incisive. Daniel Darc, Mirwais et Philippe le Monge reviennent de loin, leur « balle perdue » touche enfin en plein mille.

P.A.R.I.S., près du Parc Monceau: Mirwais et Philippe dialoguent à la terrasse d’un café. Daniel a séché l’interview. S’il assure les textes et la voix, notre héros flotte toujours entre deux eaux comme la fameuse balle perdue. Heureusement, les deux autres membres de Taxi Girl prennent en charge le groupe. Composition, production, arrangements, séquences, etc., le trio fonctionne comme une cellule indépendante. Taxi Girl a renoncé au live, au mordant de la scène pour retourner à l’école du studio et plonger dans la technologie des computers musicaux.Aussi belle qu'une balle

« On s’est cassé de Virgin après « Paris », car ils n’y croyaient plus, raconte Mirwais, « On leur a fait écouter la démo d’« Aussi Belle… » et ça ne leur a pas plu. On a donc repris notre liberté. Dès le départ on s’est marginalisé, car Taxi Girl n’appartenait à aucun clan, ni variéteux ni rock francais. On était sur Virgin mais avec notre propre label pour promouvoir d’autres artistes. Alors peut-être qu’on ouvre trop nos gueules. On dit des choses qui déplaisent, des choses qui dérangent dans nos paroles et nos actes. Lorsque tu fondes un label à vingt ans après ton premier tube, ça révèle un certain état d’esprit. On était trop jeunes; on se fichait des perspectives commerciales. Aujourd’hui notre autonomie c’est l’auto production. Fidel Castro disait qu’il faut aller dans le ventre de la bête. Sans changer le système dans son ensemble, on veut au moins changer ce qui est autour de nous. »

Les nouveaux groupes sont plus libres et plus déterminés. Taxi Girl ne communique plus sur scène, mais chacun de ses membres a le temps de se lancer dans d’autres projets. Plus exotiques. Philippe par exemple produit un groupe de thaï rock, Tang Mo.

« Au cours d’un voyage en Corse, je suis devenu pote avec un ex-champion du monde de boxe thaï. Depuis, je suis très branché sur la communauté asiatique. Comme j’ai mon propre studio, je me suis amusé à faire un album destiné au marché thaïlandais. Mes chansons ne plaisaient pas aux maisons de disques françaises, les Thaï les trouvent géniales. Pourquoi les en priver ? » Bangkok ‘n’roll made in Paris, avec son papa camerounais et sa maman bretonne, Philippe rocke de toutes les couleurs, on va dire.

Mirwais de son côté, produit en Belgique un certain Outsiders, « celui qu’on n’attend pas ». Il a composé la musique et assure tous les instruments. Quant à Darc, il prépare -parait-il – un album solo pour l’automne. (« Sous influence divine » son premier LP solo sortira effectivement un an plus tard: NDR).Roulez jeunesse, Taxi Girl n’a pas fini de charger. Décrocher un hit avec un texte aussi tarabiscoté que « Aussi Belle qu’une Balle» c’est déjà un exploit rock. Qui nous promet bien des rebondissements?

 

Publié dans le numéro 217 de BEST daté d’aout 1986best-217-small

 

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