DEPECHE MODE : Les 30 ans de « Some Great Reward »

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Depeche Mode "Some Great Reward" cover

 Sorti la veille de Noël 1984, « Some Great Reward  sera incontestablement l’album de LA révélation » pour Depeche Mode. Ce 4éme LP va jeter les fondations d’une incroyable longévité pour un pop group. Car sans ce disque charnière, Depeche Monde ne serait sans doute pas tout ce qu’il est aujourd’hui. Regard dans le rétroviseur…

 

Résumé des épisodes précédents, j’avais rencontré les petits gars de Basildon (Sussex) au lendemain du claquage de porte de Vince Clarke qui composait alors tous les titres du premier 33 tours. Je ne donnais pas cher de leur peau, leur prédisant un futur aussi furtif que plombé, un peu à la Adam and the Ants. Je me trompais, bien entendu, car je n’imaginais pas à quel point Martin Gore allait s’imposer en compositeur exceptionnel et surtout à quel point la chrysalide Dave Gahan allait se métamorphoser en vocaliste hors-pair. En décembre 84, je chroniquais dans BEST ce crucial « Some Great Reward » qui contient au moins trois des plus grands titres ever de Depeche Mode dont l’immense « Blasphemous Rumors » et ce qui était alors assez rare pour un critique rock, gbd faisait son mea culpa assumant ses erreurs de jugement et portant cet album là où il le mérite…là haut, tout là haut au Nirvana.

 

Collection d’hiver  depeche mode

DEPECHE MODE

« Some Great Reward » (sorti le 24 décembre 1984 )

Produit par Daniel Miller, Depeche Mode et Gareth Jones.

par Gérard Bar-David

Raz de marée sur Depeche Mode ou autocritique d’un critique rock. Aujourd’hui les p’tits DM nous font un Zénith sold out transféré in extremis au Palais Omnisports de Bercy, bouleversant ainsi toutes mes prévisions. Je m’étonne. Depeche Mode était un de ces groupes gentillets, incapable de remuer des vagues hors des charts anglaises; de la chair à teeny bopper un peu facile, trop tendre pour être convaincante. Je n’aurais pas parié un diamant usagé sur les possibilités hexagonales de ces jeunes gens synthético-mininalistes-pop. Mea Culpa, mea maxima culpa, Depeche Mode apparaît comme LA surprise de l’hiver . Sans pub, sans papier, sans chronique, sans énormes passages radio, « Some Great Reward » est directement plébiscité par les kids et j’ai la désagréable sensation de sauter dans un TGV en marche. Pour analyser ce revirement, il faut remonter aux sources de Depeche Mode, à ce premier LP millésimé 1981 « Speak and Spell» où tous les hits, y compris le superbe « Just Can’t Get Enough », étaient signés du chanteur leader Vince Clarke. Or Vince a quitté ses petits camarades après cette première galette pour former Yazoo – avec Alf Moyet. Privé de sa principale force créatrice, Depeche Mode n’était plus qu’une coquille vide. En Angleterre, le groupe se maintint à flots avec des mini-hits comme « The Meaning of Love» sous la direction du blondinet Martin Gore. Mais en France qui aurait encore osé miser sur Depeche Mode?

Depeche Mode circa 84Publié fin 83 le troisième LP intitulé « Construction Time Again » porte admirablement bien son patronyme. Il correspond à un renouveau du groupe. A un concert de Depeche Mode à l’Hammersmith Odeon, je rencontre quelques kids de chez nous bien accros au nouvel album. Durant le gig, je les vois sauter, bouger dans tous les sens et surtout chanter tous les vocaux en même temps que nos synthétiques british. Fans jusqu’au-boutistes, ils achètent les 12.inch en import et filent se les faire dédicacer à la fin du show. Incroyable! Mais Martin Gore et ses petits camarades restent le prototype de la formation niaise et stéréotypée, du synthé iceberg comme les Anglais savent en produire à la chaîne, et bla bla …

Vous vous fichez pas mal des états d’âme de Bar-David et vous avez sans doute raison Le monde est plein de ces critiques égomaniaques, la plume acerbe, les oreilles bétonnées, qui n’ont pour seule objectivité que leur vision minimale. Si je me suis planté sur Depeche Mode, je veux au moins en connaître les raisons. Le problème est simple, que contient ce « Sorne Great Reward », quelle étrange formule Martin Gore a-t-il utilisée pour m’alpaguer? En écoutant l’album pour la première fois, j’ai compris que le quatuor de Basildon(Essex) avait réussi à catalyser le succès, un « je ne sais quoi» qui vous arrête et qui vous force à poser le disque au-dessus des autres sur la pile. Sans même y songer, je me suis surpris à passer le LP de plus en plus souvent tel un pingouin somnambule.

Déchiré, séquencé, plutôt violent, j’avais déjà découvert le 45 tours, « People are People ». La voix de David Gaham et la production de Miller, les effets techniques et l’alchimie ambiants y étaient assez sidérants. « People are People» était sans conteste un single de choc, une surprise élogieuse pour un groupe que j’avais trop vite enterré. En tous cas, depuis le départ de Vince Clarke c’était la toute première fois, bon sang, que ces coincés de Depeche Mode parvenaient à me remuer les tripes.

. masterandservantBis repetita : « Master and Servant», son successeur, est aussi réussi. Remix, écho-tonnerre à la Trevor Horn, des voix qui partent dans tous les sens, bref, le parfait prototype du techno-funk, une superbe machine à danser fuselée pour la FM des années 80. Depuis Frankie Goes To Hollywood et les néo-pédés électroniques, on n’avait jamais vu ça: Sado et Mado reviennent en force, Depeche Mode joue à « Cruising» en sortant le cuir et les chaînes et moi qui suis loin d’être un adepte du genre, je me laisse convaincre. Bravo les Modes et dépêchons-nous!

« Some Great Reward » vaut bien mieux que ses deux simples. La naïveté et l’enfance ont toujours été un atout pour ce groupe, Depeche Mode a su les conserver et les modeler en romantisme pop. Ecoutez « Somebody », ses vocaux’ à la Queen et ce piano spleené qui me rappelle Jackson Browne ou Elton John A la fin du morceau on entend battre un cœur. Les androïdes de Depeche Mode ont su redécouvrir le sang et les larmes, ces damnées machines se révèlent aussi humaines que vous et moi. La pop triste n’est plus triste et moi j’ en perds ma logique critique qui aurait exigé que je descende cet album. « Some Great Reward» mérite ses lauriers, n’en déplaise à ses détracteurs. Janvier 85, la tendance mode s’écrit MODE, c’est le triomphe de la logique.

 

Publié dans le numéro 198 du mensuel BEST daté de janvier 1985

 

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