CURTIS MAYFIELD « Superfly » et « Live In Europe »

Curtis MayfieldVoici 30 ans dans BEST, GBD affichait sa passion incandescente pour le génie de Curtis Mayfield. Sans distribution depuis des années, le héros de la Chicago soul rebelle voyait enfin ses albums disponibles dans l’Hexagone avec, en cerise sur le gâteau, la publication de ce live en forme de « Best of » capturé l’année précédente à travers toute l’Europe. Avec Marvin Gaye, Sam Cooke, Stevie Wonder, Isaac Hayes ou encore Bobby Womack, Curtis était pour moi l’une des voix les plus précieuses de la soul des 70’s. Flashback !

Curtis-Mayfield-Superfly-Un an auparavant, sur la scène historique du New Morning à Paris, j’avais eu le privilège de filmer le sublime concert donné par Curtis Mayfield après tant d’années d’absence des scènes européennes. Rare moment de magie entre jazz insouciant et soul illimitée. Puis le concert achevé, j’avais tendu mon micro à mon héros de la blackitude agitée pour une interview forcément précieuse. Jamais je n’ai oublié le visage radieux et le rire sonore de Curtis Lee Mayfield. Au sommet de son art, le soulman n’avait alors que 46 ans. Quel kiff de dialoguer avec le génial créateur de « Superfly » ou de « We’ve Got to Have Peace » ! Hélas, deux ans seulement après cette rencontre, Curtis était victime d’un terrible accident. C’était le 13 aout 1990, sur la scène en plein air du Wingate Field, à Flatbush dans le borough de Brooklyn. Curtis faisait sa balance juste avant le concert lorsqu’il fut grièvement blessé par rack de spots qui s’est écroulé sur lui. Devenu tétraplégique, Curtis, dont tout le corps était paralysé jusqu’au cou, trouvera néanmoins le courage d‘enregistrer allongé un dernier album le sublime « New World Order » qui sort en 97. Un an plus tard, rattrapé par cette saloperie de diabète, le génial chanteur guitariste sera amputé d’une jambe. Le 26 décembre 1999 Curtis Mayfield s’éteint à seulement 57 ans. On se souviendra de lui à bien des titres : artiste génial, mais aussi courageux et militant entrepreneur, premier artiste noir à posséder son propre label indépendant, le mythique Curtom Records. Un jour sans doute de décrypterai mon ITW télé pour vous la faire partager. Curtis y évoquait ce qu’il avait de plus précieux au monde…ses 13 enfants. 30 ans après sa voix incroyable me procure toujours le même frisson. Il avait su inspirer la Terre entière et Prince n’aurait sans doute jamais existé sans lui. Miss U so much my Curtis !

 

Publié dans le numéro 245 de BESTLive in Europe

 

Dans les années 70, sa voix incarnait toute la quintessence de la soul et la conscience politique d’un black power irrésistible dont Jesse Jackson est aujourd’hui l’incarnation vivante. Lorsque Curtis Mayfield entonnait « This ls My Country », c’était sa manière à lui de revendiquer l’héritage spolié de I’Amérique noire. Avec les frères Womack et Stevie Wonder, Curtis reste un des derniers héros vivants de la soul. Trimbalé d’une multinationale à l’autre, son label Curtom records avait fini par se volatiliser et chaque album de Curtis était un rare joyau de collection. Aujourd’hui, thanx au distributeur Off The Track, le logo jaune de Curtom tourne à nouveau sur nos platines, avec la réédition de la BO de « Superfly » et du fond de catalogue. Sa casquette vissée sur la tête. Curtis a quitté sa retraite d’Atlanta l’an passé pour tourner jusqu’en Europe – où il n’avait pas mis les pieds depuis les 60’s – et l’on retrouve son vertigineux feeling de soul brother sur un double LP live, nouvel opus de Curtis Mayñeld en forme de “ Best of… “. Comment ne pas fondre sur la soul pacifiste virulente de «  We’ve Gotta Have Peace » ou sur l’émotion ravageuse du standard « People Get Ready » – déjà repris par Marley dans son « One Love » et tant d’autres sur scène après lui comme U2. Si Curtis a aujourd’hui des cheveux blancs, sa voix n’a rien perdu de son extraordinaire faculté ascensionnelle. Sur le somptueux et balancé « Move On Up » elle monte si haut qu’on comprend qu’elle ait su tant influencer un certain Prince Rogers Nelson. Peace and love contre techno-cynisme, soul sanglante contre synthés surgelés, émotion abyssale contre sentiments tracés par la loi du marketing, choisissez votre camp.

 

Publié dans le numéro 245 de BEST daté de décembre 1988BEST 245

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.